Défenseurs de droits de l’homme à deux balles, que ressentez-vous lorsque vous vous regardez chaque matin dans une glace ?
Beaucoup voient les mains du chef rebelle Armel Sayo entachées de sang d’innocents, de nombreuses femmes violées et des destructions massives des biens à autrui sur sa conscience. Le voilà hissé au rang d’héros national, le grand martyr, au même titre que certains fils ayant laissé leur vie pour ce pays. Voilà un chef de guerre donc de graves et lourdes charges pèsent contre lui, devenu du jour au lendemain le héros d’une « cause nationale », si chère aux esprits étranges ; même le très brillant Mboli-Goumba, sur une radio au service du statut quo néocolonial, se prête à ce jeu déshonorant. Depuis une semaine, le sort de ce chef rebelle à qui on attribue la disparition sauvage de nombreux de ses compatriotes préoccupe tous les croque-morts du pays. Donné pour « mort », son cas est devenu pour certains le sujet le plus important que les élections à venir : difficile de faire pire, en termes d’insultes à l’endroit de ses présumées victimes, plongées dans la détresse.
Hier certains voulaient se suicider parce que le gouvernement a fait sortir deux chefs rebelles repentis du maquis ; aujourd’hui ces mêmes défenseurs de droit de l’homme à deux balles sont devenus de grands défenseurs d’un autre chef rebelle qui ne jure que par la destruction (en tuant comme tout bon rebelle qui se respecte) de l’ordre constitutionnel. Le beurre et l’argent du beurre, dira-t-on. Beaucoup ont jeté la notion de bon sens. Comme cela ne suffit pas, le Cameroun entre, lui aussi, dans le rang; à travers un télégramme officiel et d’une « priorité absolue », adressé au Chef de l’Etat, Faustin Archange Touadéra. Ce grand voisin voudrait « voir clair sur le lieu de détention de Sayo, l’état d’avancement des procédures légales engagées contre lui… » L’ennui avec ce pays frère, c’est qu’il n’a pas de leçon de droit de l’homme à donner à la Centrafrique : il est un mauvais exemple en la matière ; ses placards sont remplis de cadavres (donc Martinez Zogo, entre autres nombreux journalistes assassinés ) ; et ses prisons sont peuplées de détenus politiques, abusivement arrêtés et torturés.
Manque d’élégance et de respect pour la vie humaine
Les victimes des folles aventures d’Armel Sayo se compteraient en centaines, beaucoup ont perdu leur vie, d’autre les biens et des femmes ayant perdu leur dignité parce que violées et/ou enceintées par les éléments du gang de ce chef rebelle récidiviste. Que Crépin Mboli Goumba vienne, en tant que leader politique se réclamant du peuple, sur les antennes d’une radio connue pour sa ligne éditoriale coloniale (et qui ne rate aucune occasion pour descendre le régime de Bangui), épiloguer sur un prétendu assassinat de Sayo, sans évoquer le sort de ces nombreux disparus dans l’arrière-pays dont ce dernier serait le responsable, c’est manquer d’élégance et de respect pour la vie humaine. l’Association des Femmes Juristes de Centrafrique (AFJCA) ainsi que d’autres défenseurs des causes justes se voient attaqués dans leurs chaires. Ce Sayo mange bien, se douche avec de l’eau potable et dort dans une maison éclairée 24/24 (même si c’est en prison) aux frais du contribuable ; Il a le droit de bénéficier de tous ces privilèges en plus de ces tapages médiatiques aux relents politiciens à son égard. Et ses nombreuses présumées victimes alors ? Elles sont dans la rue, leurs enfants sans éducation, perdus et personne ne s’apitoie sur leur sort. Ça se passe exactement comme ça, dans des Républiques bananières.
Gilbert G. Mbakop éditorialiste (Tel : 72 06 50 12 / 75 54 64 94, courriel : mbakopgilbert20@gmail.com)
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