La photo de Paul Biya meuble des affiches à Bangui, mais personne n’attend le vieil homme pour le 16eme Sommet des dirigeants de la sous-région

Xénophobie, mauvaise gouvernance, gérontocratie, misère des populations… : la « volonté commune au service des peuples » tant vantée par la CEMAC n’est qu’une chimère

Il n’est pas bon de sortir sans sa pièce d’identité en ce moment à Bangui, le jour comme la nuit ; la multiplication de contrôles de police trouve sa justification dans le cadre de la 16eme Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernements de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), du 9 au 10 septembre. Pendant deux jours, les Chefs d’Etat et/ou du Gouvernement du Cameroun, de la Centrafrique, du Congo (Brazzaville), du Gabon, de la Guinée Equatoriale et du Tchad vont se réunir dans la capitale centrafricaine et siège de l’institution pour tenter de nous (re)vendre encore une fois ce vieux slogan creux : « Communauté de destin, Espoir des Peuples de l’Afrique centrale. »

Des ressources naturelles considérables et position stratégique…

Sous-peuplé, cet espace politique a une superficie plus grande que l’Europe/Schengen ; il est le théâtre d’exploitations en grande quantité de ressources naturelles donc le pétrole (la RCA ne saurait tarder à exploiter le sien) ; mais ces exploitations massives ne profitent aucunement à la population croupissant dans la pauvreté et constituée en majorité de jeunes mal formés. Se trouvant presqu’au milieu de tous ces pays, Bangui, siège de cette institution, relie en moins de deux heures de vol d’avion au moins cinq grandes villes africaines.

CEMAC : Berceau de la dictature et de la xénophobie

Ces autocrates des tropiques ont toujours trouvé de l’inspiration…pour se donner bonne conscience avec des slogans et formules mensongers : « Une volonté politique commune clairement assumée au service des peuples de l’Afrique centrale » ; « CEMAC, promouvoir l’Intégration Economique et monétaire pour le bonheur des Peuples, etc. »  Seulement voilà, nous sommes ici dans le fief des pires dictatures et de la xénophobie. Paul Biya, 93 ans, qui a déjà passé la moitié de sa vie au pouvoir à Yaoundé s’apprête à organiser sa 8eme mascarade électorale qui lui permettrait de fêter ses 100 ans au palais présidentiel. Dans cette logique de gérontocratie, ses homologues Obiang Nguéma de la Guinée Equatoriale et Denis Sassou Nguesso du Congo lui emboitent le pas ; les trois dictateurs comptabilisent à eux seuls près 120 ans au pouvoir absolu. Une sinistre insulte à l’intelligence à l’endroit de ces peuples, trouvable nulle part ailleurs: c’est donc une exclusivité de cette CEMAC, toujours pas totalement éloignée de l’emprise de la nébuleuse francafrique.

Les vrais problèmes portés par des journalistes

Par avion et non par route pour constater eux-mêmes le nombre de barrières illégales (à la recherche d’étrangers surtout) sur toutes les routes reliant ces différents pays, ces têtes couronnées viendront (personne ne croit à la présence de Paul Biya, l’absentéiste notoire) dans leur beau costume (les photographes ne vont pas chômer) nous parler de l’intégration et de la libre circulation. On leur concède cela. Même s’ils n’auront pas la possibilité de leur poser directement de vraies questions, des professionnels de la presse voudraient savoir pourquoi la plupart de vrais opposants au Cameroun sont arbitrairement et brutalement muselés s’ils ne sont pas en prison et que la moindre contestation de l’ordre dominant équivaut à une arrestation (généralement au faciès) pour un tribunal militaire. Ces mêmes journalistes voudraient aussi interpeller le président du Gabon sur cette xénophobie de plus en plus exacerbée dans son pays, principalement a l’égard des Camerounais ; et des explications sur cette incroyable complexe vis-à-vis du blanc (Européen) qui doit payer, dit-on, 150 mille pour sa carte de séjour alors qu’un ressortissant de la CEMAC doit débourser plus de 500 mille. Des journalistes voudraient aussi comprendre pourquoi ce Gabon n’a pas d’ambassade en Centrafrique. Si on leur donnait la possibilité, ces hommes de presse interpelleraient le n° 1 Centrafricain sur le comment ce dernier va s’y prendre pour apaiser le climat politique en favorisant la participation de toute la classe politique pour une élection présidentielle inclusive. Et si le président Faustin Archange Touadéra mettait sur la table de discussion la cryptomonnaie, lui, qui a vite compris que le franc CFA est grand frein pour notre économie ?

Voilà, chers Présidents, quelques vrais enjeux de la sous-région et non des formules plates, vides de sens et ramassées à l’emporte pièces du genre « Peuples frères »… à qui on exige la carte de séjour.

Gilbert Gilles Mbakop éditorialiste

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