Lettre ouverte N°7 à Touadéra :
En initiant une manifestation publique, l’opposition (« aux abois ») prend le risque de se livrer elle-même à l’humiliation en termes de côte de popularité face à un pouvoir MCU en plein forme électorale
Faustin, ita ti mbi
2025 est une année électorale pas comme les autres : municipales, législatives et présidentielle. Voilà une douzaine d’années que je tire la presse en Centrafrique par le haut avec une ligne éditoriale axée sur la prise de conscience et le développement de ce pays ; mais des valets du néo-colonialisme et traitres de la république me traitent de « feymen » camerounais et vont même jusqu’à me « nommer » ton conseiller, juste parce que républicain, je salue régulièrement des actes posés par le gouvernement non sans critiquer sévèrement en faisant des propositions plus ou moins chocs. A ce titre je viens à toi ce matin pour te donner mon avis sur l’autorisation de manifestation publique, accordée au Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC). N’oublie pas que nous sommes dans un cadre strictement familial, le pourquoi je ne m’encombre par avec des « Excellence », « Monsieur le Président de la République », « Chef de l’Etat »; le « TU » a donc sa place ici, et tu le sais dès mes premières lettres ouvertes…
Ita ti mbi
Depuis le coup d’Etat raté de Bozizé en 2020, l’opposition a toujours fait profil bas et sa peau de chagrin trahit son état d’un désespéré, et s’illustrant par des diatribes de quelques-uns de ses membres ; elle est aussi désorganisée que désertée en masse. Le 04 avril est le jour le plus long pour cette opposition car elle a choisi de se mirer pour voir qui elle est réellement; c’aurait été la pire erreur politique si la manifestation publique qu’elle veut organiser venait à être interdite comme souhaitée par certains dans ton entourage, plein d’incompétents zélés et plus royalistes que le roi dans leurs attitudes au quotidien.
Ita ti mbi
Malgré les contingences, tu portes un bilan et tes amis du MCU sont fiers de défendre ce bilan ; sereins, ils seraient prêts à en découdre avec qui que ce soit dans les urnes. Pour eux « le candidat MCU va passer comme une lettre à la poste lors des prochaines consultations électorales ; qu’il s’appelle Touadéra ou quelqu’un d’autre » En politique on ne fait pas de cadeau aux adversaires et la non-assistance à personne en danger n’est pas une faute ; c’est bien de laisser l’adversaire scier lui-même la branche sur laquelle il est assis; je t’explique pourquoi. D’accord pour la sortie du BRDC dans la rue la semaine prochaine.
Des mesures de sécurité pour parer à toute éventualité
Le BRDC s’est enfin réveillé, après 4 années dans l’oubliette, il prend un grand risque pour sa survie; de deux choses l’une : soit sa manifestation publique du 04 avril prochain réussit à travers sa capacité de mobilisation (probabilité quasi faible) ; et il (re)entre alors en jeu en pesant lourdement sur l’échiquier politique par sa participation aux prochaines et différentes élections ; soit sa fameuse manifestation publique échoue lamentablement (et là beaucoup sont prêts à parier pour l’échec, vu le rejet brutal de la plupart de ses leaders par une bonne partie de la population) et ils seront alors jetés définitivement dans la poubelle de l’histoire, cédant ainsi place à une nouvelle génération d’hommes politiques (pouvoir ou opposition) du pays. Reste alors au Mouvement des cœurs unis (MCU) de descendre , lui aussi, le lendemain dans la rue pour une démonstration, une manifestation publique grandiose et chacun tirerait enfin sa conclusion pour clore le débat de légitimité populaire à défaut dans les urnes.
La police ne doit pas être la dernière à savoir ce qui pourrait bien arriver ce jour : le danger peut bien arriver de ton camp, personne n’ignore que parmi les militants et sympathisants du MCU, beaucoup d’houligans, des supporters malintentionnés s’y trouvent; et sont capables de mettre le feu dans la foule de manifestants ; personne aussi n’ignore que bon nombre de profiteurs de ton régime sont prêts à sortir le couteau pour un simple OUI ou un simple NON. Et de l’autre côté, ce ne sont pas des enfants de cœurs, leurs fins stratèges (qui ont certainement lu machiavel) seraient tentés, eux aussi, de fabriquer un incident plus ou moins grave, juste pour le rejeter sur le régime; et les médias à charge comme RFI et France 24 auraient alors là de quoi alimenter leurs journaux respectifs toute une journée : « chasse aux opposants en Centrafrique, le régime dictatorial de Bangui tire sur des manifestants à mains nues… » De quoi ternir ton image et ton régime.
Gilbert G. Mbakop, éditorialiste (Tél : 72 06 50 12 / 75 54 64 94 Courriel : mbakopgilbert20@gmail.com)
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