10 questions/réponses pour comprendre les enjeux de la reddition de ces deux chefs de guerre qui n’ont pas que des amis au sein de la population

Ali Darassa (UPC) et Sembé Bobo (3R), deux célèbres chefs de guerre déposent les armes ; mais la justice n’a pas encore dit son dernier mot, elle attend son heure pour entrer en action

1) Que signifie la rencontre du 10 juillet 2025 à Bangui entre les gouvernements de la RCA, du Tchad ; les 3R et l’UPC ?

Un autre pan de l’histoire très mouvementée et sinistre de ce pays s’est écrit le 10 juillet 2025 à la Cité des Chefs d’Etat ; avec les travaux de la Rencontre entre le Gouvernement et les Groupes Armés, le Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R) et l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC). Cette rencontre est le résultat de la signature des Accords de cessation des hostilités, le 19 avril 2025 à Ndjamena au Tchad. Ali Darassa et Sembé Bobo, les deux chefs rebelles signataires pouvaient alors venir en toute sécurité à Bangui pour rendre officiellement leurs armes. Ils l’ont fait la main sur le cœur et la promesse de ne plus verser une seule goutte de sang en Centrafrique.

2) Pourquoi le Tchad est-il en première ligne dans cette affaire ?

François Bozizé est mieux placé pour dire à haute intelligible voix que le Tchad a toujours était le passage idéal et/ou la base-arrière de presque toutes les rebellions responsables de la déstabilisation et l’instabilité que vit Centrafrique depuis des années. La nouvelle donne géopolitique internationale aidant, les autorités de Ndjamena, sous la houlette du Président, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, sont conscientes que les relations de fraternité et le bon voisinage entre les peuples tchadien et centrafricain sont au-dessus de toutes autres considérations ; en d’autres termes le Tchad ne veut plus passer aux yeux de beaucoup comme le refuge des chefs rebelles donc l’objectif est la RCA. A la fin de cette rencontre, certains membres de la délégation tchadienne ont été élevés au grade de Commandeur dans l’ordre de la Reconnaissance centrafricaine.

3) L’opposition politique dit réclamer un dialogue inclusif mais c’est plutôt des chefs de guerre qui sont reçus avec tous les honneurs ; pourquoi cette préférence que d’aucuns qualifient d’indécent ?

L’opposition, du moins le petit groupe formant le Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BDRC) s’est elle-même mise hors-jeu en optant pour la chaise vide et brille par sa navigation à vue. Il ne suffit pas seulement de demander le dialogue inclusif, encore faudrait-il le vouloir concrètement. Quels sont les propositions de sujets de cette opposition si ce dialogue venait à être organisé d’ici demain ? Le Chef de l’Etat a dit lors de la 2eme Edition du Déjeuner de presse, le 30 mai dernier qu’il est prêt à recevoir et échanger avec cette opposition sur des vrais sujets engageant l’avenir du pays. Deux mois après, rien or les chefs rebelles ont dit : « Nous voulons prendre le train de la République en paix en jetant nos armes tout de suite » On voit bien qu’ils ont vite joint l’acte à la parole et aujourd’hui, on peut dire (avec réserve) qu’ils sont « crédibles », du point de vue dialogue. C’est une question de pragmatisme. Le régime a beau compter ses extrémistes zélés et ivres de domination pour la domination, ces derniers nuisant même beaucoup plus au régime. Mais qualifier le régime de Touadéra « d’autoritaire », n’est pas juste : quand est-ce que Dologuélé, Ziguélé, Mboli-Goumba… ont-ils déjà fait la prison pour avoir critiquer le régime en place ; comme ça se passe chez nos voisins camerounais où des opposants de poids (comme ces derniers) qui n’ont jamais touché une arme sont jetés en prison pour avoir simplement dit « non » ou « oui » à un vieillard invincible ?

4) Quel gain politique pour le régime ?

Il faut avouer que c’est un exploit à mettre à l’actif de Touadéra. Sortir des chefs rebelles de la dimension d’Ali Darassa et de Sembé Bobo du maquis, c’est rafler au passage une bonne partie de potentiels électeurs peuls pour le compte du Mouvement cœurs unis (MCU)

5) Pourquoi les origines et la religion des deux nouvelles « stars, faiseuses de paix » font-elles sortir certains de leur gong ?

Ali Darassa et Sembé Bobo sont des peuls mbororo et musulmans ; l’histoire nous enseigne que les premiers peuls mboboro sont arrivés en RCA, il y a plus de 100 ans. Néanmoins beaucoup insistent sur les origines nigérienne d’Ali Darassa et Camerounaise de Sembé Bobo. Les deux portent des documents officiels centrafricains. Malgré leurs origines « étrangères », un Centrafricain, dépositaire d’une autorité, leur aurait délivré ces documents qui font d’eux des centrafricains comme… Touadéra et Dologuélé. Qu’on le vaille ou non, c’est la loi, ils sont Centrafricains. On trouve des centrafricains élus maires en France ou ailleurs, c’est la mondialisation.

6) Les « cinq étoiles » du « général » Ali Darassa seront-elles acceptées par des généraux de l’armée nationale (FACA) ?

Tous les soldats de l’armée nationale (FACA) savent écrire et lire, n’en parlons même pas des officiers dont la plupart sont même des diplômés de l’ens3igenement supérieur; or Ali Darassa n’est qu’un illettré ; sa place ne saurait être au milieu des généraux sortis des grandes écoles de guerre et en réunion de stratégie pour une opération militaire digne de ce nom. C’est vérifié que le chef de l’UPC est un illettré ; mais son entourage ne tarit pas d’éloges sur son intelligence et son emprise sur ses troupes de porteurs d’arme, habitués à tirer vite et tuer.

7) Qui sont les grands perdants après ce retournement spectaculaire de veste des deux chiens de guerre ?

1) Baba Laddé, présenté comme le vrai patron des fauteurs de trouble peuls en RCA voit ainsi son influence sur les deux nouveaux repentis, réduite comme une peau de chagrin ; 2) Pareil pour Hassan Bouba, l’actuel ministre de l’Elevage et de la Santé animale avec l’arrivée de son ancien chef dans la rébellion aujourd’hui dans le giron Russe, comme lui; et 3) la CPC de François Bozizé, les éléments de ce va-t’en guerre deviennent du coup des ennemis de la République aux yeux de ses anciens collègues dans le maquis..

8) Qui sont les grands gagnants ?

La Chine, la France et la Russie, trois pays attirés par des ressources naturelles du pays ; leurs différentes entreprises étant d’ailleurs soumises aux défis sécuritaires. Si L’Agence Française de Développement (AFD) joue un rôle crucial dans le soutien au développement de la RCA, la société Orange a besoin de paix pour demeurer leader dans le secteur de telecommucations. Les chinois ne demandent pas plus pour l’une de ses nombreuses entreprises comme « CCCC », spécialisée dans les infrastructures routières, portuaires et ferroviaires, laquelle envisage de s’investir en Centrafrique, notamment pour la construction de routes et d’autres projets d’infrastructures. Les russes se passant comme les nouveaux maitres de la cour RCA en lieu et place de la mère patrie. Ses intérêts vont croissant, normal. Sans elle la Centrafrique serait aujourd’hui aux mains des rebelles, assoiffés de pillages et de sang.

9) Les élections sont en vue, les candidats issus de ces deux groupes rebelles pourront-ils prendre part aux prochaines élections ?

Dans les conditions actuelles, difficile de voir les ex-rebelles s’aligner sur la ligne de départ pour les différents scrutins : municipal, législatif et présidentiel. La plupart d’entre eux ne savent ni lire ni écrire ; la loi exigeant au moins le Bac pour tout candidat aux législatives pour ne parler que de ce scrutin.

10) Et la justice dans tout ça ?

Le temps de la réalpolitique n’est pas celui de la justice ; cette dernière attend son heure pour frapper. Elle n’a pas oublié les attaques meurtrières aux portes de Bangui de décembre 2020 et les autres tueries qui seraient commises par ces chefs rebelles aujourd’hui accueillis comme de « faiseurs de paix » ; ceci au grand dam de nombreuses victimes. Quand viendra le moment opportun, la Cour pénale internationale ou la Cour pénale spéciale ou même les juridictions nationales vont entrer en action.

Dossier réalisé par la rédaction et sous la direction de Gilbert G. Mbakop

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