L’année 2024 tire à sa fin ; et les présumés auteurs de crimes contre l’humanité centrafricains donnent du bon boulot à la CPI

Yekatom, Ngaïssona et Beina ont leur nom sur toutes les lèvres : probablement les centrafricains les plus en vue du moment, grâce à leurs anciennes activités de « tueurs d’innocents » ; ils peuvent dire merci à la CPI pour cette « publicité » gratuite

Dans l’arrière-pays et grâce au soutien du Royaume-Uni, les autorités, la société civile, les organisations de défense de droit de femme et le Bureau pays parlent de temps en temps du procès avec les populations, parmi lesquelles des victimes en temps de conflit. Depuis quelques semaines sur certaines artères de grande circulation de Bangui, de grandes affiches (photo) de la Cour pénale internationale mettent en « vedette » deux présumés meurtriers centrafricains : Alfred Yekatom et Patrice-Edouard Ngaïssona. Ces anciens chefs rebelles anti-balakas sur qui de lourds soupçons de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité sont ainsi placardés sur des grands panneaux publicitaires comme de nouveau produit de grande consommation à la mode ; et le public « consommateur » est invité à suivre, du 9 au 12 décembre 2024, les déclarations de clôture des parties et des participants. A la suite des conclusions tirées de ces déclarations, les juges commenceront alors leurs délibérations ; et le jugement sera prononcé en temps voulu.

Plus de cinq ans déjà que Ngaïssona et Yekatom sont incarcérés à la Cour

Le procès de Yekatom et Ngaïssona a commencé le 16 février 2021 devant la Chambre de première instance de la CPI, 75 anonymes ont témoigné et les représentants des victimes ont présenté trois témoins ; après quoi la Défense de Yekatom (remis à la CPI le 17 novembre 2018) a fait sa déclaration ; alors que la Défense de Ngaïssona a fait la sienne au début du procès. La Défense a, elle aussi, présenté ses témoins, c’était le 11 décembre 2023 ; et la présentation des preuves de la Défense s’est achevée par une déclaration non assermentée de Ngaïssona, plus de huit mois après, précisément les 27 et 28 août 2024. Ce dernier a été arrêté en France le 12 décembre 2018 et transféré à la CPI le 23 janvier 2019.

Edmond Beina, déjà arrêté et incarcéré par la CPS, doit retrouver ses deux « partenaires du crime » à la CPI.

C’est depuis le 7 décembre 2018 qu’Edmond Beina était dans le collimateur secret de la Cour pénale internationale. Cinq années après, la Chambre préliminaire II de la Cour choisit un jour de pluie à Bangui (7 novembre 2024) pour lever les scellés sur le mandat d’arrêt délivré contre lui. Trois mois plus tôt, la Cour pénale spéciale (sœur cadette de la CPI et collaboratrice officielle) avait déjà mis la main sur lui en l’inculpant pour « crimes contre l’humanité et crimes de guerre, dont meurtre et extermination ». La CPS le soupçonne déjà d’être l’un des « instigateurs » des attaques de Guen, Gadzi, et Djomo, dans la sous-préfecture de Gadzi (Nord-Est de la Centrafrique) ; ces attaques auraient été commises par les anti-balakas dont il est l’un des puissants chefs.

Les anti-balakas et les séléka ont vraiment fait gaffe en Centrafrique, comment et pourquoi la CPI intervient 

La République centrafricaine a ratifié le Statut de Rome, le 3 octobre 2001 et a envoyé à la CPI, le 30 mai 2014, la situation qui prévaut sur son territoire depuis le 1er août 2012. François Bozizé était encore chef de l’Etat et son régime était dans la tourmente. La CPI peut exercer sa compétence à l’égard des crimes visés par le Statut de Rome et commis sur le territoire de la RCA ou par les ressortissants centrafricains depuis le 1er juillet 2002, et, dans le cadre de la présente situation.

Recit : Gilbert Gilles Mbakop

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