En attendant le 23 septembre, jour de verdict concernant l’accusé Mahamat Saïd Abdel Kani à la CPI…

Articles recommandés:

CPI/VERDICT. Et si, en termes de crimes graves, la condamnation (probable) de Mahamat Saïd Abdel Kani mettait à égalité parfaite les séléka et les anti-balaka ?

Le dossier Centrafrique à la CPI est rempli de noms célèbres

La phase de déclarations de clôture étant achevée, Mahamat Saïd Abdel Kani, en larmes comme une pleureuse attend le verdict de la CPI

L’ancien chef rebelle Centrafricain Edmond Beina « voulait » la CPI ; mais c’est bel et bien la CPS qui va s’occuper de son procès

Les sanctions américaines contre des magistrats de la Cour pénale internationale (CPI) sont mal perçues en Centrafrique

Et si le 24 juillet 2025 à la Cour pénale internationale (CPI) devenait « Jour de justice » pour les victimes des tristes évènements de 2013/2014 en Centrafrique ?

Ambiance à la mairie du 4eme arrondissement de Bangui : « Qu’il soit relaxé ou qu’il prenne jusqu’à 100 ans, les victimes ne sont intéressées que par une seule chose : « réparations »

Jeudi, 10 septembre à 11 heures 30’, le soleil est brulant et la circulation est intense au niveau du lieu-dit « Croisement 4eme Arrondissement » de Bangui ; la principale entrée de l’un des dix arrondissements de la capitale. Le grand lycée Barthélémy Boganda est en état de propreté car la rentrée scolaire est proche, la route bitumée qui lorgne le côté droit de sa clôture mène au quartier Boye Rabe, où est situé  le domicile du Chef de l’Etat qui a toujours habité ce quartier ; la mairie est à un jet de pierre et un forage d’eau potable occupe une partie de son entrée. « Le chef de la municipalité, nouvellement installé à son poste de maire « vient de sortir pour une activité sur le terrain » ; nous lance la secrétaire en nous dirigeant vers un bureau commun, une pièce aérée par une large fenêtre. La conseillère municipale, Mme Christine Zangouli nous accueille et la conversation commence sur l’actualité judiciaire du pays avec l’affaire dite « Bossembélé » en cours de jugement à la Cour pénale spéciale ; une affaire qui concerne l’ancien chef de l’Etat François Bozizé.
Entre la Cour pénale spéciale (CPS) et la Cour pénale internationale (CPI), Mme Christine Zangouli, l’un des conseillers municipaux semble se perdre dans la confusion, mais sa mémoire est vite rafraichie avec l’entrée de Yannick Mamadou, son collègue de bureau, lui aussi conseiller municipal. Ce dernier sait (à travers les grandes affiches dans la plupart de grandes artères de la capitale annonçant l’évènement) que le procès de Mahamat Saïd Abdel Kani va se dérouler le 23 septembre à La Haye. Nous trouvons-là la raison de transformer immédiatement notre reportage en interview.

En tant que résidents et élus de la localité, parlez-nous de vos attentes par rapport au verdict dans l’affaire Mahamat Saïd Abdel Kani que tout le pays attend du côté de la CPI.

Yannick Mamadou : Boye Rabe est ce quartier situé dans le 4eme arrondissement qui a payé un lourd tribut quant aux nombreuses exactions des Séléka, les victimes (directs et indirects) se comptent ici en milliers ; car l’époque des faits, les Séléka considéraient ce quartier comme le fief de François Bozizé d’ailleurs le siège de Kwa Na Kwa, le parti de ce dernier y est toujours.
Christine Zangouli :  Moi qui suis en contact direct et permanent avec cette population, je connais des familles dont certains membres étaient des inconditionnels de l’ancien régime qui sont toujours sans nouvelles de leurs proches depuis 2013. Ils avaient été arrêtés et enfermés à l’ORCB ; on sait très bien que c’est l’accusé Mahamat Saïd, de surcroit l’un des chefs Séléka, qui était le patron de ces lieux.

Où seriez-vous le 23 septembre ?

YM : Nous n’avons pas de poste de télévision au bureau mais nous avons un poste radio et nous allons tous suivre ce procès car il va passer en direct sur radio Guira FM (NDLR onusienne) comme d’habitude. J’ai appris qu’il est malade et j’espère bien qu’il a déjà recouvré la santé pour affronter le verdict sous le regard des victimes.

Malgré le passage d’une cinquantaine de témoins qui l’ont bien chargé, il est reste toujours pour l’instant innocent, pensez-vous qu’il va connaitre le même sort comme les autres bourreaux des innocents centrafricains à l’instar de Ngaïssona, Yekatom, aujourd’hui condamnés par la même Cour ?

ZC : Que Mahamat Saïd soit acquitté ou qu’il écope d’une peine de 100 ans, les populations victimes en ont cure, seule la réparation peut apporter une petite consolation dans leur cœur. Depuis que ces évènements se sont passés, des familles entières se sont disloquées, des centaines d’enfants sont aujourd’hui orphelins, sans repères, dans la rue comme (petits ou grands) délinquants ou prostitués. Sillonnez les rues de la capitale pour faire vous-même le nombre d’enfants qui n’ont que la rue comme domicile ; bon nombre d’entre eux sont de Boye Rabe dans le 4eme arrondissement, notre municipalité.

Est-ce que, dans ce procès, vous faites confiance à la justice internationale ?

ZC : j’ai la faiblesse de croire que la notion de justice n’est pas un vain mot dans la mesure où la communauté internationale mobilise autant de ressources humaine et financière pour un procès qui ne saurait être du cinéma. Non. Je ne peux que faire confiance aux juges de la CPI
YM : La République centrafricaine est habituée à la violence aveugle, et les conséquences sont multiples : impunité, misère et pauvreté chroniques. Cela peut s’arrêter du moins diminuer l’ampleur par des actes forts comme l’application stricte de la loi et une justice crédible. Je pense que tous les Centrafricains de tout bord et de toute confession qui ont connu la période sinistre des anti-balaka et des Séléka sont appelés à faire confiance à la justice.

Par Gilbert G. Mbakop

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *