La Francophonie en perdition en RCA…

Paru le 13 février 2023

Lettre ouverte (outre-tombe) de Boganda au Chef de l’Etat (N°3) « TOUADÉRA, LA MAISON DES ASSOCIATIONS DE LA FRANCOPHONIE PEUT ET DOIT VIVRE AVEC OU SANS L’AMBASSADE DE FRANCE »

 

Ita Faustin,

J’espère bien que tu tiens bon avec l’éducation physique au quotidien car le sport c’est le premier bon médicament à la portée de tous car moins cher. J’ai deux sujets au menu de notre (troisième) causerie : 1) la situation de la Maison des associations de la Francophonie et 2) la Bonne Gouvernance. En décembre 2020, les éléments de la CPC étaient aux portes de Bangui ; leur objectif, clairement affiché, était d’attenter à ta vie et de renverser ainsi une nouvelle fois l’ordre constitutionnel. Pour avoir dénoncé cette tentative de coup d’Etat d’un autre siècle, le président de la Maison des Associations de la Francophonie (MAF) s’était vu convoqué plusieurs fois à l’ambassade de France pour se voir intimidé, insulté non sans mépris : « Tu condamnes un coup d’Etat en vertu de quoi ? Va voir ton Touédéra, c’est lui qui va désormais vous financer et surtout remettez-nous tout ce dont nous vous avons donné… » On est bien tenté de dire que cet énième coup tordu, fomenté par des fils égarés (et à une bouteille de bière près) et avec l’aide extérieure (comme il est de coutume chez nous) était à même d’arranger certains là-bas, d’autant plus que je ne me souviens pas avoir entendu une seule fois une condamnation de cette tentative de coup d’Etat émanant de l’Elysée.

La Maison des associations de la Francophonie (MAF), c’est une demi-douzaine d’associations œuvrant pour le rayonnement de la langue française en Centrafrique; d’ailleurs le Programme d’enseignement du français au lycée et au collège pour la période de 2017/2027 est le fruit de certains de ses membres. Elle occupe un vaste bâtiment à lui offert par l’Etat centrafricain (ce dont aucun pays du monde de la francophonie a pu faire chez lui), réhabilitée puis équipée à près de 60 millions par l’ambassade de France. Depuis 2020 (l’année de cette tentative de coup d’Etat), cette maison a cessé toute activité majeure parce que sevrée de tout : plus de subvention, plus de matériels de bureau (ordinateurs, imprimantes, photocopieuses…), car tout arrachés par l’ambassade de France, son partenaire principal qui par la suite a coupé tout contact. Et comme la nature a horreur du vide, le ministère en charge de l’Education nationale tient à récupérer ce bâtiment pour y loger la direction de l’Alphabétisation…

Ita ti mbi

Nous sommes conscients que l’histoire (même si elle est triste) de notre pays nous lie étroitement à la « mère patrie » ; et de surcroit nous avons en commun la langue française en partage avec une trentaine d’autres pays sur tous les continents; tu dois faire quelque chose pour prouver qu’avec ou sans l’ambassade de France, la francophonie peut et doit vivre en Centrafrique. Sentant bien déjà que cette autre bêtise, le fait de suspendre tout soutien aux défenseurs de la langue française en RCA (alors qu’ils continuent de sponsoriser des activités bidons, croyant divertir et abrutir les centrafricains pour mieux les endormir). En allant à la rencontre des responsables du lycée de Miskine (où travaille le président de la Maison des associations de la francophonie), l’ambassade de France chercherait des voies et moyens à revenir au bon sentiment: tant mieux s’ils réalisent enfin qu’ils avaient pris une décision absurde. Mais le chantage ne passera plus. Nous sommes liés à la France pour la vie et pour plusieurs raisons; et nous avons le droit de leur dire poliment la vérité en face; d’autant plus que nous avons grandi et l’époque du colonel Mantion est révolue…

Faustin, ita ti mbi

Des projets de loi quant à l’organisation et le fonctionnement des institutions dont la Haute autorité chargée de la Bonne Gouvernance sont sur la table de ton frère et ami de quarante ans, Simplice M. Sarandji et ses collègues députés. Je propose que cette institution joue le rôle de ce grand gendarme forçant la crainte au sein de notre société. La bonne Gouvernance, voilà bien ce qui peut bien faire bouger les lignes dans le pays. « Gouverner autrement, c’est dire non à la corruption » selon  le Premier ministre dans l’une de ses formules. Mille fois oui. J’ajouterais aussi que : gouverner autrement c’est mettre le feu aux fesses à notre Fonction publique. Je ne le dirais jamais assez : ce grand mammouth qu’il faut d’ailleurs dégraisser (de 35 à 45% dans tous les ministères sauf Santé et Education) ne doit plus être un frein à notre développement. Une loi qui mettrait la pression sur ces fonctionnaires, les obligeant à évacuer dans les 72 heures tout dossier sauverait de nombreuses « vies ». A bientôt pour la 4è lettre

Par Gilbert G. Mbakop

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