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Malgré quelques chuchotements de la part des avocats, obligeant le président de la Section d’assises à renvoyer par deux fois de suite l’affaire inscrite au rôle, la vie retrouve son cours normal à la Cour pénale spéciale, le temps d’entendre deux témoins/victimes se succédés à la barre. L’affaire dite Bossembélé entrait alors dans sa 13eme semaine ; après la famille Charles Massi (porté disparu voilà plus d’une quinzaine d’années), tous les témoins ont un seul dénominateur commun : Bozizé, El Elkhras et l’incendie du super marché Rayan. Suspendu, le procès son cours reprend le 5 octobre, l’accusé principal est toujours absent dans le box.
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Le témoin Mickael Mackpevodé, 22 ans à l’époque de son arrestation, relate les circonstances cruelles dans lesquelles il a été arrêté, le 10 juin 2010 à 23 heures dans son lieu de service (veilleur de nuit chez Me Dengou) et transféré à la base militaire de Bossembélé, un centre de torture qui a vu passer de nombreux opposants au régime de François Bozizé : « j’ai recouvré ma liberté grâce au coup d’état des Séléka après près de trente mois ans d’incarcération derrière la ’’porte rouge’’ et d’autre cellule. Après sa liberté, il n’est que l’ombre de lui-même : Perte de son emploi, rupture familiale car sa femme étant partie avec son enfant, séquelles physiques, notamment de problèmes d’audition qu’il attribue à un coup reçu avec la crosse d’une arme, ainsi que de conséquences psychologiques persistantes liées à son passage en prison et dans des conditions inhumaines.
Mathurin Odilon Mamadou, un autre témoin/victime, le succède à la barre pour porter à la connaissance de la Cour son amère expérience carcérale à Guantanamo, la « prison du Père » laquelle accueille ses hôtes par « Bienvenue au pays des mangus, entendez l’endroit où on mange des gens. » Devant les juges, cette victime arrêtée deux jours seulement après son retour d’un stage professionnel à Bamako au Mali est visiblement motivée à ouvrir son cœur : déterminée et ses réponses directes et spontanées. Toutes ses déclarations devant les juges corroborent presqu’à la situation des autres témoins passés avant lui, à savoir des conditions très pénibles à Guantanamo où près d’une trentaine de prisonniers étaient entassés dans une minuscule cellule de 3 à 4 mètres carrée, insalubre et sans fenêtre, infectée de cafards, punaises, serpent, souris… « Nous bénéficions d’une ration alimentaire de 4000 mille francs par jour » affirme-t-il, aujourd’hui agent à l’Office nationale d’informatique (ONI). Quinze après ces tristes évènements, lui qui avait bénéficié d’une mise en liberté provisoire pour se soigner (il s’était retrouvé à Brazzaville « pour des soins médicaux » grâce à son oncle) il semble garder une dent très dure contre le patron du super marché Rayan qu’il estime « avoir eu de l’influence sur Bozizé quant à leur arrestation arbitraire. »
Récit : Gilbert G. Mbakop
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