Débat républicain
La situation actuelle en République centrafricaine montre clairement une recomposition des influences des puissances. La rédaction du journal « Tribunal » ouvre le débat sur cette recomposition dans ce pays qui a tant souffert de l’instabilité et de la mainmise de la mère-patrie sur la politique interne depuis l’indépendance, en 1960. La guerre larvée que se livrent en ce moment la Russie et la France sur plusieurs fronts (Ukraine et surtout l’AES) a un autre théâtre d’affrontement : la RCA, et le match d’influence entre les deux puissances nucléaires bat son plein dans toutes les conversations de la capitale. Arguments contre arguments, deux citoyens inaugurent cette nouvelle rubrique (Les Idées/débat républicain) en livrant leur point de vue sur ce sujet. L’avenir de la Centrafrique dépendra de plusieurs facteurs : stabilité politique, besoins prioritaires (emploi, bien-être social, etc.) et capacité des différents acteurs étrangers à proposer des solutions concrètes et palpables. « Tribunal » lance donc le coup d’envoi du match France/Russie en terre centrafricaine.
Contre
« La sécurité qu’offre la Russie est une Assurance-vie »
La Russie développe une influence opérationnelle : sécurité, visibilité immédiate… Sans la présence russe, un coup d’Etat aurait déjà renversé l’ordre établi car avant l’arrivée des hommes de Poutine, un simple oui ou un simple pouvait entrainer la chute du régime en place, œuvre d’une rébellion sortie toujours au même endroit ; et tout le monde semblait s’en accommoder. Un certain Armel Sayo a voulu faire du Bozizé, le pape des coups d’Etats en RCA et il a lamentablement échoué ; l’honneur et le mérite sont à l’actif des Russes. Ce coup d’état manqué aurait réussi si les militaires français étaient encore sur place. C’est d’ailleurs cette France qui a toujours inspiré la plupart des renversements de l’ordre constitutionnel en RCA. Ce Bozizé ne dirait pas le contraire. Avec l’arrivée de la Russie tout a changé, encore que le discours dominant au sein de la population et au sein de la classe politique et même dans certains médias montrent bien que l’adhésion de la population derrière la présence russe est plus que visible et rassurante. Cette position stratégique est difficile à dégager sauf par un renversement miraculeux du contexte politique. Un coup de force militaire par une force armée contrôlée par des antirusses, ce qui est improbable.
Ngbangako Paul Marie, Ingénieur agronome
Pour
« La France reste incontournable et imbattable dans plusieurs domaines »
Une radio locale (en occurrence Lengo Songo) a beau insérer dans sa grille de programme l’apprentissage de la langue russe à ses auditeurs ; le résultat est loin d’être escompté. Ce peu d’intérêt pour la langue russe montre à suffisance que la France conserve une influence structurelle non seulement sur le plan éducationnel, mais sur le plan culturel en passant par les institutions. La France garde encore toutes ses chances de retrouver sa place dans le cœur des Centrafricains. Bien que passant des moments tumultueux avec des autorités de Bangui, elle dispose des atouts on ne peut plus solides, imbattables. Sa présence historique et culturelle est une arme redoutable et incontournable ; des structures comme le lycée Charles De Gaulle et l’Alliance française continuent de former et de diffuser la culture et de maintenir un lien très fort avec la population ; laquelle utilise le français partout au quotidien (administration, école, et famille). Un autre avantage et non le moindre : les relations diplomatiques et institutions établies. Elle bénéficie d’un réseau diplomatique ancien et des partenaires avec les institutions internationales (l’Union européenne, ONG), ce qui lui permet de revenir progressivement dans le jeu d’autant plus que Paris s’adapte et multiplie des stratégies.
Sallet Aristide, Enseignant


