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Tout de blanc vêtu et muni de chaussures noires, Eric Néris Massi ne se rendait pas à une place mortuaire hier, 23 juin ; mais bel et bien à la Cour pénale spéciale où se déroule le procès de l’affaire dite « Bossembélé ». C’est le premier témoin à passer à la barre dans cette affaire historique qui n’est qu’au début de son commencement. « Nous voulons faire le deuil de notre père et vivre en paix » lance-t-il à la Cour, la voix pénible, quand le juge lui a demandé ses attentes. Tous les ingrédients sont réunis pour des révélations explosives ; et le ton est déjà donné par le fils de l’une des victimes célèbres du clan François Bozizé. Charles Massi aurait eu tort de signer un accord politique avec François Bozizé ; ce dernier s’était alors pressé de le rompre ; et la seule manière d’écarter définitivement celui-là qui était capable de lui faire de l’ombre dans une politique commune était de l’éliminer. Devant les juges, Eric Néris Massi n’est pas avare de révélations explosives quand à la disparition de son papa.
« Mon père a été enlevé sur le territoire camerounais par des éléments de l’armée tchadienne et conduit manu militari à Ndjamena
« Ramené à Bangui puis conduit à Bossembélé où Bozizé s’y rendait très souvent
« On lui a fait de temps en temps un galon de général avec un mégot de cigarette
« Les services français m’ont appelé plusieurs fois pour me tenir informé de la cruauté que subissait mon père… »
Les questions du juge Aimé-Pascal Delimo, le président de la Section d’assises, sont nombreuses, pertinentes et les réponses de ce premier témoin très bien connu des Centrafricains sont aussi claires et précises, par moment accompagnées de larmes plus ou moins dissimulées.
Accusé principal dans cette affaire de crimes contre l’humanité, entre autres faits graves, François Bozizé, ancien président, est jugé par contumace, contrairement à ses anciens bras droits bien présents dans le box des accusés. Et dans le public venu assez nombreux se trouvent la femme et la cousine de Vianney Semndiro le 3eme accusé . Elles sont toujours là depuis l’ouverture du procès, guettant l’occasion pour tendre la main et réconforter leur époux et oncle.
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Après la pause de quelques minutes, le président de la Section enchaine avec les questions au témoin du jour ; les réponses sont toujours émouvantes, les unes les autres :
« Bozizé t’es nul et tu resteras nul » ou la formule choc qui décida du sort tragique de Charles Massi, mon père »
« C’est quand mon père a lancé cette phrase à la figure de Bozizé que ce dernier a pris un pistolet à l’un de ses gardes corps pour tirer et tuer mon père à bout pourtant »
« Comment vous le savait-vous ? » lui demande le juge « C’est un témoin oculaire de la scène qui me l’a rapporté après sa chute en 2013.
Cette précision déchargerait au passage Eugène Barret Ngaïkosset, l’un des accusés sur qui beaucoup soupçons pèsent sur lui quant à la mort directe de Charles Massi, entre autres.
« Mon père n’est pas revenu, il n’est jamais revenu depuis janvier 2010, le corps dissout dans l’acide et ma mère est morte probablement des suites d’empoissonnement à l’aéroport, au moment de son rapatriement forcé. »
Le procès s’annonce riche en révélations, il ne vient que de commencer, d’autres têtes vont tomber.
Compte rendu : Gilbert Mbakop (photos CPS)
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eme accusé