La réplique de la défense est aussi cinglante comme les 30 et 20 ans réclamés par le parquet spécial
Au procès dit « Ndélé 1 » à la Cour pénale spéciale, quatre chefs de famille plus ou moins nombreuse occupent le box des accusés : Azor Kalite, Chafardine Moussa, Oumar Oscar Wodjonodrogba et Antar Mahamat ; tous les quatre ont été arrêtés avec des armes à Lemena par les éléments du contingent militaire portugais de la Minusca, le 19 mai 2021, suite aux tueries survenues 29 avril 2020 à Ndélé, village situé au nord de la Centrafrique. Ce procès court depuis onze mois (commencé le 05 décembre 2023) ; et le temps des différentes plaidoiries signale que l’on s’approche à sa fin. La semaine dernière, la partie civile et le parquet, dans leurs plaidoiries, n’y sont pas allés de main morte dans leurs accusations ; et qui ont abouti à une demande de « condamnation exemplaire » de la part du procureur spécial : 30 et 20 ans de prison pour les accusés. Les quatre accusés ont ceci de particulier qu’ils présentent tous un casier judiciaire totalement vierge, même si tous ont aussi reconnu avoir flirté avec les armes à feu, l’accusé principal est un militaire régulier des Forces de la défense nationale.
Les avocats de la défense ne se laissent pas faire
Le temps des plaidoiries de la défense est l’occasion de mesurer le degré d’indignation des avocats des accusés : des « boucs émissaires que l’on voudrait condamner pour faire plaisir aux victimes.» ; pour Me Claudine Bagaza, les vrais coupables « courent toujours dans la nature, je demande la relaxe pure et simple de mon client (Antar Hamat). La veille, c’est Me Marius BANGATI qui protestait en jugeant « inapproprié et illégale » le fait que le Parquet spécial a procédé à la requalification verbale des charges qui pèsent contre son client (Oumar Oscar Wodjonodrogba). Selon ce dernier, le Parquet spécial n’a ni qualité ni pouvoir. En ce qui concerne les accusations qui pèsent contre son client, il ne voit pas de manière tangible l’existence des « preuves au-delà de tout doute raisonnable » ; selon lui le parquet n’a pas été capable de démonter l’existence des éléments de crimes en lien avec la responsabilité personnelle de son client. Dès le début du procès, ces avocats avaient déjà dénoncé un fait assez curieux, mettant en doute le professionnalisme des enquêteurs : les armes saisies et présentées à la barre sont un bric-à-brac, mélangeant les armes de deux affaires en cour à la CPS : Ndélé 1 et Ndélé 2.
Le travail des enquêteurs de l’UNPOL mis en cause
Les deux confrères sont unanimes pour dénoncer les « preuves par déduction et suppositions » que le parquet chercherait à « imposer », toujours est-il que les auditions de tous ces accusés n’ont pas été menées dans les règles de l’art, selon eux. Pour Me Marius Bangati, les conditions d’obtention des éléments de preuve ont enfreint aux droits de son client et demande l’« exclusion des procès-verbaux versés dans son dossier, car, tout PV obtenu en violation des conventions ratifié par la RCA dont la torture sont de nature à être écarter de la procédure. » La demande formulée par la défense au sujet du bornage des antennes téléphoniques est aussi un sujet de désaccord entre les parties ; et Me Bagaza de s’appuyer sur l’article 163 du RPP pour tirer à boulet rouge sur les procès-verbaux obtenus par l’unité de police des Nations Unies (UNPOL) : ils n’ont aucune valeur probante, martèle-t-elle, visiblement essoufflée par son temps de parole qui a pris une journée.
Compte rendu : Gilbert Gilles Mbakop
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