Publié le 21 février 2024
Affaire « Ndélé 1 » à la CPS, témoignages MARIÉE A 14 ANS ET VEUVE A 18 ANS, LA 2eme FEMME À TÉMOIGNER NE RECONNAIT PAS, ELLE AUSSI, LES ACCUSÉS
AU 12 février, nous sommes au douzième jour d’audience; et les témoins n’ont pas fini de défiler devant la barre pour dire aux juges leur vécu sur le terrain des hostilités. Arrive le tour de Fatou (nom d’emprunt), une jolie dame dissimulée derrière un foulard religieux; ses camarades de la même tranche d’âge, seraient encore vierges ; mais elle ? Non. Son histoire est pathétique car elle entrerait certainement dans le livre de record de Guinness : mariée à 14 ans, elle est aujourd’hui, à 18 ans veuve avec des enfants. Elle affirme avec tristesse que lors de l’attaque du 06 avril 2020 à Ndélé, son mari a été tué lâchement par balle. Son récit, après les questions du Juge-président de la section d’assises M. Aimé Pascal DELIMO qui voulait savoir si elle confirme tous les éléments versés dans le dossier lors des enquêtes et instructions, est émouvant :
« Je venais tout juste d’être mariée à l’âge de 14 ans et j’étais constamment dans la clôture; car mon mari m’empêchait de sortir. Mais un jour en allant puiser de l’eau j’ai vu les gens courir et j’ai demandé ce qui se passait. On m’a fait comprendre qu’il s’agissait d’une attaque entre les Goula et Rounga.
« Je me suis refugiée avec mes enfants dans un autre quartier, mon mari m’a suivi jusqu’au quatrième jour, nous entendions des crépitements d’armes, puis le calme est revenu. Profitant de l’accalmie, mon mari était sorti pour se rendre au marché à 6h et à 7h nous avons entendu encore des crépitements d’arme puis son grand frère est venu nous chercher pour que nous nous refugiions dans un camp des réfugiés qu’on appelle communément Ledger.
« De notre lieu de refuge, nous avons appris qu’il était blessé à la cuisse et hospitalisé. A mon arrivée à l’hôpital il vivait encore mais était très affaibli. Il est décédé vers 22h. Son corps a été transféré à 5h30. Par la suite j’ai passé 4 mois et 15 jours dans la maison pour des rites traditionnels ».
« J’ai entendu dire que ce sont les Goula qui ont commencé ; mon mari n’était pas combattant et ne détenait pas d’arme. Il n’était qu’un chauffeur mécanicien. Parmi les noms que j’entendais pendant ma fuite, il y avait le nom du feu ZAKO. »
Le parquet à travers le Substitut Alexandre TINDANO n’a rien obtenu d’elle quant à l’identité des assaillants et elle dit pour ajouter ne rien savoir quoi que ce soit sur les accusés, Azor compris ; les avocats encore une nouvelle fois demandent au greffier de bien noter cette précision qui dédouane encore une nouvelle fois les accusés. Le parquet fait une nouvelle fois profil bas.
Récit: Gilbert Mbakop