L’Institut Pasteur et des centres hospitaliers de la capitale mobilisent des experts praticiens afin de trouver des stratégies efficaces contre ce danger national
Malgré un mauvais temps, des experts du corps médical (praticiens et partenaires institutionnels) ont défié la pluie, ce mardi 07 octobre, pour assister à un séminaire sur la résistance microbienne. A peine réunis dans la salle, ces séminaristes ont eu droit à l’intervention d’Emmanuel Nakouné, ci-devant directeur de l’Institut Pasteur de Bangui qui, d’entrée de jeu, rappelle ce dont ils sont motivés : « Nous affirmons notre engament collectif envers l’excellence clinique, la recherche et l’innovation au service de la santé. » On constate néanmoins que malgré cet engament quotidien en tant que vétérinaires, médecins, chercheurs biologistes, responsables de santé publique et animale, les bactéries restent imbattables face aux médicaments ; et la Centrafrique de battre alors un triste record : 85% de bactéries restent intouchables, non traitées. Sur les 5 millions de décès humains liés à la résistance antimicrobienne en 2019 donc 1,3 millions causées par les bactéries résistantes (selon Murray. The Lancet 2022), la Centrafrique occuperait le haut de ce funeste tableau. Cette problématique impose nécessairement une mutualisation des efforts entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale ; ainsi que des actions concrètes comme l’investissement dans la prévention des infections, une utilisation responsable des antimicrobiens et une surveillance renforcée de la Résistance Anti- Microbienne (RAM). Seulement voilà la pauvreté, les mauvaises habitudes sociales dressent un grand lit à la prolifération des pharmacies de la rue, proposant des faux médicaments et/ou mal conservés.
De nombreux défis à relever et la volonté manifeste
Dans ce combat contre un ennemi déjà identifié, l’Institut Pasteur de Bangui qui fait déjà partie du cœur du système de santé en Centrafrique, prend les devants pour la planification d’une réponse concertée, se dit « prêt » ; et par la voix de son directeur, il propose un cadre d’échange régulier entre biologistes et cliniciens… pour « vaincre collectivement ce fléau. » Les patients n’ont qu’une seule attente : être orientés vers le laboratoire pour un diagnostic fiable avant toute administration d’antimicrobien, ou alors orienter des prélèvements de la faune pour le diagnostic d’agents bactériens avant l’administration aux animaux.
A ce sujet Jonas Mossouto (photo 2), chef de service pharmacovigilance au ministère de l’Elevage et de la Santé animale a son idée : « Ce dont j’ai pu entendre abondamment au cours de ce séminaire n’est qu’un secret de polichinelle, à savoir l’utilisation abusive des antibiotiques et sans autorisation d’un professionnel de santé dont la population s’y adonne » et de conclure sous un air de déception d’un acteur de santé : « La RCA est malheureusement devenue une grande « pharmacie » à ciel ouvert ; il est urgent que les autorités interviennent pour stopper ces ventes illicites des médicaments dans la rue et dans les boutique dans nos quartiers.»
Compte rendu : Gilbert Mbakop
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