Consultations locales. Même repoussées à la mi-juillet 2023… les élections municipales restent un enjeu important pour les minorités
Publié le 25 novembre 2022
Les électeurs étaient appelés aux urnes le 22 janvier prochain, ça sera plutôt en juillet prochain pour élire leurs représentants locaux dans toutes les municipalités du pays. Après les présidentielle et législatives récemment, le gouvernement fait un autre pari d’organiser une consultation populaire. Cette, expérience serait nouvelle pour bon nombre de concitoyens ; car il est question de choisir qui devraient diriger les mairies, trente-quatre après. Cette élection préfigure bien d’une gouvernance locale, de proximité. C’est une perspective de développement local qui appelle à faire en sorte que ces consultations populaires soient les plus inclusives possibles, que les conseils municipaux et régionaux qui en découlent reflètent le mieux la diversité de la société centrafricaine et que soient renforcées la participation et la présence des groupes sociaux faiblement représentés dans les gestion des affaires publiques. Au nombre des populations « discriminées » figurent les peuples autochtones. C’est cette raison qui a poussé « VOTI NDALI TI AZLO KOUE » à s’intéresser à elles. C’est une coalition regroupant cinq organisations de la société civile du pays que sont Arc-En-Ciel (RAC), la Mission de l’Enfant et de la Femme Pygmées (MEFP), le Groupe de Travail de la Société Civile (GTSC), le CAUCUS des Femmes Leaders pour la Promotion de la Parité en Centrafrique (CFPL-Ca), African Woman Leaders Network (AWLN). Cette coalition est, depuis 22 ans, engagée dans la lutte pour la promotion des droits des peuples autochtones centrafricains et notamment des droits des autochtones AKA/BaAKA (pygmée).
Pour en arriver là, un état des lieux s’est imposé et cette coalition a animé une conférence publique (22 novembre 2022) autour d’un cadre juridique et institutionnel promouvant la participation de ces peuples aux élections locales 2023. L’objectif de cette rencontre débat était de voir comment mobiliser les parties prenantes au processus électoral sur la participation des peuples autochtones aux élections locales. Il est de notoriété publique que ces peuples n’ont presque pas accès aux instances nationales de prise de décision : les Mbororos et AKA sont sous-représentés au conseil économique et social, et aucun AKA ne siège au parlement centrafricains ni dans les délégations spéciales qui dirigent nos municipalités et on ne retrouve pas de AKA occupant de haute fonctions dans l’administration civile et militaire.
Saint-Jérôme SITAMON, Expert en connaissance des peuples autochtones AKA/BAYAKA/BaAKA de la RCA nous donne une leçon de démographie :
« Les autochtones Mbororos ont un mode de vie nomade et leur principale activité est l’élevage; le recensement général de 2003 les estime à 39.000 personnes soit près de 1% de la population centrafricaine. Contrairement aux autochtones AKA/BaAKA, les Mbororos se retrouvent sur presque toute l’étendue du territoire centrafricain. Cette population est repartie de la manière suivante : 2.688 personnes vivant en zones urbaines et 35.901 vivant en zones rurales. » Il a aussi d’autres idées sur la question et sait bien les porter: « La participation des peuples autochtones aux élections locales est quasi inexistante et à la lumière des investigations faites, la représentativité des autochtones dans les différentes instances de prise de décision demeurent encore limitée. Quant aux écrits, il manque des textes d’application pour les instruments majeurs qui prônent leur participation et leur représentativité »
Que doit-on faire pour encourager ces peuples à s’intéresser aux scrutins ?
« L’ANE ne pratique pas de discrimination dans les opérations électorales. Tous les citoyens remplissant les conditions prévues par la loi ont les mêmes droits ; mais Il n’appartient pas à l’ANE de s’occuper des problèmes de localisation des populations pygmées ou autres groupes minoritaires se trouvant dans telles ou telles circonscriptions électorales, lesquelles sont les seuls cadres créés par la loi et à l’intérieur desquels nous travaillons » rappelle Sabine N’DOUTE TANDOS Vice-présidente de l’Autorité Nationale des Élections (ANE). Ses propos qui ne rassurent pas du tout Mohamadou Dahirou, député de Koui qui souhaite la création des circonscriptions distincts, exclusives car selon lui, les peuples autochtones, les peuhls dans ce cas d’espèce bien que occupant des endroits faisant penser de prime abord à eux (« commune d’élevage ») peinent à s’exprimer ou choisir librement leurs représentants à cause des pesanteurs culturels, entre autres. Une difficulté et non la moindre est relevée par un participant venant de la Lobaye qui manifeste une inquiétude pertinente: si les élections sont maintenues à la nouvelle date (mi-juillet 2023), c’est clair que les pygmées sont d’office exclus du scrutin: « c’est la grande période de la récolte des chenilles. Et aucun pygmée n’accepterait abandonner cette activité lucrative pour aller aux urnes.»
Les conférenciers ont rivalisé d’adresse en propositions quant au plaidoyer, c’est ainsi qu’il a été retenu de: prendre en compte le rôle que jouent les langues maternelles des peuples autochtones dans le processus électoral est central ; et les utiliser en développant des outils adaptés de sensibilisation: « un impératif à considérer par les organisateurs des élections locales et nationales, etc. » Cette conférence qui a bénéficié du soutien financier de l’Union européenne et de l’appui technique d’EISA (Electoral Institute for Sustainable Democracy in Africa), spécialisée dans l’excellence dans la promotion des élections crédibles, la participation citoyenne et le renforcement des institutions pour une démocratie durable en Afrique. La participation considérable des minorités à l’instar des autochtones à tous scrutins reste l’un des grands enjeux des partenaires et bailleurs comme l’Union européenne qui s’est toujours placée en première ligne pour la bonne gouvernance en Centrafrique.
Compte rendu: Okollo
Vœux partagés : « Il est urgent de mettre fin aux délégations spéciales nommées pour les remplacer par des élus »
Initialement prévues pour le 22 janvier 2023, les élections locales sont repoussées pour le 16 juillet. Un report de près de six mois annoncé à l’issue du comité stratégique d’appui au processus électoral qui s’est réuni autour du Premier ministre Félix Moloua. Les dernières élections de ce type datent de 34 années, précisément en 1988. L’Autorité nationale des élections se trouvant dans l’impossibilité de tenir les délais, l’institution doit en effet mettre en place au mois de décembre des démembrements dans chaque circonscription et procéder à une révision obligatoire de la liste électorale, ce qui prendra au moins jusqu’à la mi-mars.
Le gouvernement s’est engagé à financer les deux phases à hauteur de 4,5 millions de dollars, soit près de 3 milliards de francs CFA. Par ailleurs, le budget total des élections est revu à la baisse : moins de 10 millions de dollars, contre 14 prévus à l’origine. Au regard de cet report, est-ce avantageux pour l’ANE d’organiser aisément les scrutins dans ce nouveau contexte ? Le président de l’ANE Mathias Morouba se veut confiant: « Il est urgent de mettre fin aux délégations spéciales nommées, pour les remplacer par des élus ». Il avance aussi que des scrutins ont déjà été organisés en saison pluvieuse en RCA en 1992 et 1993. Pour des opposants, ils réclament une refonte de l’ANE, une réhabilitation des deux juges constitutionnels mis à la retraite fin octobre et l’assurance qu’il n’y aura pas de référendum constitutionnel.
La rédaction