« Boganda » était de passage à « Guantanamo, la prison du père Bozizé »

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« C’est sous ordre de Djoubaye Abazène (actuel ministre de la Justice) alors 1er substitut du procureur à l’époque, que j’ai été arrêté »

LES AUDIENCES se succèdent à la Cour pénale spéciale ; les juges de la Section d’assises sont toujours sur le dossier dit « affaire Bossembélé ». On est toujours à la phase des témoins ; ces derniers sont invités à la barre pour affronter le feu des questions de la Cour. Après une semaine de pause, c’est le tour de « Bog », 68 ans et dixième témoin dans cette affaire. « Bog » de son vrai nom Prosper Gbanga (en blanc et pantalon noir sur la photo à coté de son interprète) présente quelques traits de ressemblance avec Barthelemy Boganda (le Père de la Nation centrafricaine), d’où le surnom « Bog » qu’il porte encore aujourd’hui. C’est un ancien clerc d’avocat ayant travaillé près d’une vingtaine d’années pour le compte du Barreau de Centrafrique dont le siège se trouvait dans le bâtiment « Bangui 2000 ». Ce dernier a encore la mémoire fraiche pour partager avec la Cour le comment il a été arrêté, torturé et emprisonné à de différents endroits dont la triste prison Guantanamo à Bossembélé ; Il y a laissé en griffonnant discrètement au mur  un message en guise de souvenir : « Boganda » était de passage à « Guantanamo, la prison du père Bozizé »
Les audiences se déroulent parfois avec l’absence de plusieurs avocats, témoin du caractère particulier de la terreur du règne de l’accusé Bozizé, toujours absent dans le box.

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« Le bâtiment ’’Bangui 2000’’, rappelle le témoin, avait fait l’objet de litige ; l’un des voisins, le richissime homme d’affaires Libanais Ali El Ekhras voulait l’acquérir de force au propriétaire ; ce à quoi les locataires donc l’avocat Symphorien Ballemby en tête s’y étaient opposés ; l’intention du Libanais était alors d’acheter le bâtiment et faire partir tous les locataires pour l’exploiter tout seul. » La suite des événements le démontre si bien ; puisque qu’il est devenu le propriétaire dudit bâtiment qu’il occupe à ce jour. La vie de « Bog » bascule après l’incendie du Super marché Rayan. En compagnie de quelques-uns, et « sous l’ordre d’Arnaud  Djoubaye Abazène » (actuel ministre de la Justice) alors premier substitut du procureur à l’époque, il est arrêté en juin 2010, incarcéré au Camp De Roux et transféré quelques jours au camp militaire de Bossembélé, puis dans la prison civile de la même ville ; tout ce périple carcéral s’arrête le 23 août 2012, date de sa libération après une année et trois mois de privation de liberté. Il dit « souffrir de nombreux soucis de santé » suite aux « très mauvaises conditions d’incarcération »
Le cas Charles Massi est encore revenu au cours de cette audience avec le témoin du jour qui affirme, l’air sérieux que « l’ancien ministre de Boziz,é porté disparu depuis quinze ans, aurait été arrêté à la frontière Tchadienne, transféré à Bossembélé, puis à Benzambé avant d’être ramené à Bossembélé. » Sans savoir s’il avait été ramené vivant, Prosper Gbanga n’en sait rien toujours est-il qu’il tient cette information d’un militaire nommé Pesséré. En louant l’attitude « humaine » de l’accusé Firmin Semndiro (comme la plupart des témoins qui sont passés avant lui), Prosper Gbanga ne cache néanmoins pas les nombreux préjudices subis et exige réparation. Rendez-vous le 15 octobre pour un autre témoin; si et seulement si la CPS réussit à en trouver, d’autant plus que beaucoup se montrent réticents à témoigner devant la Cour.

Récit : Gilbert Mbakop

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