Les échos du Palais : la Cour pénale spéciale (CPS) entre dans la phase de contumace…

Le « général fâché » en fuite, est jugé en compagnie d’autres fugitifs dans le cadre de la procédure de contumace dans l’affaire « Ndélé 1 »

 La rédaction de « Tribunal » (journal), comme à son habitude depuis un certain temps, place son micro, caméra et oreilles dans la salle d’audience de la Cour pénale spéciale pour vous informer à la minute près autour des faits majeurs, des chiffres et les principaux acteurs qui animent la salle d’audience de cette juridiction qui a pour mission de traquer les auteurs de crimes graves dans ce pays qui a souffert de leurs exactions (crimes de guerre, crimes contre l’humanité…) Retour sur les points-clés de cette affaire dite « Ndélé 1 » qui a déjà connu le verdict pour une partie des accusés qui croupissent en prison, condamnés à de lourdes peines. Notre rédaction revient ainsi sur la procédure de contumace opposant le procureur spécial aux autres accusés « introuvables » à ce jour. Sur ce tableau, figurent le général Faché, Younouss Kalam, Atahir English, Abdel Kane Mahamat Salle, Fotor Sinine et Youssouf Moustapha alias Badjandjé.

 03 février à 14 heures 15

Au premier jour de la reprise du dossier dit « Ndélé 1 », c’est un certain « général Fâché » qui retient l’attention du public…

Procédure de contumace, une première à la Cour pénale spéciale, elle vise certains accusés en fuite en occurrence le général Fâché, Youbnouss Kalam, Atahir English, Abdel Kane Mahamat Sallé, Fotor Sinine et Youssouf Moustapha alias Badjandjé. Alors que les autres accusés dans cette même affaire connaissent déjà leur sort puisqu’ils croupissent en prison en tant que condamnés, ces fugitifs sont bien défendus par des avocats donc Me Eloge Mocpat indisponible ce jour.

On a affaire à un témoin protégé (N202) de l’ethnie haoussa ; pour lui les combats à Ndélé, opposaient les factions Goula et Rounga. « Présent à Ndélé le 29 mars 2020, mais blessé lors ces attaques, on m’a évacué à Bambari pour des soins » affirme-t-il non sans insister sur le fait qu’il n’avait pas vu les accusés sur les champs de bataille ; mais avait entendu des rumeurs sur leur implication dans les combats.

05 février

« Déclarations constantes » d’un témoin pas comme les autres : l’imam de Ndélé

Au deuxième jour de l’audience, c’est l’examen des accusations portées contre les accusés absents. L’imam de la mosquée de Ndélé, Abdel Soumaï avoue ses liens de voisinage et familial avec l’un des accusés (Abdel Kane, en fuite). De son récit des évènements du 11 mars 2020, la Cour a noté qu’Atahir English avait forcé le portail du sultan avant d’ouvrir le feu, et que l’attaque, menée par les Goula aurait fait 18 morts et provoqué des incendies des maisons et des pillages. Lors des attaques du 29 mars, il dit se trouvé à cette date à Bangui pour une rencontre avec le gouvernement et les facilitateurs.

Ce dernier a également mentionné avoir « rencontré le Général Faché lors d’un vol vers Bangui, dans le cadre d’une mission de médiation ; avoir identifié Younouss Kalam comme combattant du FPRC et rapporté que, lors du voyage dans l’avion, le Général Faché avait déclaré que, sans solution de médiation, il dénoncerait les faits, ce que le témoin interprète comme un signe de son implication dans les événements ; et le substitut du procureur Alain Tolmo de le féliciter pour la « constance » de ses déclarations.

06 février

« Balamane, un Rounga abat froidement l’un des Goula qui tenaient une barrière illégale »

Le témoin N203 relate ici les évènements malheureux à Ndélé qui, selon lui, tirent leurs sources lors de la mort d’un Goula qui tenait, en compagnie d’autres Goulas, une barrière de rackette

 « Balamane, de l’ethnie Rounga, avait désarmé les Goula aux barrières et tué l’un d’eux alors qu’il tentait de lui reprendre son arme. Le 5 mars 2020 au soir, les parents des victimes avaient encerclé la maison du Sultan-Maire pour réclamer justice. Le 6 mars au matin, jour prévu pour les négociations, des tirs ont éclaté.

 « Hadj aurait été tué, tandis que Balamane reste introuvable ; lors de la première attaque, il y avait eu 25 morts. »

Ce témoin protégé quitte la barre et cède sa place à Ramadan Abderasoun, de l’ethnie Goula, résidant à Ndélé, né en 1946 et chef du village Gozbeida. Visage découvert son témoignage est aussi glacial : « des éléments armés avaient recruté des combattants et les avaient formés avant d’attaquer les Forces armées centrafricaines (FACA). Après leur repli, ils s’en étaient pris aux populations locales, notamment aux Goula, les accusant d’être de connivence avec le gouvernement et cherchant à se venger du meurtre de l’un des leurs par Balamane.» Il enchaine termine par ceci : « Cinq personnes, dont un homme aveugle, avaient trouvé la mort et que les Goula avaient été contraints de se réfugier à Kourou ; le FPRC avait attaqué Gozbeida à deux reprises ».

10 février.

« Les villages Aliou, Lemena et Gozbeida, majoritairement habités par des Goula constituaient la cible pour les Rounga »

Les déclarations de Moussa ne sont pas loin de Ramadan Abderasoun, son prédécesseur à la barre. Il répond par la négative à Me Pessinam, avocat de la défense, qui lui demande s’il connait son client. De même à Me Ngama (avocat d’Oumar Serge) au sujet de son client. Le président de la Cour rappelle que ce témoin comparait en application de l’article 118 alinéa D du Règlement de Preuve et de Procédure (RPP). Vient le tour d’Abdoulaye Djimadji, chef du village de Lemena, d’expliquer que les villages Aliou, Lemena et Gozbeida, majoritairement habités par des Goula constituaient la cible pour les Rounga

12 février

L’ancien ministre Abdoulaye Issèn en prend pour son compte, accusé par un témoin

« C’est qui s’était passé à Ndélé était la conséquence des échecs de l’attaque qui avait eu lieu à Birao ; Abdoulaye Issen était parti à Ndélé pour demander du renfort », déclaration courageuse d’Abdel Moumine Djilith, un témoin qui estime aussi que « cette crise survenue à Ndélé n’était pas fondamentalement un conflit entre la population Rounga et la population Goula, mais plutôt entre les combattants Rounga et Goula appartenant au FPRC. » Euloge F. Mocpat avocat de la Défense, jette un regard vers lui et trouve inutile de le questionner.

14 février

Sa Majesté Senoussi, Sultan-maire de Ndélé à la barre

Sur l’identité des attaquants, Sa Majesté n’y est pas par quatre chemins : « ce sont des leaders de l’ethnie Goula et j’avais appris que c’est Atahir qui avait attaqué ma maison, ces attaquants étaient venus de Lemena avec Azor Kalite (déjà condamné à 20 ans de prison, c’est nous qui précisons) ; et certains sont originaires de la Vakaga et d’autres du Bamingui-Bangoran ; et tous ces auteurs de l’attaque à Ndélé, le 29 avril 2020, étaient venus de Lemena à pied. » Après quoi, il reçoit les remerciements Me Euloge Mocpat pour sa déposition, lequel confirme qu’il se trouvait bel et bien à Ndélé lors des attaques du 11 mars et du 29 avril 2020, mais dit avoir quitté la ville après pour à Bangui ; et c’est dans la capitale qu’il apprend que sa résidence « a été attaquée le 29 avril par Atahir ».

Récit : Gilbert G. Mbakop

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