La phase de déclarations de clôture étant achevée, Mahamat Saïd Abdel Kani, en larmes comme une pleureuse attend le verdict de la CPI

Au regard des chefs d’accusation pesant contre lui, l’ancien patron de l’Office central de répression du banditisme (OCRB) risque gros en termes de nombre d’années de prison

Une vidéo prise le 28 janvier 2021 pour sa toute première comparution à la Cour pénale internationale (CPI) montre un Mahamat Saïd Abdel Kani dans un costume bleu, le crâne et le menton lisses, soigneusement entretenus ; on dirait que le monsieur avait un rendez-vous galant ; quatre années après, une autre vidéo montre le même homme et au même endroit mais méconnaissable : abattu, « pleureuse », une longue barbe en broussaille et les cheveux en rasta. Mahamat Saïd Abdel Kani, ancien patron de l’OCRB, l’enfer de tous ceux qui y mettaient les pieds, n’est plus maître de ses mouvements depuis qu’il a été arrêté à Bria (Nord de la RCA) et remis à la CPI par les autorités centrafricaines, son sort est désormais entre les mains de la Chambre de 1ere instance VI de la CPI que dirige Mme Miatta Maria Samba, la juge présidente.

Malgré de gros soucis d’Internet, quelques privilégiés (munis de leur billet d’invitation et vérifié à l’entrée par des éléments de la force de l’ordre, venus en renfort) en majorité des victimes (allergiques à toute déclaration à la presse) ont suivi, deux jours durant, la retransmission en direct des déclarations de clôture de cette affaire impliquant un autre chef rebelle centrafricain dans la salle d’audience de la Cour pénale spéciale (CPS), remodelée pour la circonstance et habillée à la gloire de la CPI. L’ancien patron qui « semait » la terreur à l’OCRB en 2013 est suspecté de crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Quatre années depuis qu’il est retenu au quartier pénitencier d’une prison à La Haye (Hollande); il a le courage de nier les faits et même plaider non coupable, ce qui fait bondir de colère une des victimes, présente dans la salle et partagerait l’idée selon laquelle « la justice doit avancer et que tous les autres chefs de guerre en fuite comme Nourredine Adam doivent être arrêtés et jugés pour que vivent tranquillement les victimes avec le sentiment d’être prises en compte. »

Invité pour suivre la retransmission en direct de cette affaire pendant trois jours, le public s’est contenté de deux jours pour écouter non pas le verdict mais les déclarations des juges de première instance du Bureau du Procureur, des Représentants légaux des victimes et de la Défense. Leurs rôles respectifs « contribuent à un processus judiciaire fondé sur trois principes qui guident le travail de la CPI : l’équité, l’indépendance et la procédure régulière. » explique Mike P J Cole, chef du Bureau Pays CPI/ RCA. Déjà bien connu dans bon nombre de milieux en Centrafrique pour son côté et humour british, ce dernier admet que la présence des invités triés sur le volet dans la salle d’audience de la CPS, « envoie au monde un message fort : la justice compte, la responsabilité compte; et l’état de droit n’est pas seulement la responsabilité individuelle, mais celle et la cause de toute l’humanité. »

Compte rendu : Gilbert Mbakop

A lire aussi :

Deux chefs rebelles centrafricains sous le feu de l’actualité : l’un signe des accords de paix pendant que l’autre affronte le procureur de la CPI

Et si le 24 juillet 2025 à la Cour pénale internationale (CPI) devenait « Jour de justice » pour les victimes des tristes évènements de 2013/2014 en Centrafrique ?

Le Cameroun livre le colis encombrant : Armel Sayo est à Bangui, dans une prison et son « transfert vers la CPI serait la cerise sur le gâteau »

Mme Deborah Ruiz Verduzco, Directrice exécutive du Fonds à la CPI dépose ses valises à Bangui pour réconforter les survivants et les victimes des crimes sexuels en Centrafrique

L’espoir renait dans le cœur des femmes « réparées » de Paoua (Nord-Ouest de Centrafrique)

Ancienne femme de ménage à l’ambassade de France, victime de viol des hommes armés, elle trouve néanmoins le courage d’aimer et d’éduquer les enfants

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *