Ancienne femme de ménage à l’ambassade de France, victime de viol des hommes armés, elle trouve néanmoins le courage d’aimer et d’éduquer les enfants

Après avoir été terrorisée par la violence sexuelle et au bord du suicide, elle se remet de ses émotions et fait de l’éducation des enfants des autres son combat pour la vie

Bangui, capitale de la République centrafricaine au lieu-dit Pk 12 (arrondissement de Bégoua, secteur Ngola), deux domiciles se distinguent par leur particularité : le premier est une grosse et luxueuse villa ; la présence des hommes armés en uniforme, montant la garde, rappelle que Simplice Mathieu Sarandji, le président de l’Assemblée nationale et 2eme personnalité du pays y est logé. Et à quelques centaines de mètres de là, une case construite sans façon en brique de terre, portant de dessins d’écoliers, de larges ouvertures servant de fenêtres ; cette concession entretenue dans la pure tradition des gens misérables nous rappelle aussi que nous sommes bien à l’école communautaire « YADELESPOIR », fondée par Albertine Tchenendji. Ici, les cours d’alphabétisation y sont dispensés tant bien que mal aux enfants, de la maternelle et du fondamental 1, pour la plupart désœuvrés et/ou orphelins, un puits d’eau hermétiquement fermé mais non potable occupe la cour.

Une histoire douloureuse et émouvante

L’histoire de cette dame, fondatrice de cette école somme toute particulière, ressemble à celle d’un boxeur outrageusement dominé par son adversaire sur le ring ; mais qui refuse de jeter l’éponge en se relevant immédiatement chaque fois qu’il est envoyé brutalement au tapis. Après avoir servi plusieurs années durant comme femme de ménage à l’Ambassade de France, Albertine Tchenendji, la cinquantaine dépassée, a cru mériter la retraite et le repos aux côtés de ses petits-enfants. Malheureusement tout bascule dans sa vie quand les séléka et les anti-Balaka se font une guerre atroce en 2013/2014 avec pour conséquences les règlements de compte au sein de la population. Elle fait partie de ces nombreuses victimes de viols de la part des éléments armés ; et elle est au bord du suicide quand elle assiste à l’élèvement de son fils, boucher de profession et découvert mort plusieurs jours après qu’elle n’ait pas pu « payer les 350 milles exigés par ses ravisseurs de la mouvance séléka » à majorité musulmane.

Le programme de Fonds au profit des victimes (PFV) de la CPI redonne un sens à sa vie

Dans le cadre de son mandat d’assistance, le Fonds au profit des victimes (FPV) de la Cour pénale internationale (CPI) lance un projet pilote en Centrafrique, où plus de 11.000 victimes de violences sexuelles liées au conflit ont besoin de prise en charge holistique. La Fondation Mukwege, l’un des exécutants de ce programme enregistre Albertine, en 2021. Avec d’autres victimes, elle manifeste ouvertement l’envi de se relever du choc en participant assidument aux séances d’écoute active et d’orientation non sans un passage dans un groupe de thérapie. Une année plus tard, elle bénéficie d’un appui financier pour exercer une activité génératrice de revenu (AGR) de son choix ; mais contrairement aux autres victimes bénéficiaires, elle a plutôt une idée originale : « créer une école, réunir et puis occuper tous ces nombreux enfants vulnérables (orphelins, abandonnés, etc.) que la crise a jeté dans la rue de son quartier. » Le côté maternel et humainement social prenant le dessus, influence son choix ; c’est ainsi que l’Ecole communautaire YADELESPOIR est née par la seule volonté de cette victime de violences sexuelles liées au conflit qui a subi des pires exactions des hommes en arme pendant la grave crise survenue en RCA en 2013.

Des larmes de tristesse (humiliation) et de joie (100% de réussite au Certificat d’études primaires)

C’est dans une petite pièce mal crépie, des toiles d’araignées jusqu’à la toiture, trouée par endroit, tenant lieu de bureau et sur une chaise cassée qu’elle nous reçoit, le tabouret pour visiteur, lui aussi semi-cassé, occupe la moitié de l’entrée. Chaque mot prononcé par celle qui se présente aussi comme la présidente du Centre de formation des œuvres sociales (CFOS) dont le siège se trouve toujours au PK 12 (Bégoua), fait penser à un cri de détresse. Essuyant ses larmes à deux reprises : une pour se rappeler comment les rebelles l’ont abusée, violentée, humiliée et l’autre pour remercier Dieu d’avoir permis la réussite de onze de ses élèves à l’examen de Certificat d’études primaires sur les onze présentés par son école cette année 2025.

5000 F CFA comme salaire mensuel pour les enseignants et comme un couperet, un autre choc lui tombe encore sur la tête

« L’école communautaire YADELESPOIR, c’est seulement 4 petites salles de classe délabrées, des tables bancs mal fabriquées et déjà attaquées par des termites, le sol non-cimenté ; elle a un effectif de 107 élèves, repartis de la maternelle au cours moyen 2eme année, cinq jeunes semi-lettrés et/ou diplômés du quartier sans emploi interviennent comme enseignants et reçoivent rarement 5ooo F comme salaire mensuel. Moins de 5% d’élèves paie seulement le ¼ du taux de l’écolage, fixé à 32 ou 41 mille francs l’année. » déplore Bella Claver, celui qui fait office de surveillant/enseignant, d’une voix pénible et le regard fixé sur le tableau d’effectif accroché au mur. C’est bien lui qui nous apprend avec la plus grande déception se lisant sur son visage que le ministère de l’Education nationale l’a convoqué pour lui signifier que l’école YADELESOIR « doit payer la somme de 500 mille francs comme frais d’autorisation d’ouverture » Un haut cadre, contacté au ministère, nous apprend qu’il n’existe aucune dérogation officielle pour la création d’une école privée, quel qu’en soit le cas. « Si on avait cet argent, on ne serait pas dans le besoin de salles de classe qui nous fait cruellement défaut et le ’’salaire’’ de ces jeunes bénévoles qui contribuent aussi, à leur manière, à sauver leurs plus jeunes compatriotes. » proteste Albertine Tchenendji, la fondatrice, hier au bord du suicide et aujourd’hui « épanouie » à cause de son amour pour les enfants.

Bon à savoir :

Le Fonds au profit des victimes (FPV) de la Cour pénale internationale (CPI) a été créé pour soutenir les victimes de crimes relevant de la compétence de la CPI, tels que le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. Il a un double mandat : mettre en œuvre les ordonnances de réparation rendues par la Cour et fournir un appui physique, psychologique et matériel aux victimes

Récit : Gilbert G. Mbakop

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Et si le 24 juillet 2025 à la Cour pénale internationale (CPI) devenait « Jour de justice » pour les victimes des tristes évènements de 2013/2014 en Centrafrique ?

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