Lettre ouverte (outre-tombe) de Boganda à l’adresse de Évariste Ngamana, Porte-parole du Gouvernement

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Fixe-moi droit dans les yeux et réponds sans détour : est-ce que je peux (enfin) regarder la Télé et écouter la Radio/Centrafrique sans pleurer ?

Évariste, Ita ti mbi

C’est la première fois que je m’adresse à un ministre de la République ; c’est au chef de l’Etat que j’écris souvent. A chaque fois je ne m’encombre pas avec des artifices protocolaires, tu comprends donc pourquoi les Vous, Docteur, Excellence, Monsieur le ministre d’Etat, n’ont pas de place ici ; nous sommes en famille et naturellement le TU familier est donc de rigueur. Voilà quelques mois que le Chef de l’Etat t’a confié le portefeuille de la Communication et par ricochet le micro du Porte-parole du gouvernement, c’est-à-dire la voix autorisée. Cette charge est extrêmement sensible à plusieurs titres, je ne doute pas de ta capacité à remplir cette mission qui te met (déjà) régulièrement au-devant de la scène, avec tout le risque que cela peut comporter.

Ita ti mbi

Maitriser l’éloquence et son sujet ne saurait suffire si tu n’es pas (d’abord) accompagné par des médias publics, guidés par le vent du professionnalisme dans un contexte hyper moderne où ça tire de partout avec des réseaux sociaux. Comme tous les autres compatriotes, je suis outré de constater que c’est Ndéké Luka, une radio qui sert d’abord les intérêts étrangers (Suisses) qui pulvérise tous les records d’audience dans mon pays. Même certaines radios communautaires font mieux que la Radio nationale… Il y a un problème de management à ressoudre maintenant, pas demain. Maintenant et rapidement. Je suis encore plus qu’outré qu’une « information » distillée par une radio aux méthodes coloniales, pernicieuses (en occurrence RFI) soit vue par mes compatriotes (en commençant par certaines autorités du pays) soit prise comme parole d’évangile et que ses correspondants/relayeurs des « informations » tirées des services secret soient considérés comme de demi-dieux… à qui on doit de se coucher pour mendier un passage sur ses antennes.

En kiosque:

La confiance des populations envers la radio et la chaîne nationale s’est émoussée depuis belle lurette ; elles exigent désormais de nouveaux médias publics qui l’accompagnent au quotidien ; il est donc temps que notre Télé et notre Radio se débarrassent (enfin) de cette incroyable amateurisme qui a fini par les tuer, aux yeux des Centrafricains. En dehors des moments de lecture de communiqués et de nominations, combien de Centrafricains s’intéressent vraiment à eux ? Le laisser-aller, la mauvaise gestion rédactionnelle ont fini par noyer totalement leur rôle central qui est d’utilité publique.

Ita ti mbi

Regarde-moi droit dans les yeux et répond sans détour : est-ce que je peux enfin regarder la Télé et écouter la Radio Centrafrique sans rougir de colère, parce que les productions sont de piètre qualité ? C’est possible, à deux conditions : disponibilité et utilisation à bon escient des moyens techniques et surtout contrôle strict assorti de sanction impitoyable.

Évariste, Ita ti mbi

Les Centrafricains veulent bien attendre quelque chose de cette Cellule de veille communicationnelle (CVC-PG), nouvellement créée et rattachée au Porte-parole du gouvernement que tu es ; ils saluent, à sa juste valeur le nouveau studio dit « 7eme République » à la Télévision ; mais ils veulent avant tout des émissions citoyennes et portés sur des vrais sujets de fond : débats contradictoires et de qualité, reportages de proximité à fort d’intérêt humain, informations pertinentes en temps réel et non seulement des comptes rendus fades (ateliers, déclaration d’untel ou d’un autre, Kwa ti Kodro… ) et autres banalités propres aux amateurs endurcis, comme aime bien le décrier l’excellent journaliste Christian Aimé Ndotah, malheureusement détesté par tout le ministère (?) et même certains journalistes complexés, simplement pour avoir le courage (de journaliste) de dire régulièrement : les-productions-de-la-chaîne/Radio-Centrafrique-sont indignes-des médias-publics… Ita Evariste, tu conviendrais avec moi que le Chef de l’Etat voudrait que la « 7eme République » soit l’exemple d’une Centrafrique nouvelle, dans tout le sens du terme. Les médias publics doivent donner l’exemple de professionnalisme et de responsabilité; mets donc un terme à cet archaïsme communicationnel qui a tant fait du mal au pays. A bientôt ita, ce pays va se construire avec des compétents et non des médiocres arrogants qui s’ignorent.

Une idée originale de Gilbert G. Mbakop (éditorialiste (Tel: 72 06 50 12 / 75 54 64 94, mail: mbakopgilbert20@gmail.com)

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