François Bozizé, le principal accusé, « fuit lâchement les juges » ; mais ses trois co-accusés sont bien présents dans le box : le visage serré et malheureux

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Centre d’instruction militaire de la Garde présidentielle et la maison d’arrêt de Bossembélé ou instruments de répression d’un régime oppressif et de terreur

Deux conseils face à face : la Partie civile (en haut) et la Défense (en bas)

Le principal accusé, ancien Chef d’Etat, militaire à la carrière tumultueuse et connu pour sa brutalité légendaire (nombreux coups d’Etat à son actif) est en fuite, lâche, il n’a pas le courage d’affronter la justice comme Bokassa jadis. Le mandat d’arrêt international le visant a été formellement émis le 27 février 2024 par les juges de la Cour Pénale Spéciale (CPS), avant d’être rendu public le 30 avril 2024, après plusieurs d’années d’enquête. Certains s’interrogent déjà sur « les raisons qui ont poussé à activer les poursuites seulement à la veille du procès ». Ce mandat s’inscrit dans le cadre d’une instruction ouverte en mars 2021. Il attaque de front la responsabilité de François Bozizé, en tant qu’ancien chef de l’État, pour des exactions commises entre février 2009 et le 23 mars 2013 avant sa chute, chassé par les rebelles séléka. Il est établi qu’il est installé de manière régulière en Guinée-Bissau ; le gouvernement bissau-guinéen qui le protège se montre réticent à son extradition, arguant que son statut d’exilé « ne menacerait pas la sécurité de la Centrafrique. » Les autorités de Bangui et les victimes apprécieront.

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Malgré la mobilisation internationale par le truchement des organisations comme Human Rights Watch et des experts de l’ONU demandant l’aide d’Interpol et la coopération active de la Guinée-Bissau pour exécuter le mandat, il n’est toujours pas arrêté à  ce jour. Bozizé continue donc de narguer ainsi tout le monde, en commençant par les juges de la Cour en premier. Conséquence directe de l’absence du général d’armée : ce lundi trois accusés ont répondu présents dans le box ; ce qui n’empêche pas la CPS de poursuivre la procédure, les jugeant en présentielle et lui par contumace.

Qui est qui et qui a fait quoi

1) Eugène Barret Ngaïkoisset

Surnommé « le boucher de Paoua », ancien haut gradé militaire très redouté, l’ex-capitaine est poursuivi en tant que figure clé de l’appareil sécuritaire et lieutenant de l’ancien président

2) Firmin Junior Danboy

L’un des bras droits sécuritaires du régime Bozizé, c’est  l’homme de main clé du régime, il assurait un rôle d’exécution et de supervision sur le terrain. Les charges retenues contre lui concernent des meurtres, des tortures et des actes inhumains perpétrés au Centre d’instruction militaire et à la maison d’arrêt de Bossembélé entre juillet 2011 et mars 2013

3) Vianney Semndiro

Officier de l’armée de l’air, c’est lui qui gérait directement la détention militaire à Bossembélé, il a exercé une autorité directe au sein du dispositif militaire et carcéral. Il est renvoyé devant la Cour Pénale Spéciale pour des faits de privation de liberté, de torture et de disparitions forcées commis entre mai 2009 et mars 2011. Autrement dit, il est reproché à tous les quatre des motifs qui renvoient automatiquement aux crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’une des raisons la Cour pénale spéciale a été mise sur pied pour alléger la tâche de la Cour pénale internationale (CPI). Cette dernière s’est d’ailleurs dessaisie de nombreux dossiers de crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Centrafrique… au profit de la CPS.

Tour d’horizon des accusations

  • Arrestations et détentions arbitraires : Des dizaines de personnes suspectées d’hostilité envers le pouvoir ont été arrêtées illégalement à Bangui, avant d’être détenues au secret ou transférées vers le camp militaire de Bossembélé.

  • Actes de torture et traitements inhumains : Les forces de sécurité et les lieutenants du régime (notamment la garde présidentielle d’Eugène Barret Ngaïkosset) ont pratiqué des interrogatoires d’une extrême violence dans plusieurs centres de la capitale.

  • Meurtres et disparitions forcées : Des exécutions extrajudiciaires ciblées et des disparitions de civils ou d’opposants ont été coordonnées depuis les centres de commandement de Bangui sous la direction des accusés.

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