Echos de la CPS : une vidéo qui montre la passivité « coupable » et incompréhensible des militaires de la Minusca devant une scène de tuerie relevant de crime contre l’humanité à Ndélé en 2020

« Je n’ai rien fait, Monsieur le président » formule répétée une trentaine de fois en deux jours par un accusé, lequel pense avoir la bonne stratégie de défense

C’est par la projection d’une vidéo restituant le contexte des évènements douloureux survenus à Ndélé en 2020 : le plan de situation des villages gravement attaqués témoigne l’ampleur du désastre ; en plus des procès-verbaux d’investigations de nombreuses pièces versées au dossier, des douilles retrouvées sur la place du marché de la ville et des fosses communes viennent aussi faciliter une meilleure compréhension des évènements. Pendant la projection, le public reste stupéfait en constatant la présence d’au moins deux véhicules de guerre de la Minusca stationnés passivement juste tout près des combattants en plein action dans leur folie meurtrière. L’un des accusés, en occurrence Abderrahmane Seleman alias Ada est reconnu dans la vidéo : « c’était au moment du désarmement que je me trouvais là, tente-t-il de justifier sa présence » Il informe aussi la Cour de l’ampleur de la consommation des stupéfiants par des jeunes à Ndélé.

Trois accusés, trois tactiques différentes de défense

Oumar Serge Abdoulaye Assan : « Je viens des Etats unis, où sont mes bagages ? »

Défendu par Me Edgar  Simplice Ngama

Ils devraient être au nombre de sept dans le box des accusés ; mais trois seulement répondent à l’appel ; les autres sont absents, dans la nature et jugés par contumace. A l’appel du juge Aimé Pascal Delimo en cette matinée du 13 mars, c’est Oumar Serge Abdoulaye Assan qui ouvre le bal de la série des interrogatoires. C’est un petit bout d’homme qu’on découvre tout frêle et le crâne rasé, il dit avoir 22 ans et « arrêté à côté du véhicule d’Abdoulaye Issen et cuisinier du groupe armé FPRC ». Interrogé par l’accusateur public qu’est le parquet, l’accusé qui a le niveau de « CM1 » ne « reconnait pas » le procès-verbal et dit se retrouver au sein du FPRC, forcé et âgé de 15 ans à l’époque. Jusqu’à là les choses se passent normalement avec lui, jusqu’à cette fameuse phrase : « Je viens des Etats Unis, où sont mes bagages ? » Le public découvre alors que l’accusé a de soucis de santé, et « sous traitement psychiatrique» ; et à chaque fois le public constate qu’il se perd quand il raconte se « trouver aux Etats Unis » Par deux fois, le juge président est obligé de suspendre la séance, la dernière, au moment de la confrontation de tous les accusés. Est-ce une tactique pour mystifier la Cour ? Certainement pas car « il souffre bel et bien de troubles mentaux » confirme un officier de police judiciaire de la Minusca qui suit régulièrement son dossier médical au Camp De Roux où il est incarcéré avec ses co-accusés. Dans cette maison carcérale, de nombreux témoins rapportent volontiers ses moments de délire.

Abdramane Seleman Alias Ada, dans une attitude « agressive » : «  Je n’ai rien fait, Monsieur le président »

Défendu par Me Benoît Ngreka Sarrassengué

Cet accusé s’illustre par la désinvolture et ses questions sèches aux interrogateurs (le parquet surtout) et de la manière moins appéciable, ce qui n’échappe pas à la Cour dans la mesure où le juge président le rappel à l’ordre. Pendant toute une journée et avec une certaine assurance, le compteur est plein puisqu’il répète à volonté « je n’ai rien fait » une vingtaine de fois durant son interrogatoire, se présentant comme apprenti mécanicien innocent. Père de trois enfants dont il ne connait même l’âge de ces derniers, issus de deux femmes différentes dont la deuxième, un mois seulement avant son arrestation, commandant Mixte au sein du FPRC à la tête de vingt éléments, ce deuxième accusé avoue qu’il n’a que le niveau de CP1. Lorsque le juge président lui rappele les charges qui pèsent contre lui, le « cousin » d’Abdoulaye Issen, évoque ce niveau d’études pour expliquer le fait qu’il n’avait rien compris de ce que dit les PV ; même s’il ne conteste pas une partie de ce que mentionne le procès-verbal « signé sous la contrainte » (selon lui) encore qu’on lui aurait dit que c’est « son billet d’avion » qu’il « signait » sauf qu’il reconnait avoir été assisté tout le long de la déposition par un avocat, à la suite de la question de Me Panda (partie civile).

La journée tourne visiblement à épuisement pour ce musulman pratiquant en temps de jeûne ; le juge-président suspend l’audience pour le lendemain, ramadan oblige. Son interrogatoire se poursuit  24 heures après, toujours avec la même fougue du parquet qui le matraque et l’accule de questions, tournées dans tous les côtés ; ce qui finit par excéder l’accusé au dossard 0039 C, lequel ressort plus ou moins sèchement et à de nombreuse fois son fameux « Je n’ai rien fais monsieur le président. » et de manière agitée ; ce qui pousse Me Albert Panda, avocat de la partie civile de critiquer cette attitude et en soulignant ses contradictions et son « agressivité »

Ahmat Abakar Issen « n’est pas » Ahmat Younouss Encadreur : La défense s’accroche sur ces deux identités différentes et joue à fond sur le risque de condamnation d’un innocent, suite à une « erreur judiciaire »

Défendu par Me Claude Ngaïsset Pessinam

Une « erreur » ou alors la mention par « inadvertance » d’une « double » identité, certainement provoquée par une négligence professionnelle dès le départ donne de la graine à moudre à Me Pessinam. L’avocat du troisième homme sur le banc des accusés ne s’en prive d’ailleurs pas et joue cette carte à fond au point de transformer la séance interrogatoire à celle consacrée à la plaidoirie; et le juge-président de la Section d’assises de le recadrer. Pour la défense son, client s’appelle Ahmat Abakar Issen en non Ahmat Younouss « Encadreur ». Cette persistance à vouloir dissocier les deux noms ne manque pas de sortir le parquet de sa détermination pour expliquer à souhait et faire comprendre à la Cour qu’il s’agit bel et bien d’une « même » personne, car les surnoms « ça existe partout et tout le temps » Le parquet voudrait-il faire savoir qu’il n’est pas impressionné.

L’accusé lui-même se présente sous le nom d’Ahmat Abakar Issen, né « en 1986 » à Bamingui-Bangoran, dans le village de Kossoubak ; père de neuf enfants et militaire de 2ᵉ classe, engagé en 2021. Concernant les événements de Ndélé en 2020, il ne cesse d’affirmer se trouver en ce moment-là à Ndah pour se faire soigner d’hémorroïdes. Il reconnait cependant avoir été blessé par balle sur la route de Bria en direction de Ndélé, tout en déclarant ignorer les faits reprochés à ses éléments. Après la lecture de son mandat d’arrêt émis par le Parquet, il nie avoir occupé le poste de chef d’état-major adjoint, bien qu’il ait reconnait son appartenance au Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC) et ancien membre de la CPJP depuis 2009, et sous les ordres d’un certain Nourredine Adam et Abdoulaye Issen, tous les deux recherchés par la justice pour des faits graves, relevant des crimes contre l’humanité, entre autres.

Pour clôturer cette séance, la défense se ligue et opte pour l’offensive : c’est Me Pessinam, avocat de l’accusé qui dénonce des questions « tendancieuses » du Parquet, visant selon lui à faire passer son client pour un militaire actif, alors que plusieurs témoins défilant devant la barre « n’ont pas entendu parler de mon client (Ahmat Abaker Issen) qui n’a rien à voir avec Ahmat Younouss Encadreur. » comme combattant. Quant à Me Sarrassengué, avocat d’Abdramane Seleman alias Ada, l’accusé affirme mordicus ne pas être présent dans la ville et ignore si « Ada » avait participé aux combats. A la fin de cette série de l’interrogatoire, c’est Me Ngama, avocat d’Oumar Serge Abdoulaye qui rappelle que son client n’est ni de près ni de loin aux attaques meurtrières de mars 2020.

Récit : Gilbert G. Mbakop (photos CPS)

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