AFFAIRE « GUEN ». « L’image de la mort de mon mari, 75 ans, abattu et baignant dans le sang dans la maison conjugale me hante encore »

Des témoins venus non pas pour caresser dans le sens du poil ; mais pour faire des révélations chocs en pulvérisant l’accusé Edmond Beina, le « général-tueur »

Dans l’affaire dite « Guen » en cours de jugement à la Cour pénale spéciale (CPS), la série des débats voit défiler à la barre pendant prés d’une semaine des témoignages à charge… contre des autorités locales accusées de « complicité » ou de « laxisme » pour le moins coupable. L’audition des cinq accusés présents (le sixième étant en fuite) dans le box ont fait plusieurs navettes entre leur lieu de détention et la salle d’audience ; tous étaient au centre des débats houleux. Période des fêtes de fin d’année oblige, cette affaire est suspendue, renvoyée au 27 janvier prochain. Certains témoins protégés ou non protégés n’y sont pas allés de mains mortes et se sont montrés moins avares en révélations chocs, quelques unes sortent du lot : 1) « dans le village Guen et ses environs, Edmond Beina (l’un des six accusés) était appelé « général-tueur » et 2) « les autorités administratives locales de l’époque avaient brillé par l’inaction qui s’apparentait à un laxisme coupable ; si ce n’est l’encouragement discret des attaques contre les musulmans. »

Les ennuis de santé d’un témoin victime

Une dizaine d’années après ces tristes évènements, Mme Adjidja Hassan, le foulard islamique couvrant toute la tête, avoue être toujours hantée et n’a rien oublié de ces tristes évènements survenus en 2014 : « je traine encore de séquelles de crise cardiaque, attrapée le 05 février 2014 lorsque j’ai vu mon mari (75 ans) mort, abattu et le corps baignant dans une mare de sang dans notre propre domicile conjugal. Malgré les questions volontiers déstabilisatrices de l’avocat Me Panda, cette commerçante peuhl de 64 ans qui a connu 12 accouchements persiste et signe : « le maire de la ville et le député de la localité avaient des comportements qui laissaient penser qu’ils étaient de connivence avec des assaillants. » La charge est tellement lourde pour ne pas laisser l’avocat indiffèrent ; s’appuyant sur quelques formules, celui-ci rappelle que son client, Dieudonné Gomitoua (septuagénaire qui comparait libre), n’était plus député au moment des faits. « il n’était plus député ; mais on continuait toujours à l’appeler ’’député’’ » lance un autre témoin à la barre. Croupissant sous le poids de l’âge, l’accusé n’arrête pas d’aller aux toilettes pendant l’audience.

Accusés et défilé des témoins

L’interrogatoire par le juge Aimé Pascal Delimo d’Edmond Beina, le 3eme accusé, est totalement différent : un autre témoin non protégé, très excité et avec sa grande faconde dirige ses flèches accusatrices sur lui, le qualifiant de « général tueur », bien ’’connu’’ de tous dans la région sous ce qualificatif défavorable ; suffisant pour que la Cour pénale internationale s’intéresse un temps à son dossier avant de se retirer au profit de la CPS. Le box des accusés est occupé par François Boybanda, Maturin Kombo, Edmond Beina, Philémon Kahena, Dieudonné Gomitoua et Jean Bahara (absent). Pour rappel, les faits sont graves : meurtres, tentatives de meurtre, exterminations, persécutions, déportations, violences sexuelles, mariages forcés, actes inhumains, attaques contre la population civile, torture, mutilations, pillages et déplacements forcés. Quant aux précisions des exactions perpétrées, le témoin nommé Adamou Ali Koura les attribue tous aux « miliciens anti-balaka en provenance de Guen, Gontikiri et Bankoué » : du meurtre de Malam Madou, un berger musulman, décapité vers l’aérodrome, à la mort d’un peulh égorgé sur la route de l’école sous-préfectorale de Gadzi en passant par l’assassinat d’un jeune berger nommé Paté, tué à l’abattoir de Gadzi.

La dernière image de l’année 2025 de la salle d’audience met en scène un homme en costume noir à la barre et à découvert, nommé Philippe Lauverjat ; déjà présent plusieurs mois au siège de la CPS, il a officiellement prêté serment le 19 décembre et la Cour lui a donné l’acte de son serment de coordinateur de sécurité de la Cour pénale spéciale.

Compte rendu : Gilbert Mbakop

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