Des gagnants et des frustrés dans le camp du Chef de l’Etat

Le tout 1er Gouvernement de la 7eme République ou comment le Chef de l’Etat fabrique des gagnants et des frustrés parmi ses fidèles

UN MOIS et demi, oui près de 45 jours qu’il était attendu, il est enfin là, le nouveau gouvernement est connu et déjà au travail depuis la semaine dernière ; surprises tous azimuts. La rédaction de « Tribunal » fait la ronde de quelques gagnants et les déçus de ce nouveau gouvernement déjà au pieds du mur et dans la logique de « nouvelle République, nouvelles méthodes ». Composé d’une trentaine de membres, le nouveau gouvernement tant attendu est enfin là, il a pris son temps, au grand dam de certains qui rongeaient leur frein en espérant une place au soleil. Félix Moloua, à qui l’honneur est revenu de fermer les rideaux de la 6eme République et ouvrir ceux de la septième en tant que Premier ministre est bien placé pour rappeler aux et aux autres que le temps du Président de la République n’est pas le temps des réseaux sociaux. Encore que l’actuelle Constitution est muette quant au délai spécifique d’attente d’un nouveau gouvernement après la prestation de serment du président élu. Les analystes politiques n’ont pas un seul instant douté que le maître du jeu politique du pays qu’est Faustin Touadéra n’attendait que la nouvelle configuration de l’Assemblée nationale pour sortir le tout premier gouvernement post électoral. Et là c’est tout le monde qui est pris de court ; en commençant par sa propre famille politique, le Mouvement des Cœurs unis (MCU).

Temps de grâce : 100 jours maximum, messieurs les ministres

 La 7eme République commence ainsi avec une équipe gouvernementale sur fond de surprises : reconduction du tenant du fauteuil depuis 2022, faible représentation des femmes, honneur à la jeunesse, prépondérance de technocrates (dit-on), ouverture à la société civile, présence de l’opposition dite « responsable » ; le tout sous un seul mot d’ordre : réussir là où certains ministres de l’ancien gouvernent ont lamentablement échoué ou alors corriger ce qui n’a pas marché.

« Nouvelle République, nouvelles méthodes »

La population attend cette équipe gouvernementale au tournant, lui accordant un minimum raisonnable de temps de grâce : 100 jours maximum, messieurs les Ministres. Depuis 2016 qu’il a pris dans les urnes les clés du Palais de la Renaissance, Faustin A. Touadéra  a beau rappelé aux uns et autres les valeurs citoyennes dans la fonction publique, mais l’inconscience professionnelle, la médiocrité et l’incivisme semblent régner dans des ministères et services administratifs. Au regard du rendement laissant à désirer : certains ministres reconduits n’avaient pas prouvé quoi que se soit en termes de compétence. Dorénavant le Chef de l’Etat exigerait les résultats.  Normal et il y va de soi car la crédibilité et l’image du pays sont en jeu

Cette fois-ci, c’est un vent nouveau qui devrait souffler sur les membres du nouveau gouvernement. Tout en leur mettant en garde contre les mauvaises pratiques et la négligence comme cette grosse bourde invraisemblable qui à conduit à écrire madame Balalou au lieu de monsieur Balalou dans un document aussi sensible qu’est le décret présidentiel et aussi l’omission d’un ministre pourtant sensé nommé le même jour que les autres.

Les gagnants

Le noyau dur du MCU reste intouchable : Evariste Ngamana sauve sa (haute) position politique de justesse

LA NÉCESSITÉ de temporiser les ardeurs au sein du parti « divisé » en interne après ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale lors de l’élection du Bureau, a certainement influencé les choix du Président de la République. Les postes importants restent dans les mains des hommes fidèles, avec un clin d’œil a l’opposition dite participative. Les ministères de souveraineté que sont : Finances, Affaires étrangères, Intérieur, Défense n’échappent naturellement pas au Mouvement des Cœurs Unis (MCU), le parti au pouvoir contrôlant de façon écrasante le Parlement. Dans cette catégorie (gagnants), des figures bien connues comme Zingas (Education), Baïpo-Temon (Affaires étrangères), Ndoba (Finances…) gardent leur fauteuil. Quant au chapitre « promotion » parmi les gagnants, Évariste Ngamana (photo) grimpe fort avec un titre de ministre d’Etat. « Banni » au Parlement (semble-t-il) et moqué pour cela par certaines officines, l’ancien Vice-président du Parlement CEMAC marque sa présence sur la scène politique par un coup d’éclat et rassure ses nombreux partisans : « Mbi lā ngué; Je suis-là. » Porte-parole, trois fois consécutive (MCU, Référendum constitutionnel, et Campagne présidentielle), sa proximité avec les médias ne pouvait que l’envoyer parler cette fois-ci au nom du gouvernement avec cette casquette de communicateur patenté qui lui sied si bien.

 Les Frustrés

Le maintien de certains ministres ne plait pas aux inconditionnels de la vision du Chef de l’Etat, entre autres

En cherchant à plaire à la fois à ceux qui le soutiennent depuis toujours sans réserve, tout en menant une politique d’ouverture, le Chef de l’Etat s’est permis un exercice d’équilibriste. Impossible, dans ce contexte, de faire sans  fabriquer des déçus et surtout des frustrés.  Le mot d’ordre est bien beau : réussir là où l’ancienne équipe a lamentablement échoué. Mais, qui peut bien nous assurer que des ministres au bilan catastrophique, cumulant des tonnes de dossiers par paresse ou incompétence ont changé ? Trop pressés qu’ils sont le samedi pour s’afficher aux côtés du président prenant part à l’opération Kwa ti Kodro. Leur reconduction fait des frustrés parmi ceux qui croient sincèrement à la vision du Chef de l’Etat et s’attendent à la transformation positive du pays. Pour les calmer, c’est « leur licenciement immédiat au moindre signe de paresse. » D’autres frustrés, plus ou moins anonymes sont aussi nombreux, et ils ont de bonnes raisons car victimes de graves crises qu’a traversé le pays depuis 2003. On peut bien les comprendre : des ministres dans ce gouvernement sont régulièrement cités dans des dossiers judiciaires : CPI et CPS.

La rédaction

Publicité

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *