Echos du Palais : les Rounga et les Goulas civils (non combattants) ne sont pas les seules victimes à Ndélé, même les ressortissants étrangers en font parties

Affaires dites « Ndélé 1 » et « Ndélé 2 », il est aussi question de la « loi du talion instaurée par le sultan maire, soutenu par les Abdoulaye Issen »

Retour sur les faits

 

Attaques meurtrières en mars et d’avril 2020 à Ndélé dans la préfecture de Bamingui-Bangoran (Nord-ouest de Centrafrique), le Procureur général près la Cour d’appel de Bangui se dessaisit de l’affaire au profit du Procureur spécial de la Cour pénale spéciale (CPS). Deux mois après, le Cabinet d’instruction n°1 de ce tribunal mixte se charge de l’instruction et constate que les faits graves sont imputables à des membres de deux groupes ethniques (les Goula et les Rounga) du groupe armé FPRC qui se sont affrontés par des attaques et des répliques aux attaques.

C’est ainsi que le Cabinet d’instruction, soucieux de la bonne administration de la justice disjoint la procédure en deux ; lesquelles donnent lieu à deux ordonnances de renvoi devant la Chambre d’assises. La première ordonnance est appelée « Ndélé 1 » et a pour acteurs Azor Kalite et ses complices reconnus coupables des faits après le procès ; et aujourd’hui en prison pour de longues peines. Dans cette première affaire, tous les accusés n’étaient pas présents lors du procès, d’où une autre formule : « Ndélé 1 contumace » concernant les absents « en fuite », à savoir : Général Faché, Younouss Kalam Yal, Atahir English, Abdel Kane Mahamat Salle, Fotor Sinine et Youssouf  Moustapha alias Badjadje. Le procès contre ces fuyards a bel et bien commencé et les audiences se déroulent normalement à la CPS, concomitamment avec la deuxième partie de ces douloureux évènements à Ndélé, il y a cinq ans.

Sur la deuxième partie de cette affaire appelée « Ndélé 2 », les débats contradictoires ont commencé le 17 décembre de l’année dernière à la Section d’assises. Après une pause, ces débats reprennent en ce début du mois (mardi 03) et va se poursuivre jusqu’au 28. Le journal « Tribunal » vous fait le point des audiences publiques, entre les déclarations fortes d’autres bruits du couloir du palais.

 18 février

 Le témoin Awa Douassé, devant la barre : « Abdoulaye Issen avait instauré la loi du talion… » (c’était en réalité la décision du sultan maire de de Ndélé)

« Cultivateur résidant » au quartier Garandja, et père de six enfants, ce témoin n’est pas allé par quatre chemins pour rappeler que « les Rounga s’étaient opposés à la désignation du préfet Amine comme autorité chargée de gérer la préfecture de Bamingui-Bangoran avec résidence à Ndélé ; et de qu’Abdoulaye ISSEN avait instauré la loi du talion. Et de préciser que « Malgré cette loi, un Goula avait tué un Rounga du nom de Saladine Seleman, et les parents de la victime avaient exigé justice ; l’auteur du meurtre avait alors été livré et exécuté. » A la question du ministère public, représenté par le substitut Alexandre Tindamo, il enfonce le clou et dit « connaitre l’identité des assaillants, en occurrence Adam Moctar  et un certain Zoulou, un autre dirigeant des combattants. »

19 février

Le sultân est indexé par Mahamat Zen, un témoin, natif et résident de Ndélé

Cette fameuse loi du talion revient encore ; cette fois-ci c’est le sultan maire qui est pointé du doigt par un témoin se trouvant à Gozbeida lors de la première attaque ; mais présent à Ndélé lors de l’attaque du 11 mars 2020. Mahamat Zen cite plusieurs noms de combattants impliqués dans les attaques, dont Oumar Serge Abdoulaye, Abdramane Seleman, Encadreur, Assan alias Assan Adama, Aroun-Gaye, Abakar Balamane et Zacharia, précisant que ces derniers « avaient brûlé le quartier Ngaradja », quartier des Goula. Ce témoin mentionne également que la résidence du préfet Goula, « avait été attaquée car les Rounga lesquels refusaient d’être dirigés par un Goula. »

20 février

Les témoins « boudent » l’audience ; et le parquet propose la vidéoconférence

Aimé-Pascal Delimo, le juge-président, active la sonnette d’ouverture d’audience à 10 h 13 pour constater que les témoins programmés ne sont pas là ; le substitut Tindamo propose « l’expérimentation de la vidéoconférence pour faciliter l’audition des certains témoins » Indignation et mécontentement des maitres Pessinam et Sarrassengue ; d’où l’appel du juge-président de l’ensemble des parties (défense, partie civile, parquet spécial et unité spéciale de police judiciaire de la CPS) à « conjuguer leurs efforts afin d’assurer la comparution effective du maximum de témoins, dans l’intérêt de la manifestation de la vérité. »

24 février

 « J’ai moi-même recensé 12 morts parmi les membres de la communauté tchadienne et estimé les pertes matérielles à plus de 800 millions de francs »

Le témoin Ismaël Chahalna (photo), représentant l’ambassade du Tchad dans la localité, et au moyen des chiffres, donne sa version des faits mais n’est pas en mesure de dire avec certitude si les accusés avaient participé aux attaques. En revanche il confirme qu’Abddramane Seleman alias Ada était chef d’état-major dirigeant la brigade mixte avant l’évènement

25 février

« Sur ordre d’Ada, mon fils, accusé de détenir une roquette, avait été arrêté par le commandant de brigade (CB) de Ndélé sur ordre d’ADA, puis torturé à mort, avant que son corps ne soit jeté derrière la gendarmerie. »

Mme Chantal Adjou visiblement abattue, plusieurs années après rapporte devant la Cour les « menaces proférées » par ADA contre son fils, expliquant que ce dernier s’en était pris à sa famille après que « sa fille ait refusé de l’épouser », provoquant ainsi une « haine » contre sa famille. Elle décrit également le règne d’Ada sur la ville de Ndélé ainsi que le vol de son matelas par ce dernier.

Récit : Gilbert G. Mbakop (photos CPS)

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