« Bozizé, t’es nul; et tu resteras toujours nul » ou la phrase choc qui aurait scellé le sort tragique de Charles Massi
Deux jours, un même témoin, une même chaise mais deux attitudes différentes devant la Cour : le hasard du calendrier place en première place Éric Néris Massi au bal des témoins invités à dire ce dont ils savent sur l’affaire dite « Bossembélé » en cours de jugement et ouvert au public depuis le 16 juin à la Cour pénale spéciale. Au 1er jour (23 juin), il est tout de blanc vêtu, on dirait qu’il allait à une place mortuaire, mais il allait bel et bien devant les juges de la Cour d’Assises pour un interrogatoire (et contre interrogatoire) classique dans ce procès très attendu par le public national et étranger.
1er jour : des larmes et une voix (assez) audible pour le public : » Bozizé t’es nul et tu resteras toujours nul » ou la formule choc lancée à la face de l’ancien Chef de l’Etat par mon père qui scella sa fin tragique
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C’est le premier témoin à passer à la barre dans cette affaire historique qui n’est qu’au début de son commencement. « Nous voulons faire le deuil de notre père et vivre en paix » lance-t-il à la Cour, la voix pénible, quand le juge lui a demandé ses attentes. Tous les ingrédients sont réunis pour des révélations explosives ; et le ton est déjà donné par le fils de l’une des victimes célèbres du clan François Bozizé. Charles Massi aurait eu tort de signer un accord politique avec François Bozizé ; ce dernier s’était alors pressé de le rompre ; et la seule manière d’écarter définitivement celui-là qui était capable de lui faire de l’ombre dans une politique commune était de l’éliminer. Devant les juges, Eric Néris Massi n’est pas avare de révélations explosives quant à la disparition de son papa.
« Mon père a été enlevé sur le territoire camerounais par des éléments de l’armée tchadienne et conduit manu militari à Ndjamena.
« Ramené à Bangui puis conduit dans des conditions inhumaines à Bossembélé où Bozizé s’y rendait très souvent.
« On lui a fait de temps en temps des galons de général avec des mégots de cigarette allumés.
« Les services français m’ont appelé plusieurs fois pour me tenir informé de la cruauté qu’il subissait… »
Les questions du juge Aimé-Pascal Delimo, le président de la Section d’assises, sont nombreuses, pertinentes et les réponses de ce premier témoin très bien connu des Centrafricains sont aussi claires et précises, par moment accompagnées de larmes plus ou moins dissimulées. Accusé principal dans cette affaire de crimes contre l’humanité, entre autres faits graves, François Bozizé, ancien président, est jugé par contumace, contrairement à ses anciens bras droits bien présents dans le box des accusés. Et dans le public venu assez nombreux se trouvent la femme et la cousine de Vianney Semndiro le 3eme accusé. Elles sont toujours là depuis l’ouverture du procès, guettant l’occasion pour tendre la main et réconforter leur époux et oncle.
Les services secrets français…
Après une pause de quelques minutes, le président de la Section enchaine avec les questions au témoin du jour ; les réponses sont toujours émouvantes, les unes les autres :
« Bozizé t’es nul et tu resteras toujours nul » ou la formule choc qui scella le sort tragique de Charles Massi.»
« C’est quand mon père a lancé cette phrase à la figure de Bozizé que ce dernier a pris un pistolet à l’un de ses garde-corps pour tirer et le tuer à bout pourtant »
Comment le savez-vous ? Lui demande le juge « C’est un témoin oculaire de la scène qui me l’a rapporté après sa chute en 2013. » Cette précision déchargerait au passage Eugène Barret Ngaïkosset, l’un des accusés sur qui beaucoup de soupçons pèsent sur lui quant à la mort directe de Charles Massi, entre autres. « Mon père n’est pas revenu, il n’est jamais revenu depuis 2009, le corps dissout dans l’acide et ma mère est morte probablement des suites d’empoissonnement à l’aéroport, au moment de son rapatriement forcé. » La Défense, bien dans son rôle, dénonce des « vices de procédure » mais le procès, quant à lui, s’annonce riche en révélations, il ne vient que de commencer, d’autres têtes vont tomber. Il serait intéressant de s’appuyer sur des propos du Procureur Alexandre Tindano pour quémander de l’aide aux services secrets français, puisqu’il a remarqué, tout comme le public, que le témoin a évoqué à plusieurs reprises ces services qui l’auraient régulièrement informé sur telle ou telle situation.
2eme jour : déstabilisé dans son ensemble gris noir par des questions hors contexte de l’avocate, Eric Massi semble perdre la voix
Eric Massi, le fils de Charles Massi disparu depuis 2009 et donc le corps n’a jamais été retrouvé à ce jour, invité à dire à la Cour ce dont il sait de la disparition de son père. Assis au même endroit la veille, Eric Massi n’a plus la même attitude, ses réponses aux questions du parquet et des avocats sont difficilement audibles ; et le président de la Section de lui rappeler de se répéter quelque fois en relevant la voix. Ce changement d’attitude part de la projection d’une vidéo demandée avec insistance par l’avocate de Bozizé, Edith Douzima. C’est une interview d’Eric Massi accordée à TV5, une chaine de Télévision française vers fin mars 2013 ; la mouvance séléka dont il était leur Porte-parole, venait alors de renverser le régime de Bozizé. La projection de cette vidéo, d’abord contestée par le Parquet mais finalement décidée par le juge Aimé-Pascal Delimo (fort de son pouvoir discrétionnaire selon le RPP) semble donner de graines à moudre à l’avocate de l’accusé principal, l’ancien chef de l’Etat en fuite et absent dans le box.
« Bonjour Mr Massi », lui lance l’avocate avant de continuer par des questions offensives et déstabilisatrices : « Porte-parole d’un groupe rebelle, vous avez participé à un coup d’Etat qui a provoqué le renversement de l’ordre constitutionnel établi, êtes-vous conscient et le reconnaissez-vous ? » la question de l’avocate, ajustant sa longue coiffure, fait mouche ; mais le témoin du jour trouve le courage de se tourner vers elle pour répondre par « oui… » L’intervention du juge rappelant à l’avocate qu’il est question de l’affaire dite Bossembélé couvrant la période allant de 2009 jusqu’en 2013 (avant l’arrivée des séléka). Autrement dit cette affaire en jugement est antérieure au coup d’Etat de 2013 et cette intervention du juge a le mérite de recadrer l’avocate. Et Éric Massi de souffler un peu sur sa chaise. La même chaise est récupérée le lendemain par le deuxième témoin ; un témoin protégé dont le public ne peut reconnaitre ni la voix ni le visage.
Compte rendu : Gilbert G. Mbakop
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