Plusieurs interrogations légitimes s’imposent et méritent des réponses, mêmes celles qui peuvent « fâcher »
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Bienvenu Zokoué, le nouveau ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, autrement dit le premier flic de Centrafrique a ouvert ses portes à l’Ambassadeur de France, lui accordant une audience.
La presse Police parle de rencontre « placée sous le signe de la coopération et du dialogue » Cette prise de contact est une première entre ce diplomate français et le membre du Gouvernement responsable du Département de souveraineté et chargé de la protection des personnes et des biens. Certains y voient une tentation de lancement officiel d’une nouvelle orientation de partenariat et de coopération sécuritaire bilatérale entre la France et la Centrafrique. De prime abord, on peut y voir un réchauffement et de la restauration des relations entre les deux pays mises à mal par de nouvelles réalités dans les relations internationales. Il y a quelques mois c’est Jean Noël Barrot, le chef de la diplomatie française qui foulait le sol centrafricain dans le cadre d’une visite officielle, largement commentée par des médias internationaux.
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Cette même publication (Police) rapporte toujours que les échanges ont « porté sur plusieurs questions d’intérêt commun, notamment les perspectives d’un nouveau cadre de travail bilatéral entre les deux pays, visant à accompagner les efforts de modernisation des forces de sécurité intérieure centrafricaines et à répondre efficacement aux défis sécuritaires actuels. » Cette perspective se situerait dans un contexte de départ progressif de la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en République Centrafricaine (MINUSCA) ; et lors de cette audience, Bruno Foucher « s’engagerait à porter des plaidoyers auprès des autorités de son pays afin de favoriser l’ouverture de nouvelles pistes de coopération susceptibles de soutenir les institutions sécuritaires centrafricaines. »
Plusieurs interrogations légitimes s’imposent et méritent des réponses, mêmes celles qui peuvent « fâcher »
L’ingérence de la France est-elle à craindre ?
OUI. Personne n’a oublié cette période lointaine d’un certain colonel Mancion et la nébuleuse « Françafrique » Beaucoup craignent le retour d’une ingérence politique et militaire historique de Paris dans les affaires internes de Bangui donc la perte de souveraineté. Personne n’est dupe, cette démarche de Paris peut être perçue comme une tentative de récupération de sa position d’antan dans les affaires internes du pays et par ricochet un repositionnement opportuniste motivée par la sécurisation de ses propres intérêts stratégiques et l’accès aux ressources naturelles de la région. Le souvenir de la fin brutale de l’opération militaire française Sangaris en 2016, suivie d’un gel des aides budgétaires, laisse certains craindre un nouveau désengagement si la situation politique venait à changer.
L’objectif principal de la France est-il de ne pas tout laisser à la Russie ?
OUI Les Français ne sont pas moins intelligents pour savoir que le partenariat qu’a déjà construit (quoique solide) entre les autorités de Bangui avec la Russie ne se reposent pas sur l’exclusivité, mais nombreux craignent que les acquis securitaires, obtenus grâce aux éléments Russes ne prennent un coup. Les méfaits de coups d’Etat, de l’instabilité et la multiplication de groupes rebelles avant l’arrivée des Russes sont encore dans les mémoires. Les différents procès des auteurs de crimes de guerre, crimes contre l’humanité perpétrés au moment de l’influence française se déroulent d’ailleurs à la Cour pénale spéciale.
Ayant perdu du terrain partout en Afrique, la France peut-elle encore sauver ce qu’elle peut, en Centrafrique ?
OUI. L’influence du pays de De Gaulle en Afrique est en chute libre, le Burkina Fasso vient de rompre ses relations avec la France et le Sahel lui échappe en grande partie ; ce qui était impensable il y a une dizaine années, sa tentative de reprendre la main en Centrafrique ne serait rien qu’une stratégie par dépit ou par nécessité plutôt que comme une réelle volonté de partenariat d’égal à égal….
Les autorités de Bangui ignorent-elles que Paris est au moins complice (passif) de l’instrumentalisation de la politique interne du pays ?
NON Il est de notoriété que tous les opposants radicaux du régime sont installés en France ou y séjournent régulièrement.
Et la Russie dans tout ça ?
Les médias français sont très suivis par des Centrafricains ; et la stratégie de ces derniers n’est pas loin d’harcèlement et matraquage orienté voire pernicieux sur l’actualité centrafricaine. Parallèlement aux discussions avec la France, la diplomatie et les canaux médiatiques russes continuent d’alimenter un discours souverainiste (apprécié par les Centrafricains d’ailleurs) et antifrançais en RCA. Moscou accuse régulièrement Paris de vouloir déstabiliser la région ou de financer des réseaux subversifs. Vladimir Poutine maintient un contact direct très serré avec le président Touadéra. Dès lors, il est évident que toute ouverture excessive vers l’Occident (France surtout) provoquerait immédiatement des rappels à l’ordre de Moscou, comme l’ont montré les récentes tensions en coulisses lors des réajustements de l’organigramme sécuritaire à Bangui, révèle une source introduite.
Par Gilbert G. Mbakop
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