Intoxication. Quatre choses pour tout savoir sur BANCROFT : «Entreprise de sécurité »pour certains, « groupe de dangereux mercenaires » pour d’autres

Paru le 05 février 2024
Des médias (propagandistes) en font leur choux gras et sont même formels : les hommes de Bancroft « sont » déjà en Centrafrique. Que faut-il savoir sur ce « bras armé de la sécurité privée américaine », laquelle occupe toutes les conversations et tous les esprits dans la capitale ? Dans quasiment tous les débits de boisson, bureaux, un seul nom plus ou moins bien prononcé revient sur toutes les lèvres et dans tous les commentaires: Bancroft. Tout (et son contraire) est dit sur cette entreprise qui était encore inconnue des centrafricains il n’y a pas si longtemps. Les choses se sont amplifiées avec la descente la semaine dernière d’une foule de jeunes manifestants se réclamant du Comité d’Initiative de contrôle et d’investigations sur les Actions des Etas Unis en Centrafrique (cordonné par Ali Zodane) devant l’ambassade des Etats Unis à Bangui, suivi d’un mémorandum à l’intention du diplomate de ce pays.
1) Bancroft c’est quoi, comment a-t-elle vu le jour, qui est son fondateur ?
Fondée en 1999, Bancroft est d’abord présentée par certains comme une société privée « paramilitaire » pour d’autres, c’est ni moins autre qu’une entreprise de mercenaires bien aguerris au service de Washington. L’Américain et banquier d’affaires multimilliardaire Michael Stock est son fondateur. La société s’appelait d’abord Landmine Clearance International et était censée s’occuper du déminage et de l’enlèvement des munitions non explosées en Afrique. Le site web officiel de la société indique que PMC Bancroft Global est enregistrée à Washington, D.C., en tant que fondation caritative et que son principal sponsor est le Département d’État américain. Bancroft Global se compose de deux organisations : Bancroft Global Development et Bancroft Global Investments
C’est sur le continent africain que sont centrées la plupart de ses activités, principalement en Somalie, connue pour son instabilité chronique avec des miliciens islamiques. Elle forme des soldats de différents pays aux explosifs et aux services médicaux. Bancroft Global Investments investit largement dans la construction d’infrastructures, de centrales hydroélectriques et d’installations d’énergie solaire, dans les télécommunications sans fil, ainsi que dans les marchés immobiliers, les services bancaires en ligne et les services d’assistance technique. Tous ces services ne sont pas bien évidemment gratuits loin de là : elle est là pour faire des profits non sans s’immiscer dans les affaires intérieures du pays.
2) Qui sont ses employés ?
L’entreprise de sécurité privée (pour les plus gentils avec elle) Bancroft Global n’accepte pas de citoyens américains dans ses unités opérationnelles. La plupart de ses « mercenaires » sont originaires de pays africains (la RCA comprise probablement). Ces derniers sont formés à la dure épreuve et nantis de très bonne expérience du combat. Entre eux et les militaires américains, pas de différence de niveau professionnel… L’un des employés les plus célèbres de PMC Bancroft, Richard Rouget, sous l’indicatif « Colonel Sanders », a travaillé avec Bob Denard, l’affreux célèbre mercenaire français qui avait ouvert le feu dans de nombreux palais présidentiels (Benin, Comores, Afrique du Sud, RDC…) Le nom de ce colonel Sanders est cité par la justice pour avoir, en 2003, recruté des mercenaires pour une ballade meurtrière en Côte d’Ivoire.On trouve de nombreux mercenaires de Bancroft dans une vingtaine de pays dont le Tchad et l’Ouganda.
3) « L’intimidation et le chantage » comme modes de fonctionnement ?
Des sources affirment que Bancroft utilise le chantage direct pour faire pression sur les autorités gouvernementales locales : si ces dernières refusent de coopérer avec elle, alors elle brandit la menace qu’un gouvernement de pays pauvre ne souhaiterait entendre : réduction drastique de la fourniture d’aide humanitaire des Etats Unis, leur pays. Il est bon de rappeler que dans les régions où elle est présente, Bancroft met beaucoup de dollar dans des missions humanitaires, et n’hésite pas à « soutenir l’instabilité, les coups d’État et les guerres civiles dans les pays étrangers bien évidemment pour les besoins de sa cause.»
4) Pourquoi ce grand intérêt pour la Centrafrique ?
C’est connu, la RCA est un scandale géologique, les réserves naturelles (mines d’or, diamant, Bauxite…) ne sont plus un secret. Fort de ses grandes capacités d’écoute et d’interception en matière de sécurité aux moyens de drones d’observation, il est dit dans certains milieux que Bancroft voudrait travailler pour la protection de sites miniers et chasses haut de gamme et à la création d’une unité centrafricaine bien équipée, formée et encadrée, qui serait dédiée au contrôle et à la protection de concessions minières » dans les zones où opèrent des groupes armés. Selon cette source, ces gisements seraient alors exploités et les bénéfices partagés entre l’État centrafricain, Bancroft, « et les populations. » (sic) Au-delà de toutes ces considérations, la présence des Russes… Facile à comprendre d’autant plus que l’un des alliés des américains au sein de l’Otan a presque tout perdu en Centrafrique.
Réactions
SYLVIE BAIPO-TEMON est formelle : « Pas d’accord entre Washington et Bangui »
Commentant ces informations, la ministre centrafricaine des Affaires étrangères, Sylvie Baipo-Temon, avait déclaré à RIA « Novosti » que la notification des États-Unis concernant la possibilité de déployer des armes et des équipements de communication radio sur le territoire de la RCA pour « certaines opérations » avait été remise aux représentants de la République en marge de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. En même temps, selon le diplomate, il n’y a pas d’accords entre Washington et la RCA à ce sujet…
Récit : Gilbert. Mbakop, sources : Afrique média, African Initiative