C’est dans les bras des agents pénitenciers qu’il quitte la salle à l’ouverture des débats de l’affaire « Ndélé 2 » : pour ce qui est de preuve de mauvaises conditions dans les prisons centrafricaines, en voilà une
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« Les 20 ans pris par son collègue capitaine dans l’affaire dite Ndélé 1 serait à l’origine du malaise qu’a senti le chef de bande dans l’affaire dite Ndélé 2 » ironise un curieux dans la salle d’audience de la Cour pénale spéciale à l’ouverture de ce procès dont sa compréhension parfaite est à chercher dans la première ; autrement dit « Ndélé 2 » est le prolongement de « Ndélé 1 », car les deux affaires sont étroitement liées, tirant communément leur source dans les meurtres commis dans un même village (Ndélé, Nord-Est de la Centrafrique).
La clé pour comprendre cette affaire on ne peut plus grave
L’origine et les causes remontent à mars 2020, deux factions du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), l’un des nombreux groupes rebelles qui ont saboté la paix en Centrafrique sous le régime de François Bozizé s’affrontent violemment avec des armes de guerre. Le conflit, né de rivalité (égo tribal) et du contrôle des barrières illégales et de l’administration du groupe. La rivalité prend très vite les couleurs communautaires, car ce groupe fortement armé est essentiellement composé des Rounga et des Goula ; ces derniers feraient croire aux premiers qu’ils sont intellectuellement au-dessus d’eux. Après l’affrontement, le bilan est grave ; le conflit a coûté la vie à de nombreuses personnes innocentes, se soldant par d’autres atrocités comme le pillage. Sept membres de la faction Rounga sont aujourd’hui aux arrêts (ou en cabale), accusés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Les mêmes motifs reprochés aux quatre protagonistes de la première manche de cette affaire dite « Ndélé 1 » qui vient à peine de baisser le rideau après près d’une année de procès. Le verdict maintient les accusés en prison (20 et 15 ans).
Il est difficile de ne pas remarquer des similitudes prouvant que ces deux affaires sont étroitement liées : on parlait de « Ndélé 1 » en disant « affaire le Procureur spécial contre Azor Kalite », désormais on parle « affaire Procureur spécial contre Oumar Serge Abdoulaye Assan. » ; hier c’étaient exclusivement les Goula et leurs témoignages à décharge ; il est impensable de croire que les témoins Rounga viennent enterrer leurs « frères en témoignant contre eux…
Les Acteurs
Les Accusés
Abdramane Seleman alias Ada, Hassane alias Hassan alias Assane Adam alias Amat Younouss alias Mahamat Encadreur (d’auteur, coauteur, complice et chef militaire), Oumar Serge Abdoulaye Assan (auteur, coauteur et de complice) étaient présents dans la salle. Poursuivis également en qualité d’auteurs, de coauteurs et de complices, les accusés Zakaria Mahamat alias Zoulou, Abakar Balamane et Haroun Gueye alias Aroun Guei alias Haroun Gaye. Les trois derniers ne sont pas dans le box ; et aux autres, le président leur a rappelé leurs droits fondamentaux, conformément aux dispositions des articles 4 et 5 du règlement de procédure et de preuve (RPP), notamment celui de garder le silence et d’être assistés par un avocat. Présents ou absents, tous sont jugés (et le seront) durant tout le procès de manière simultanée.
Les juges
Aimé Pascal Delimo (président), assisté par Emile Ndjapou et Hérizo Rado Andriamanantena, Greffe : Marie Madeleine Touakouzou et Florentin Darré.
Le Parquet Spécial
Représenté par les Substituts du Procureur spécial : Alain Tolmo, Romaric Kpangba et Bassem Chawky.
Les avocats de la défense
Me Ngreka Benoît Sarassengue, Edgard Simplice Ngama, Claude Ngaïsset Pessinam et Guy Antoine Dangavo
La Partie civile
Maître Albert Panda…
L’état de santé « dégradant » (« malaise ») de l’accusé principal en plein audience l’oblige à quitter la salle d’audience dans les bras des agents pénitenciers ; malgré cet incident, le Juge-président ordonne néanmoins la poursuite de la lecture de l’ordonnance de renvoi déjà entamée ; mais le calendrier de l’ouverture des tout premiers débats est réduit à deux jours au lieu de trois prévus. La reprise est annoncée pour le 03 février 2025, les fêtes de fin d’année auraient influencé la décision du président-juge de la Section d’assises ; « Ndélé » 2 est lancé sur le chapeau de roue.
Récit : Gilbert Gilles Mbakop
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