Le Consortium Panafricain pour la Paix (CPP) est une ONG pas comme les autres : elle trace sa voie … au profit de l’Afrique
Le Dr Ernest Nouga Djomo est le visage visible : déjà que c’est lui le Fondateur et le Coordonnateur général du Consortium Panafricain pour la Paix (CPP), une organisation qui regroupe des acteurs de la société civile africaine et au-delà du continent,; il trône aussi à la tête de l’ONG Volontaires du Monde. Il livre, ici, ses impressions sur de nombreux sujets : préservation de la paix, lutte contre la pauvreté et rayonnement de l’image de l’Afrique partout dans le monde.
Vous êtes le Coordonnateur Général du Consortium. Donnez-nous les origines de cette organisation…
Merci pour l’opportunité que vous nous donnez de nous exprimer sur l’origine du Consortium Panafricain pour la paix (CPP). Le CPP est né d’une prise de conscience collective et de volonté de citoyens africains de prendre activement part au destin de leur continent. Face aux défis sécuritaires, politiques et environnementaux majeurs du XXIe siècle, cette organisation s’est structurée autour d’une conviction profonde : la paix et le développement de l’Afrique ne peuvent être dictés de l’extérieur, ils doivent être portés par les Africains eux-mêmes. L’origine du CPP puise ses fondements dans trois piliers majeurs que sont : l’héritage de la renaissance africaine ; la quête de la stabilité démocratique et l’urgence d’une cohésion sociale.
Quels sont les buts et les objectifs du CPP ?
Les buts et les objectifs du CPP s’articulent autour de la stabilité de la démocratie et de l’unité du continent africain. Le but principal est de bâtir une Afrique unie, souveraine et stable : fédérer la société civile et la diaspora pour que les Africains prennent en main le destin sécuritaire et démocratique de leur continent. Davantage, au CPP nous mettons en œuvre les mécanismes visant à instaurer une culture de paix ; garantir la transparence électorale ; promouvoir la bonne gouvernance ; renforcer le panafricanisme et répondre aux défis climatiques.
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Dans combien de pays du continent est présent le CPP ?
Le Consortium Panafricain pour la paix est présent et opérationnel dans une quinzaine de pays africains. Au-delà de l’Afrique, le CPP a-t-il également des antennes, si oui, quels sont les rôles que jouent celles-ci ? Oui, le CPP est en train de s’implanter en Amérique Latine. Nous sommes présents au Brésil, bientôt nous le serons au Cuba et au Venezuela. Cette implantation se justifie par la dimension globale du panafricanisme qui inclut la diaspora afro-descendante. Dans le même ordre d’idée, nous sommes convaincus de l’inclusion de la diaspora historique ; du renforcement de la coopération Sud-Sud et de l’universalité des combats du CPP.
Parmi les activités du CPP, figurent des actions en faveur de la paix ; que faites-vous concrètement dans ce sens ?
Le Consortium Panafricain pour la Paix met en œuvre des actions concrètes sur le terrain pour promouvoir la stabilité, prévenir les crises et soutenir les zones de conflit. Le CPP déploie ses efforts à travers plusieurs initiatives majeures, parmi lesquelles la Conférence internationale pour l’Est de la RDC ; le travail de terrain par les experts du CPP en RDC, sanctionné par un rapport détaillé de la situation ; la mise sur pied d’une caravane africaine pour la paix et l’inclusion des femmes leaders dans les processus de paix.
Un fils du continent, en l’occurrence l’ancien président du Sénégal, Macky Sall, est candidat au poste de Secrétaire Général de l’ONU. Le CPP soutient-il cette candidature ? Comment ?
En tant qu’organisation panafricaine, le CPP salue et soutient le principe d’un leadership africain fort à la tête de l’ONU pour porter une voix de paix globale. Cependant, conformément à notre charte neutralité citoyenne, nous ne parrainons aucune candidature politique individuelle, préférant unir plutôt que de faire campagne. Nous refusons qu’une institution internationale majeure serve à légitimer le recul de la démocratie et de la liberté de la presse sur le continent africain En parlant d’élection, il y a aussi celle du Secrétaire Général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une déclaration de votre organisation a été faite contre la Rwandaise Louise Mushikiwabo qui occupe actuellement ce poste. Pourquoi avoir pris cette position qui vous fait sortir du rôle de neutralité que la CPP est appelé à jouer ? Le CPP justifie officiellement son opposition au troisième mandat de la Rwandaise Louise Mushikiwabo par son attachement strict aux valeurs démocratiques et aux droits de l’homme. Nous nous n’opposons à ce troisième mandat car le bilan de la Secrétaire générale sortante en matière de libertés publiques et des droits de l’homme contredit directement les engagements démocratiques de la charte de l’OIF. En tant qu’organisation citoyenne, nous refusons qu’une institution internationale majeure serve à légitimer le recul de la démocratie et de la liberté de la presse sur le continent africain.
A votre avis, quel est l’état de la société civile en Afrique : est-elle dynamique ? Que lui manque-t-elle pour s’affirmer durablement sur le continent ?
La société civile en Afrique fait preuve d’un dynamisme exceptionnel, s’imposant comme une sentinelle incontournable de la démocratie et de la paix. Cependant, pour s’affirmer durablement, elle doit encore surmonter sa dépendance financière extérieure, sa fragmentation et le rétrécissement de l’espace civique. Pour franchir ce cap, deux leviers stratégiques majeurs se dégagent : le premier, c’est de généraliser le modèle visionnaire de la République du Congo. En effet, sous l’impulsion du président Denis Sassou Nguesso, le Congo s’est imposé comme un exemple d’avant-garde en institutionnalisant un dialogue structuré à travers le conseil consultatif de la société civile et des ONG, géré par un Secrétariat Permanent. Face à l’efficacité de ce modèle unique de coconstruction et de bonne gouvernance, le CPP souhaite officiellement que l’ensemble des États africains suivent cet exemple, afin de pacifier et solidifier les rapports entre gouvernants et citoyens. Le second est d’organiser une première conférence internationale de la société civile africaine ; créer un grand rassemblement historique continental afin de permettre à tous les acteurs de se retrouver, d’unifier leurs forces, d’harmoniser leurs agendas et de faire enfin entendre une seule et unique voix africaine sur la scène internationale.
Quelle interprétation faut-il donner à la remise des prix que le CPP décerne à des personnalités africaines ?
La remise annuelle du Prix panafricain d’excellence par le CPP à des personnalités du continent s’interprète à travers trois dimensions fondamentales : d’abord, la célébration des solutions endogènes ; ce prix affirme haut et fort que l’Afrique possède en son sein les compétences, l’intelligence et les mécanismes nécessaires pour résoudre ses propres défis. Il rejette le mimétisme occidental en valorisant des modèles de gouvernance de paix purement africaine. Ensuite, l’institution d’une boussole d’éthique pour la jeunesse ; en mettant en lumière les parcours d’exception, le CPP crée des repères locaux de patriotisme, d’intégrité et de redevabilité. L’objectif est d’inspirer les futures générations de leaders africains par l’exemple concret de leurs ainés. Enfin, un outil de diplomatie citoyenne et d’émulation ; cette distinction annuelle pousse à l’excellence à l’échelle continentale. Elle incite indirectement les dirigeants et les acteurs de la société civile de tous les pays à améliorer leurs pratiques pour espérer voir leurs efforts reconnus et célébrés par leurs pairs africains.
Comment le CPP finance-t-il ses activités ; d’où vous viennent les fonds nécessaires pour parcourir l’Afrique ?
Le financement des activités et les déplacements du CPP reposent sur des mécanismes stricts garantissant sa souveraineté. Il y a d’abord l’autofinancement et les cotisations internes : le CPP vit des cotisations de ses membres et des contributions financières des personnalités africaines engagées. Ce sont des leaders qui croient fermement à l’indépendance totale du continent et à un panafricanisme d’action, loin des simples slogans. Il y a également des partenariats axés sur les projets pour ses missions d’observation électorale, diplomatie citoyenne, la valorisation et l’autonomisation des peuples autochtones, des campagnes sur le changement climatique, des conférences d’éducation sur la cohésion sociale, la culture de la paix, la médiation des conflits et la bonne gouvernance. L’union de la société civile africaine, c’est en bâtissant un agenda continental souverain, mettant sur pied un Conseil Consultatif continental et enfin parlant d’une seule et même voix.
Quelles sont les relations du CPP avec l’Union Africaine, les institutions sous régionales (CEMAC, CEEAC, CEDEAO, SADC…) ?
Les relations du CPP avec l’Union Africaine et les institutions sous régionales reposent sur un principe d’interconnexion, structuré autour de l’architecture africaine de paix et de sécurité. Ces rapports se déclinent sur trois plans majeurs. Premièrement, un alignement sur les objectifs de l’UA ; deuxièmement, un partenariat de terrain avec les communautés économiques régionales et troisièmement, une force de proposition : la diplomatie citoyenne.
L’union ou l’unité de la société civile en Afrique : y croyez-vous ou c’est quelque chose d’impossible ?
L’unité de la société civile africaine n’est pas impossible, mais elle doit être comprise comme une fédération d’actions plutôt que comme un bloc unique et homogène. Les facteurs de la réussite : les organisations partagent une communauté de destin face à des défis universels (climat, espace civique, paix) et disposent du numérique pour briser les frontières. Les freins à surmonter : la dépendance financière extérieure pousse à la concurrence, tandis que les barrières linguistiques et la diversité des contextes locaux freinent la cohésion. La solution stratégique : l’unité se réalisera par des projets thématiques communs et des grands rassemblements à l’image de la première conférence internationale de la société civile africaine, pour bâtir un agenda continental souverain, mettre sur pied un Conseil Consultatif continental et enfin parler d’une seule et même voix.
Propos recueillis par Serge Hengoup


