La santé publique en Centrafrique, gravement menacée par des bactéries : 85% d’entre elles restent intouchables, intraitables

L’Institut Pasteur et des centres hospitaliers de la capitale mobilisent des experts praticiens afin de trouver des stratégies efficaces contre ce danger national

Malgré un mauvais temps, des experts du corps médical (praticiens et partenaires institutionnels) ont défié la pluie, ce mardi 07 octobre, pour assister à un séminaire sur la résistance microbienne. A peine réunis dans la salle, ces séminaristes ont eu droit à l’intervention d’Emmanuel Nakouné, ci-devant directeur de l’Institut Pasteur de Bangui qui, d’entrée de jeu, rappelle ce dont ils sont motivés : « Nous affirmons notre engament collectif envers l’excellence clinique, la recherche et l’innovation au service de la santé. » On constate néanmoins que malgré cet engament quotidien en tant que vétérinaires, médecins, chercheurs biologistes, responsables de santé publique et animale, les bactéries restent imbattables face aux médicaments ; et la Centrafrique de battre alors un triste record : 85% de bactéries restent intouchables, non traitées. Sur les 5 millions de décès humains liés à la résistance antimicrobienne en 2019 donc 1,3 millions causées par les bactéries résistantes (selon Murray. The Lancet 2022), la Centrafrique occuperait le haut de ce funeste tableau. Cette problématique impose nécessairement une mutualisation des efforts entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale ; ainsi que des actions concrètes comme l’investissement dans la prévention des infections, une utilisation responsable des antimicrobiens et une surveillance renforcée de la Résistance Anti- Microbienne (RAM). Seulement voilà la pauvreté, les mauvaises habitudes sociales dressent un grand lit à la prolifération des pharmacies de la rue, proposant des faux médicaments et/ou mal conservés.

De nombreux défis à relever et la volonté manifeste

Dans ce combat contre un ennemi déjà identifié, l’Institut Pasteur de Bangui qui fait déjà partie du cœur du système de santé en Centrafrique, prend les devants pour la planification d’une réponse concertée, se dit « prêt » ; et par la voix de son directeur, il propose un cadre d’échange régulier entre biologistes et cliniciens… pour « vaincre collectivement ce fléau. » Les patients n’ont qu’une seule attente : être orientés vers le laboratoire pour un diagnostic fiable avant toute administration d’antimicrobien, ou alors orienter des prélèvements de la faune pour le diagnostic d’agents bactériens avant l’administration aux animaux.

A ce sujet Jonas Mossouto (photo 2), chef de service pharmacovigilance au ministère de l’Elevage et de la Santé animale a son idée : « Ce dont j’ai pu entendre abondamment au cours de ce séminaire n’est qu’un secret de polichinelle, à savoir l’utilisation abusive des antibiotiques et sans autorisation d’un professionnel de santé dont la population s’y adonne » et de conclure sous un air de déception d’un acteur de santé : « La RCA est malheureusement devenue une grande « pharmacie » à ciel ouvert ; il est urgent que les autorités interviennent pour stopper ces ventes illicites des médicaments dans la rue et dans les boutique dans nos quartiers.»

Compte rendu : Gilbert Mbakop

A lire aussi :

L’Ambassade de France booste la tenue de la 2eme édition de la « Course des Filles et Garçons de Café », annoncée pour le dimanche, 05 octobre, dans la capitale

L’ambassade de France en Centrafrique, acculée dans les cordes d’accusations plus ou moins graves n’a pour l’instant qu’une seule option : la défensive

Armel Sayo, « pasteur » dans une autre vie, ancien rebelle et chef de guerre impitoyable « livre » la France à la vindicte populaire

Comment la guerre en Ukraine transplante l’animosité entre la France et la Russie en Centrafrique

Les 6,55 milliards FCFA de « don » promis par la France sont enfin là : « ce n’est ni un prêt souverain ni un emprunt » 

L’Ambassade de France et la CPS vantent et vendent l’État de droit… aux étudiants Centrafricains

Les turpitudes de la France en Centrafrique

Tout est-il définitivement perdu pour la France en Centrafrique ? Ou alors ce n’est qu’un orage qui pourrait finalement passer ?

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *