TOUADERA se montre gentil sur le plateau de TV5 ; mais un intellectuel Camerounais se charge de cracher la dure vérité aux autorités françaises

Publié le 16 août 2023
IL faut avoir l’attitude d’un géant aux pieds d’argile, connu aussi pour sa condescendance et son arrogance pour ne pas se rendre à l’évidence que le néosouverainisme s’installe un peu partout en Afrique francophone. Des sénateurs, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, ont énergétiquement crié sur le toit du sénat français l’échec et le rejet de la France partout en Afrique (Mali, Guinée, Burkina Faso, Niger, Centrafrique…) Dans un élan courageux teinté d’humilité, ils ont aussi supplié leurs compatriotes à ouvrir grand les yeux sur cette grosse tromperie qu’est la vieille Francafrique, un ramassis d’éternels pilleurs infatigables . Nous sommes déjà entrés dans une nouvelle ère: dorénavant il faudrait s’habituer à la nouvelle donne, faire avec : la Russafrique sécuritaire, la Chinafrique économique, l’Américafrique diplomatique et dans bientôt l’Indeafrique agricole et/ou médicale. C’est (c’était) quoi encore la francafrique ? Pillages depuis soixante ans des ressources naturelles des pays africains par des réseaux maffieux, soutien indéfectible aux marionnettes au pouvoir (ayant la double nationalité pour certains), mépris du bien-être des populations démunies, financement et/ou inspiration des coups d’Etat contre des chefs d’Etat non coopérants, etc.
La mode est à la détestation de la France, voilà aussi l’Afrique du Sud de Nelson Mandela, pays non francophone, qui entre aussi dans la danse anti-gaulois : appelée à accueillir le prochain sommet des BRICS⁺ dans quelques jours, elle invite tout le monde à ce grand rendez-vous du nouvel ordre mondial, mais la France, n’aurait pas eu son invitation, on dirait que le pays de De Gaulle a la peste.
Juste après le plébiscite référendaire dans son pays, le Quai-d’Orsay a cru bon de piéger le président Faustin Archange Touadéra en le mettant en difficulté médiatique. C’est ainsi que deux médias publics français dont TV5 l’ont invité sur leur plateau croyant avoir à faire à une marionnette politiquement analphabète et peureuse comme à la vieille époque des Dacko. Serein, le chef d’Etat centrafricain (professeur de mathématique, son métier de prédilection) s’est bien montré à son avantage en répondant magistralement et sans langue de bois aux questions, même à celle relevant de la diversion pernicieuse (3è mandat). Nos confrères cherchaient visiblement la précision la pensée politique du N°1 Centrafricain quant à la nouvelle orientation des rapports entre son pays et la France ; d’autant plus que la mode sur le continent est à la libération véritable du peuple africain. Notons que c’est bel et bien à Bangui que la cloche de (la nouvelle) libération de l’Afrique des griffes de la maffia coloniale a retentit pour la première fois ; lorsque les autorités centrafricaines, se sont senties poussées par celui-là qui incarne le mieux l’arrogance française : un certain Yves Le Drian. Les autorités centrafricaines optèrent alors pour un virage à 180° en direction de la Russie, en 2018. On connait la suite.
Nous conseillons à monsieur Bruno Foucher, nouvel ambassadeur de France en RCA (il a présenté ses lettres de créances la semaine dernière) de signaler à ses patrons à Paris la dernière sortie épistolaire d’Achille Mbembé, une tête africaine bien pleine et bien faite : philosophe et historien, il vient du Cameroun, c’est un intellectuel de haut vol que Faustin Archange Touadéra partagerait volontiers (nous avec) la pensée quant à la nouvelle donne géopolitique et géostratégique mondiale.
« … Placés pour une fois devant leurs responsabilités, les Africains ne disposeraient plus d’aucune échappatoire. La décolonisation serait parachevée et surtout actée. Car l’étau que la France maintenait sur ses anciennes colonies s’est largement desserré en ce début du siècle, parfois en dépit de sa volonté. Dans le tournant historique en cours, celle-ci n’est plus qu’un acteur secondaire. Non pas parce qu’elle aurait été évincée par la Russie ou par la Chine, épouvantails que savent bien agiter ses ennemis et pourfendeurs locaux dans le but de mieux la rançonner, mais parce que, dans un mouvement inédit et périlleux d’autorecentrage, dont beaucoup peinent à prendre toute la mesure, l’Afrique est entrée dans un autre cycle historique…
« Ce que l’on n’a en effet pas suffisamment souligné, c’est à quel point l’anticolonialisme et le panafricanisme auront contribué à l’approfondissement de trois grands piliers de la conscience moderne, à savoir la démocratie, les droits humains et l’idée d’une justice universelle (…). Or, le néosouverainisme se situe en rupture avec ces trois éléments fondamentaux. D’abord se réfugiant derrière le caractère supposé primordial des races, ses tenants rejettent le concept d’une communauté humaine universelle. Ils opèrent par une identification d’un bouc émissaire qu’ils érigent en ennemi absolu et contre lequel tout est permis ainsi quitte à les remplacer par la Russie ou la Chine.
« La France a une place dans le projet de réanimation de la création générale à condition qu’elle se débarrasse des oripeaux du passé et de ses illusions de grandeur. Pour y parvenir, elle doit reconstruire de fond en comble son outil diplomatique sur le continent, elle doit également tourner le dos à une vision éculée de la paix, de la sécurité et de la stabilité aussi importante soit- elle, la lutte contre les groupes djihadistes ne peut pas constituer le tout de la sécurité humaine sur le continent
« La stratégie des verrous ne suffiront pas. Quitter le Mali pour s’installer au Burkina Faso, puis le Burkina pour le Niger et éventuellement le Tchad sans un examen approfondi des raisons des échecs successifs, et de la défaite morale et intellectuelle subie par la France en Afrique, revient à appliquer un cautère sur une jambe de bois. La raison militaire et la raison civile ont toujours difficilement cohabité sur le continent. Sur le long terme, la stabilité passera par une démilitarisation effective de tous les domaines de la vie politique, économique et sociale… »
Le peuple africain dans sa majorité écrasante attend que cette France méprisante annule ces Accords coloniaux injustes et pervers, cesse de protéger et de soutenir coûte que coûte ces dictateurs médiocres et corrompus à la tête des États de son supposé pré carré…
Gilbert G. Mbakop