Il s’appelait Simon-Pierre Ndouba Beret, son bureau est toujours fermé, une dizaine de jours après son départ brusque

L’oubli est la ruse du diable, pas la nôtre : comment oublier cette incarnation du verbe réfléchi et du bon mot dans un milieu sensible, malheureusement envahi par de nombreux « bras cassés »

Avant qu’il n’aille au Haut conseil de la communication (HCC), il était « Mr l’Inspecteur central » pour certains, et moi je l’appelais toujours « Rec ». Le premier président de l’Union internationale de la presse francophone (UPF) section Centrafrique, a définitivement cassé sa plume, dans des conditions déconcertantes ; la presse centrafricaine voit ainsi partir l’une des rares espèces en voie de disparition.

J’ai connu Simon-Pierre de près en 2015 ; c’était l’époque de « La Maison de la Presse », le siège de la « Synergie des Médias », une idée originale de la MINUSCA qui avait trouvé là le moyen de regrouper les journalistes à cette époque afin que ces derniers  prennent leurs responsabilités professionnelles face à des risques liés aux élections en temps de crise ; le pays traversait alors une grave crise politico-militaire. Mise en place grâce au soutien multiforme de la mission onusienne, cette « Synergie des Médias » avait la charge de produire et publier « Election Siriri », un bulletin d’information destiné à sensibiliser les électeurs autour de ces consultations populaires mettant fin à la période transitoire que conduisait Mme Catherine Samba Panza.

Le confrère Ndouba est logiquement porté à la tête de la rédaction générale ; et moi à ses côtés pour assurer le rôle de secrétaire de la rédaction. Cette proximité m’a permis de découvrir le côté pondéré de cet homme au verbe réfléchi, juste et précis ; et de profiter aussi de son expertise rédactionnelle, une expertise pas vraiment reconnue à sa juste valeur par le ministère de la Communication et des Médias. Son bref passage à l’Agence Centrafrique presse (ACAP) et son affectation à l’Inspection centrale (un poste ronflant qui ressemblerait malheureusement à une « coquille vide ») sont des preuves qu’il était sous-estimé et/ou mal utilisé. Il a fallu que ses anciens étudiants en journalisme, devenus entre temps fonctionnaires, décident unanimement dans les urnes de l’installer au Haut conseil de la communication (HCC) où le fauteuil de Rapporteur Général qui était le sien reste présentement vide.

Vient le temps de « Centrafrique Investir Mag » et « 7ème République », deux magazines initiés par le ministère de la Communication et des Médias donc la conception, la réalisation et le montage graphique (et même la rédaction d’au moins 50% de leur contenu) me revenaient. Si ces deux magazines ont connu un certain succès rédactionnel et graphique, Simon Pierre y était pour quelque chose, d’autant plus qu’il était l’un des rares journalistes du pays qui savent ce que veut dire « l’Ecriture de presse », « l’Angle » et l’utilité d’un reportage. » Il nous a quittés dans la nuit du 03 avril, à l’âge de 63 ans, laissant un grand vide dans ce milieu de la presse centrafricaine que la paresse intellectuelle ambiante l’a transformée en un lieu de rencontre par excellence de tous les « bras cassés » et « analphabètes » de la culture journalistique, comme aime si bien le rappeler en le déplorant (l’autre) excellent confrère Christian Aimé Ndotah qui, à mon avis, devient le dernier mohican. Pour m’éloigner de la médiocrité ambiante, j’ai trouvé une astuce: accrocher sa photo dans mon bureau et sur laquelle mon regard se dirige à chaque instant.

Témoignages de l’ensemble de la rédaction de Tribunal par la plume de: Gilbert G. Mbakop, éditorialiste (Tél : 72 06 50 12 / 75 54 64 94, courriel : mbakopgilbert20@gmail.com)

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