Interrogatoire de fond dans l’affaire « Guen » à la Cour pénale spéciale : « le papy s’était illustré dans la vaccination mystique des anti-balaka »

Accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’un des plus vieux prisonniers en Centrafrique risque gros

Les événements douloureux survenus en février 2014 à Guen, Djomo et Gadzi (Nord-ouest de la Centrafrique) contre les populations de confession musulmane est toujours en cours de jugement à la Cour pénale spéciale. Communément appelée affaire « Guen », elle est déjà entrée dans sa phase d’interrogatoire de fond. Ils devraient être au nombre de cinq à passer devant le juge ; mais dans le box des accusés trois répondent de par leur présence effective, les absents sont soit en fuite soit décédé. C’est le plus vieux d’entre ces accusés, en occurrence François Boybanga, qui ouvre le bal des questions/réponses. Invité à la barre, l’octogénaire amaigri, dos vouté, barbe et cheveux complétement blanchis, commence par faire comprendre qu’il ne sait pas exactement l’âge qu’il a. Le temps de quitter péniblement le box pour la barre, le public habituel remarque néanmoins très vite qu’il est fatigué et ne peut faire face à l’interrogatoire debout ; et le juge Aimé Pascal Delimo de prier le vieillard à s’assoir, aux côtés de l’interprète, une jeune femme parfaitement à l’aise dans l’exercice d’interprétation (français/sango.) Même en prison les personnes âgées à la Cour pénale spéciale gardent leur droit d’aînesse, semble-t-il.
Après avoir pris connaissance des charges contre lui, à savoir des crimes contre l’humanité, notamment des meurtres et tentatives de meurtre, l’octogénaire rejette tout en bloc : « Le chef de groupe et adjoint au maire que j’étais, n’avait aucune idée des évènements survenus entre 2013 et 2014 dans les villages Guen, Djomo et Mbaï » lance-t-il dans une voix tremblante et pénible. Mais il se rappelle que les Séléka, une fois arrivés dans la région « l’ont arrêté, ligoté, battu avant d’être secouru par des libérateurs venus de Carnot »
Le ministère public ignore son âge avancé et la posture de victime qu’il tente de faire passer en le bombardant des questions embarrassantes : « comment le chef de groupe et l’adjoint au maire durant plusieurs années peut-il ignorer les évènements aussi graves se passant dans sa localité ? Celui qu’on surnomme Balhéré ne donne aucune réponse mais son nom revient plusieurs fois dans différentes dépositions où le papy traite les musulmans de « saletés », lui rappelle le président de la 1ere section d’Assises. Déstabilisée par des questions offensives de la part de toutes les parties et la peine de plus en plus observée dans sa voix, le parquet lui propose une pause, s’il en a besoin. Il la refuse ; comme pour marquer son innocence. Le public murmure en l’écoutant nier d’autres accusations, celles d’être l’instigateur de la portion magique sous forme de vaccin administré aux éléments du groupe rebelle anti-balaka, entre autres. Le ministère public ne le lâche pas et voit une sorte « d’agressivité » dans sa prise de parole ; ce qui n’est pas le cas de son avocat, Me Makpevo qui insiste plutôt sur l’âge de son client et « la perte d’environ 80% de sa capacité visuelle, depuis près de trois en prison »

Compte rendu : Gilbert G. Mbakop (avec la CPS)

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One thought on “Interrogatoire de fond dans l’affaire « Guen » à la Cour pénale spéciale : « le papy s’était illustré dans la vaccination mystique des anti-balaka »

  1. Je pense que l’audience de François BOYBANGA dans l’affaire « Guen » illustre avec rigueur les exigences d’une justice transitionnelle qui doit concilier recherche de la vérité et respect de la dignité humaine tels que mentionnés dans mon ouvrage intitulé  » GOUVERNANCE RÉINVENTÉE  » en cours de rédaction.

    Je constate que la Cour pénale spéciale respecte les garanties procédurales : présence de l’accusé, information sur les charges, assistance d’un interprète et d’un avocat, aménagement de l’interrogatoire au vu de son âge et de son état de santé. Le ministère public cherche à établir la responsabilité individuelle en confrontant ses dénégations aux dépositions qui le citent, tandis que la défense insiste sur son âge avancé et sa perte de capacité visuelle.

    Pour moi, ce procès est un test pour la CPS. Il doit montrer qu’on peut juger des crimes contre l’humanité sans céder à la vengeance ni à l’indulgence automatique. L’enjeu est de rendre justice aux victimes tout en garantissant à l’accusé un procès équitable. Si cet équilibre est tenu, la Cour renforcera la confiance dans l’État de droit et prouvera que la lutte contre l’impunité reste compatible avec le respect de la personne humaine.

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