Après le père, c’est maintenant le tour du fils : les Bozizé, une « famille d’illettrés » toujours au cœur des débats à la Cour pénale spéciale

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Dans l’affaire dite « Bossembélé », le 12eme témoin s’en prend vertement au fils, « Papy », ancien « demi-dieu » du régime Bozizé, au grand dam du Parquet, « malmené » pour la 1ere fois dans ce dossier non pas par la Défense mais par un témoin

On savait, à travers Éric-Neris Massi, le premier témoin à passer à la barre dans l’affaire historique où un ancien Chef de l’Etat est jugé pour crime contre l’humanité… que le sort tragique de Charles Massi, son père (disparu après son arrestation, en 2009) était scellé lorsqu’il avait traité, en face, François Bozizé « d’illettré ». Maintenant on sait aussi que son fils, un certain Papy Bozizé, est, lui aussi, un autre « illettré » ayant semé la terreur avec un pouvoir destructeur illimité durant le règne de son père. Une famille d’illettrés au sommet de l’Etat durant dix bonnes années avec des conséquences dramatiques inimaginables. Elie Hopo-Guerengbo, le 12eme témoin dans l’affaire dite « Bossembélé », a administré une véritable leçon d’éloquence et de clarté ; et ses flèches, contrairement à ses devanciers à la barre, n’ont qu’une seule cible précise : Papy Bozizé, au grand dam du parquet spécial, malmené pour la première fois dans cette affaire…
Elie Hopo-Guerengbo était inspecteur de visites de douanes affecté à Bouar en 2009, arrêté avec certains de ses collègues en plein séance de travail à Baoro (inspectant des containers contenant de bidons d’huile raffinée importés d’Asie par un opérateur économique) en novembre 2012. D’abord retenus au poste de police pendant une semaine et finalement transférés manu militari à Bossembélé par une équipe d’elements de la Garde présidentielle lourdement armés. Le directeur régional des douanes de la Région est, lui aussi arrêté quelques jours après. Papy Bozizé, à l’époque commandant de la gendarmerie de la Nana-Mambéré, avait fabriqué un motif que le témoin trouve rocambolesque : « Vous, [douaniers] avez assez volé mon père » ( dans un français approximatif et incapable de lire et comprendre une seule phrase dans un document de la douane, rappelle le témoin), leur avait alors lancé le fils dans son bureau au moment de leur arrestation. A en croire que l’Etat appartenait à François Bozizé…

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La prise de parole d’Elie Hopo-Guerengbo, un témoin non protégé à la barre reste un moment particulier ; car le parquet en a eu pour son compte : Le témoin, qui est d’ailleurs présenté comme celui du ministère public, dans son témoignage d’une extrême clarté, a tenu le public en haleine pour son verbe haut et précis. Ses multiples rappels, en guise de remerciements puis reconnaissance ouvertement assumée envers l’accusé Junior Danboy pour son côté « humaniste » que ce dernier aurait affiché à leur égard durant leur incarcération a intrigué le parquet, lequel y a soupçonné le « syndrome de Stockholm » (NDLR : le fait qu’un esclave qui finit par apprécier et aimer son maître/ bourreau). Cet étonnement du parquet spécial n’a pas empêché le témoin de rester droit dans ses bottes en répétant à souhait : « Junior Danboy a été pour nous, prisonniers de papy Bozizé, d’un apport moral inestimable, je profite l’occasion pour lui témoigner ma reconnaissance et celle de l’ensemble de mes collègues, arrêtés illégalement au même moment. » Cette grosse révélation en grande pompe est comme du pain bénit pour les avocats de la défense.
Un autre accusé, en occurrence Firmin Semndiro a eu, lui aussi, déjà bénéficié des déclarations à décharge et à mettre à son actif, venant de la part des témoins déjà passés à la barre. On savait aussi que, pour les détenus la prison de Bossembélé était un « enfer », ce que le témoin du jour confirme avec amertume : « J’ai été piqué par un scorpion puis mordu par un serpent dans cette prison dont les conditions dépassent toute logique humaine. » Il apporte un autre aspect cruel de cette maison d’incarcération que ses devanciers n’ont pas mentionné, à savoir l’assassinat d’un codétenu, battu à mort par le caporal Nams’, « le véritable patron de cette prison, celui-ci avait même mis un procureur en geôle pour avoir tenté de s’intéresser a une situation dans cette prison. » Ce codétenu, prénommé Pascal Yondo délirait souvent (probablement à cause de traumatisme subi en prison) et manifestait bruyamment sa joie suite aux résolutions des « Accords de Libreville » signés en 2013 et qui imposaient alors Nicolas Tiangaye comme Premier ministre, c’est-à-dire, diminution du pouvoir du clan Bozizé.

Récit : Gilbert G. Mbakop

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