La France était partie sans crier gare ; et plusieurs années de brouille après, elle revient avec une valise de billets de banque, espérant « récupérer » sa place de partenaire historique. S’est-elle réveillée ?
C’est l’histoire d’un vieux couple qui rencontre souvent de problèmes de ménage. Depuis que Touadéra est à la tête du pays, le climat est rarement au beau fixe entre la France et la Centrafrique ; parce que cette dernière a décidé de multiplier de partenaires bilatéraux. Pour Paris cette « liberté » n’est rien d’autre qu’un affront ; conséquence : la quasi-totalité de ponts vitaux entre les deux pays sont comme coupés ; mais depuis quelque temps, les choses semblent revenir à la « normale. » Hervé Ndoba, lançant son regard souriant vers le côté de la table occupée par l’équipe de l’ambassade de France, se montre à l’aise pour répondre à une interpellation d’un journaliste « Après de nombreux contacts fructueux au sommet des deux Etats, c’est désormais le temps du réchauffement de relations entre les deux pays, comme l’a, à plusieurs reprises, rappelé le Chef de l’Etat. Les relations d’amitié avec la France ne nous empêche pas de nouer les relations avec d’autres partenaires ».
Une valise remplie de billets de banque en ce temps vache maigre
Partie sans crier gare, la France « revient » donc en grande pompe en prenant le chemin du ministère des Finances et du Budget où elle y a signé, ce mardi 13 novembre, la convention financière d’« Aide budgétaire globale » (ABG). Elle revient non pas avec les mains vides ; mais avec une valise pleine de billets de CFA : 6,55 milliards de « don », sans conditionnalité, insiste un diplomate français. Autour de la table des cérémonies, c’est tous les diplomates français (son ambassadeur en tête) et une poignée d’élite nationale de financiers, conduite par le ministre Hervé Ndoba, ministre des Finances et sous le regard de quelques journalistes triés sur le volet.
Cette « aide » est présentée comme la suite de la demande du gouvernement centrafricain dans ses efforts d’atteinte des objectifs de réforme en matière de gestion des finances publiques, associés au programme économique et financier soutenu par la Facilité Elargie de Crédit (FEC) avec le Fonds monétaire. Elle est aussi vue comme une composante de l’« accompagnement de la France en faveur du développement de la RCA. » Partenaire historique de la Centrafrique depuis la nuit des temps, la France a-t-elle compris qu’elle doit faire plus pour récupérer le terrain qu’elle a laissé pendant son absence aux autres partenaires aux dents longues ? « Le réengagement et la normalisation des relations bilatérales entre mon pays et la RCA se veulent progressifs » toujours est-il que « cette aide n’est ni un prêt souverain ni un emprunt contracté par l’Etat Centrafricain ; mais un don » insiste volontiers Bruno Foucher, l’ambassadeur de France, tout content d’avoir apposé sa signature sur le document.
Qui paie commande
L’utilisation de cette manne en ce temps de vache maigre pour le gouvernement est déjà toute tracée, c’est l’Agence Française au Développement (AFD) qui a la mission de mettre en œuvre ce financement budgétaire, et au ministère des Finances de jouer au garçon de course. Qui paie commande. La rationalisation et la modernisation des procédures de collecte des recettes fiscales afin d’augmenter les revenus de l’Etat vont absorber 3,28 milliards ; tant disque 1,3 milliards sont destinés à l’apurement de certaines créances de l’Etat en matière d’éducation, les nouveaux manuels scolaires seront ainsi distribués dans des écoles publiques. Les prochaines élections ne sont pas oubliées : en dehors des sommes déjà prévues dans le budget national, les 1,3 milliards restant iront dans le « panier commun », géré par le PNUD dans le cadre de l’organisation des consultations locales à venir et la révision du fichier électoral. Cet « appui » français arrive au moment où le Plan National de Développement 2024-28 (PND 2024-28) vient d’être adopté, un plan concocté sans les experts Français encore moins la France…
Compte rendu : Gilbert Gilles Mbakop
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