Publié le 10 juin 2023
Base militaire russe et coup d’État tous les 10 ans… « JE NE SUIS PAS D’ACCORD AVEC LUI (NGUENDET) LORSQU’IL ÉVOQUE UN COUP D’ÉTAT » Joseph Bendounga
Léon Dodonu-Punagaza est l’ambassadeur de la Centrafrique en Russie; dans un entretien publié par un quotidien russe (Izvestia) à lui attribué, il y ressort qu’une base militaire russe serait installée sur le sol centrafricain d’ici peu. Cette base militaire pourrait accueillir jusqu’à dix mille hommes. On parle des soldats bien aguerris, issus de l’armée du pays de Poutine, pas de ces va-nu-pieds affamés, prompts à piller que des officines criminelles ont toujours utilisé pour déstabiliser le pays. Nous pensons à ces Séléka et ces Anti-balaka, hier ennemis jurés et désormais la main dans la main au sein de ce groupuscule de « brigands appelé CPC » (dixit Fidèle Gouandjika). Qui se ressemble dans le mal s’assemble dans le mal.
L’information, si elle est confirmée, est la grande nouvelle arrachant le sommeil et la tranquillité dans certaines chancelleries occidentales et certaines capitales sous régionales. La réception récente de matériels militaires par l’État centrafricain de la part de cette même Russie avait déjà provoqué le courroux de certaines capitales occidentales. Ce n’est pas interdit de se fâcher, sauf que ça ne va absolument rien changer. On n’arrête pas le cours du fleuve Oubangui. Par cet acte hautement souverain, la République centrafricaine confirme son opposition ferme mais polie (les bantous savent bien ce que veut dire respect de l’autre; et Boganda nous l’avait déjà enseigné avec sa célèbre formule Zo kwé Zo) à son ancienne puissance coloniale d’autant plus que cette base militaire russe pourrait être utilisée pour tout type d’opération, même au-delà des frontières centrafricaines. Décidément les choses bougent, rien n’est plus comme avant et tant mieux pour la stabilité et l’avenir du pays. Cette époque où des mercenaires pouvaient décoller nuitamment d’une base militaire officielle quelque part en Afrique centrale pour mener facilement un coup d’État à Bangui et placer un guignol comme président à la solde de ses maîtres étrangers est révolue. La Centrafrique depuis l’indépendance totalise près d’une douzaine de coups d’État réussis et/ou manqués et à l’arrivée : un pays classé parmi les plus misérables de la planète, une économie en lambeau après tant d’années de guerre civile, pire: un seul centrafricain sur dix ayant l’électricité et Internet, selon l’ONU. Et dire que depuis l’indépendance (de façade) un système colonial pour le moins inique (sur toutes les lignes) aidait à piller et rapatrier les ressources naturelles. Il y a un temps pour tout, les Centrafricains ne sont plus dupes.
Coup d’État tous les 10 ans : le cycle des obscurantistes
A peine élu à la régulière dès l’arrivée du système démocratique en début des années 90, Félix Patassé fût victime de plusieurs tentatives de coups d’État. A la fin de ses dix années de pouvoir, un ultime putsch inspiré par une puissance extérieure eut finalement raison de lui en 2003 ; l’ombre de cette même puissance ne fût pas loin de l’installation dans le sang de Djotodia et ses Séléka de malheur au pouvoir en 2013. Dans l’esprit de quelques obscurantistes nostalgiques tous-les-dix-ans est synonyme de coup d’État; il devrait donc en avoir un en 2023 selon leur logique funeste. Le procureur de la République vient d’engager une action judiciaire à l’encontre des compatriotes pour activités subversives. Il se trouve que l’un des cerveaux de cette folie incompréhensible n’est pas n’importe qui puisqu’il a occupé de hautes fonctions au sommet de l’État.
« Je suis d’accord avec Ferdinand Alexandre Nguendet lorsqu’il demande à Touadéra de démissionner. Mais, je ne suis pas d’accord avec lui lorsqu’il évoque un coup d’Etat contre Touadéra. S’il veut, en tant que citoyen, contester et demander à Touadéra de quitter le pouvoir, il doit utiliser les moyens légaux et pacifiques. Parce que la violence engendre la violence. » Joseph Bendounga réagissait après la sortie sur des réseaux sociaux de l’ancien N°1 du Conseil national de transition (CNT) de son intention de faire un coup d’Etat. Dans sa vidéo il s’autoproclame même président de transition. Le ridicule ne tue pas certains centrafricains. On mesure bien le degré de l’irresponsabilité légendaire, l’absence d’épaisseur et de conscience nationale chez bon nombre de nos (prétendus) leaders politiques. Honteux ! Qu’avons-nous fait pour que la pauvre Centrafrique, notre pays mérite cette grossièreté abjecte ? Hier on avait les Sangaris, Fomac, Misca, Misab…tous sous influence et ordres de la mère patrie et aujourd’hui nous avons les Forces alliées: Russes et Rwandaises. Il faut avoir le cerveau au talon comme nos comédiens de mauvais goût qui peuplent la classe politique centrafricaine pour confondre les deux contextes.
N’importe quel illuminé armé et téléguidé par des officines mafieuses pouvait (et croient encore) réunir des drogués et tout en rang serré, prendre le pays à partir des frontières nord puis, en descendant brutalement à Bangui, brulent, cassent, tuent sans pitié sur leur passage; et une fois dans la capitale organisent un grand concours de pillages de masse. Qui n’a jamais entendu « c’est grâce à Dacko » ? Une expression fabriquée pendant et après le coup d’état ayant ramené David Dacko au pouvoir au détriment de Bokassa. Cette expression/conception doit être bannie à jamais de notre vocabulaire. La reconstruction du pays saute aux yeux de tous : même des pires aveugles voient des nouveaux et nombreux bâtiments pousser partout comme des champignons, l’heure est à la reconstruction et l’exemple vient d’en haut: que ça plaise ou non, les autorités travaillent malgré des pesanteurs endogènes et exogènes les plus imaginables.
Trois enseignements (au moins) jaillissent de l’installation de la base militaire russe :
1) il serait désormais quasi impossible qu’un autre François Bozizé passe par des frontières tchadiennes pour venir déstabiliser l’ordre constitutionnel ;
2) On ne verra plus des avions militaires en provenance de Libreville avec un nom bizarre (barracuda), atterrir sans autorisation à Bangui comme si c’est le champ colonial de ses occupants; et
3) les pays frontaliers vont désormais réfléchir par cent fois avant de laisser prospérer des rebelles sur leur sol avec pour but d’attaquer la RCA.
Aux autorités maintenant de signer avec n’importe quelle puissance occidentale (France comprise) un bon accord, profitable au pays et non pas comme ces machins des années 60 liant le maître et son esclave.
Par Gilbert G. Mbakop