« Ndélé 1 », apothéose : une année de débats (à travers des audiences sereines et publiques) donne lieu à 20 et 15 ans de prison pour les accusés

Azor Kalite et ses complices, protagonistes majeurs dans l’affaire « Ndélé 1 », restent en prison jusqu’en 2041 ou 2036

Pendant trois années (arrestation, détention et procès), ils étaient encore considérés comme de simples accusés ; mais depuis la matinée du 13 décembre à 11 heures 25 minutes, ils sont passés de statut d’innocents à celui de coupables : Azor Kalite et ses complices n’ont pas bénéficié d’un non-lieu espéré par leurs avocats et leurs partisans, venus nombreux assisté au verdict de cette affaire médiatisée dite « Ndélé 1 » qui a tenu en haleine le public centrafricain depuis son déclenchement en 2020. Vingt et quinze ans de prison sont les différentes peines prononcées par le juge de la seule Section d’assises (pour le moment) de la Cour pénale spéciale. Le parquet spécial réclamait 30 et 20 ans. Autant dire que Azor Kalite, le chef de la bande va recouvrer la liberté (en principe) en 2041 (après déduction des trois années déjà de détention) et 2036 pour ses complices. Les représentants des différents partenaires (PNUD entre autres) de la Cour présents dans le public ont eux aussi constaté que les quatre condamnés (désormais) se sont présentés devant le juge pour le verdict, chacun son style : Charfadine Moussa portant un masque blanc au nez et crâne rasé, Antar Hamat abhorrant une montre bracelet alors que Wodjonodroba est tout droit dans sa paire de basket blanc.

La Cour d’appel de Bangui au départ de l’affaire

Après les violentes attaques meurtrières de mars et avril 2020 à Ndélé (Nord de la RCA), le procureur spécial de la CPS sollicite l’appui de la Mission multidimensionnelle de la stabilisation de la Centrafrique (MINUSCA) pour les enquêtes et la collecte des preuves sur le terrain et demande au procureur de la Cour d’appel de Bangui qui avait déjà déclenché une action de se dessaisir de l’affaire au profit de la CPS. A partir de juin 2020, le cabinet d’instruction n°1 prend en charge l’instruction de l’affaire, et constate que les faits sont imputables à des membres de deux groupes ethniques (Goula et Rounga) du FPRC, l’un des nombreux groupes armés qui ont endeuillé le pays. Les affrontements se sont soldés par des attaques armées et répliques (là aussi avec des armes) aux attaques. La première ordonnance remonte au 13 juillet 2023 ; celle-ci renvoie les onze accusés devant la chambre d’Assises, l’affaire prend alors une dénomination particulière (« Ndélé 1 »), laquelle est renvoyée devant la Chambre d’assises le 19 juillet 2023. La Section d’assises sépare cette procédure afin de juger d’abord les quatre accusés déjà en détention ; après que les éléments du contingent portugais de la MINUSCA eurent mis la main sur Azor Kalite et ses complices, une vingtaine de jours après les évènements meurtriers.

« Ndélé 1 contumace »

Ils sont au nombre de onze que la justice a identifié comme auteurs de ces crimes commis au moment du massacre d’une trentaine d’innocents non combattants, mais depuis l’ouverture du procès, le public ne voit que quatre d’entre eux défiler devant la barre ou dans le box des accusés. Où sont alors passés les sept autres ? En « fuite » : Général Faché, Younous Kalam Yal, Atahir English, Abdel Kane, Mahamat Sallé, Fotor Sinine et Youssouf Moustapha alias Babadjé ; tous les six recherchés seront jugés en leur absence.

Témoignages poignants recueillis par notre reporter, lors du jour 20 des débats dans la salle d’audience et publiés dans notre organe version papier, édition du 04 au 11 mars 2024

Lors de l’installation du préfet Goula que je suis, d’ailleurs boycottée par le sultan-maire, ce dernier avoue publiquement qu’il y a une animosité entre les Rounga et les Goula. »

« Je savais que ma nomination n’était pas chose aisée dans la mesure où étant Goula, une partie de la population n’acceptait pour rien au monde ma nomination. D’ailleurs certains avaient promis de me faire partir et même monté des enfants pour lapider ma maison à l’aide des pierres. Lors de mon installation en tant que préfet, le 10 décembre 2018, le sultan-maire, censé tenir un discours à cette occasion n’est arrivé qu’à la fin des cérémonies, juste pour saluer les autorités venues de la capitale pour la circonstance. Ce qui signifie pour beaucoup un boycott de cette cérémonie pourtant officielle est longtemps programmée d’avance. En plus, l’ordre de préséance protocolaire selon leur entendement place le sultan-maire au-dessus de tout, le préfet compris.

« Ce même sultan-maire a publiquement avoué que l’animosité entre Rounga et Goula est réelle et ne date pas aujourd’hui; et qu’il serait intéressant de faire appel à un historien pour connaitre ses origines profondes. » Amine El-Mahad, ancien préfet de Bamingui-Bangoran

« Etant à Bria, ma hiérarchie m’avait demandé d’aller à Ndélé rapidement avec pour mission de : 1) m’interposer entre les deux groupes en conflit, 2) sécuriser la ville et 3) installer l’état-major des FACA à Ndélé. Avant de commencer ma mission j’ai reçu des informations attestant que ce conflit est ethnique et plus tard, j’ai compris qu’il est basé sur les intérêts particuliers, l’un des deux groupes s’estimant au-dessus de l’autre, du point de vue intellectuel…» Jean Louis Moussa, colonel des Forces armées (FACA), diplômé de l’école de guerre et 22 ans de fonction à l’intérieur du pays en zone de conflit.

La sonnette d’alarme des autorités de Ndélé à l’époque des faits serait toujours superbement ignorée, dangereusement. Au cours des débats, des témoins ont nommément cité des hommes politiques les plus en vue certains sont même membres du gouvernement actuel.

« Ndélé 2 » est déjà déclenchée

La Section d’assises va ouvrir les débats sur une autre procédure dite « Ndélé 2 », le 17 décembre 2024. C’est une affaire qui aurait des liens solides avec celle qui vient de connaitre son aboutissement par la condamnation d’Azor Kalite et ses complices. « Pour comprendre facilement l’affaire dite Ndélé 2, il faudrait alors maitriser Ndélé 1 » nous renseigne déjà une source proche de la Cour.

Récit : Gilbert Gilles Mbakop

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