Diagnostic
Avant le conflit armé en Ukraine, la Centrafrique servait déjà de terrain de rivalité entre certaines puissances : un simple coup de téléphone de Poutine à Touadéra révèle le degré d’animosité entre Paris et Kremlin
L’Europe dite « civilisée » est le théâtre d’une autre guerre de grande ampleur sur son sol ; la menace « sérieuse » de la Russie de s’en prendre directement aux Etats qui autoriseraient l’Ukraine à employer des armes de longue portée contre son territoire apporte ainsi une nouvelle dimension au conflit. Adversaires indirects sur le conflit en Ukraine, la France (cachée derrière l’OTAN) et la Russie transplantent leur animosité sur le territoire centrafricain ; il faut écouter certains médias français pour mesurer la profondeur du mal que la présence russe de plus en plus renforcée et consolidée en RCA provoque chez nos « ancêtres » les gaulois.
Un simple coup de fil qui rassure Bangui, mais qui déstabilise Paris
On a cru, le temps d’un simple « accord budgétaire », à un réchauffement de relation entre Paris et Bangui, après trois années de brouille ; voilà que la fièvre (re)monte de nouveau à cause d’un petit coup de téléphone de Kremlin ; et les armes de destruction massive de la France (RFI, France 24…) en direction de l’Afrique francophone (surtout) en ont fait toute une montagne. Comment comprendre cette fébrilité ? Ce petit coup de téléphone « rassurant » de Poutine à Touadéra (faut-il le rappeler est bien accueilli par une bonne frange de la population) témoigne à volonté la consolidation de la présence russe en RCA et démontre au passage que l’étau du parent « envahissant » se desserre de plus en plus ; et du coup ce dernier voit passivement ses gigantesques intérêts en Centrafrique fondre comme une bougie allumée. C’est désormais clair : la Russie et la France ne font pas bon ménage en ce temps de conflit… La sécurité qu’offre Kremlin à la Centrafrique sur un plateau en diamant est un pain béni ; et aucun régime comme celui de Bangui ne peut cracher dessus ; certains mauvais esprits, adeptes de la théorie du « coup d’Etat tous les dix ans » et déconnectés du nouveau contexte peuvent toujours halluciner dans leur rêve de fous : pendant que la Russie est là, la probabilité d’un coup d’Etat en RCA dans les conditions actuelles est quasi nulle, surtout si les assaillants viennent du côté habituel (Tchad ou Libreville).
Deux pays, deux approches totalement différentes de partenariat
A côté d’autres partenaires de la RCA, la France occupe pourtant une position historique écrasante, imbattable quant à la maitrise parfaite de la sociologie de ce pays, malheureusement elle doit désormais se battre comme un beau diable pour reconquérir seulement une partie de ses intérêts aujourd’hui réduits comme une peau de chagrin. A qui la faute ? Certainement à la politique catastrophique de Paris, pilotée en son temps, par un certain Yves Le drian (départ de Sangaris, entres autres mauvais choix) depuis une dizaine d’années envers l’un des maillons importants de son pré-carré. Entre temps le pays a multiplié d’autres partenaires, lesquels ne sont pas prêts à céder quoi que ce soit… au détriment du partenaire historique ; et la Russie tient le flambeau.
Dans une même semaine, la Russie et la France désormais deux pires ennemis qui n’attendent que l’occasion pour se rentrer dedans (pour dire les choses telles qu’elles sont) ont séparément signé avec la Centrafrique des « accords de partenariat ». Pendant que la France répète exactement la vieille recette qui n’a jamais marché depuis toujours en apportant « gratuitement » une grosse enveloppe de billets de banque, la Russie, quant à elle, dépose sur la table plutôt la sécurité, l’exemption de visa (1) entre elle et la Centrafrique et des projets prometteurs (exploitation énergétique, infrastructures, éducation). Il est question ici de tirer soi-même la conclusion entre la vieille méthode de coopération et la nouvelle.
(1) pendant que les demandeurs de visa à l’ambassade de France doivent d’abord se plier en quatre pour seulement obtenir un simple rendez-vous, souvent « monnayé »
Gilbert Gilles Mbakop, éditorialiste
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