Diagnostic
Les hommes politiques dignes de ce nom, sûrs et certains de leur conviction, sont prêts à payer pour se retrouver dans la situation de Dominique E. Yandocka, fraichement libéré de prison.
On a le cas d’Ousmane Sonko, sorti de prison pour se retrouver à la tête du gouvernement (certains n’hésitent d’ailleurs pas à le considérer comme le vrai président) sénégalais ; les accusations portées contre lui avaient des « odeurs politiques ». C’est le tour de Dominique Yandocka, député de la Nation, emprisonné, jugé et condamné (un an de prison) pour un motif grave : atteinte à la sécurité de l’Etat, ce qui n’est pas de l’avis de ses sympathisants et aussi de ses conseils, lesquels évoquent (sans le prouver jusqu’ici) un « règlement de compte politique ». Cette affaire a le mérite de mettre tout le monde d’accord : Yandocka, pour l’heure, est désormais la personnalité la plus en vue au sein de la classe politique, reléguant de très loin derrière les Dologuélé, Ziguélé, Nguendet pour ne prendre que la partie dite « opposition » tendance BRDC. Son nom et image occupent tous les canaux de communication du pays et à l’étranger; le groupe Médias France (RFI, France et TV5 Afrique) et le magazine Jeune Afrique en ont fait leur choux gras ; la valeur et l’angle de traitement de cette affaire par ces médias français ne sont pas choisis au hasard, bien au contraire : tout ce qui est susceptible de ternir l’image du régime de Bangui serait (très) bon à prendre pour eux ; personne n’ignore que, vue de France, la présence russe en Centrafrique est un crime de lèse-majesté.
Une année en prison
Arrêté et incarcéré en décembre 2023, Dominique Yandocka respire désormais l’air d’un homme libre de tout mouvement depuis le 26 décembre 2024 ; après que Jacques Oukara, Procureur Général ait demandé au régisseur de la Maison d’Arrêt du Camp De Roux de le mettre en liberté après avoir passé une année en prison (l’équivalent de la peine requise par le juge). Rien ne l’empêcherait désormais de retrouver la scène politique qui a toujours été la sienne, gonflé à bloc et soutenu par ses nombreux électeurs de la capitale qui le verraient bien à la tête de la mairie de Bangui. C’est un poste (important) de gestion de la chose publique réaliste qui servirait de marche pied ou de tremplin pour la magistrature suprême. Le faisant ainsi, il fermerait la bouche à ses détracteurs (adversaires politiques) qui persistent à croire qu’« il était bel et bien derrière un coup d’Etat », c’est-à-dire il « voulait prendre par des voies non constitutionnelles » la place de Touadéra, pour dire les choses terre à terre. Bien avant cela, il doit d’abord (re)faire face à cette même justice qui vient de le condamner ; puisque ses avocats ont introduit un dossier de pourvoi en cassation en dénonçant une décision « injuste ». La Loi électorale est formelle : « sont électeurs/candidats les personnes jouissant de leurs droits civiques et politiques » (Art4). Il faudrait néanmoins compter avec ce détail capital qui voudrait que la modestie soit une denrée rare dans ce pays : tout le monde veut être Président de la République, Premier ministre, Général d’armée, bref à un poste de commandement très élevé, très souvent sans niveau et sans préparation, un rêve de fou, démesuré en somme. Nous avons la faiblesse de croire que Dominique Ephrem Yandocka est cette exception qui confirmerait la règle.
Gilbert Gilles Mbakop, éditorialiste
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