Centrafrique: Paris et Bangui vont signer une convention financière de 6,550 milliards la semaine prochaine.
Comme annoncé dans la livraison online de Confidentiel Afrique du 28 Août 2024, c’est finalement la semaine prochaine, que Paris et Bangui vont parapher dans la capitale centrafricaine un accord de convention financière estimée à plus de 10 millions d’euros. Conformément à la feuille de route dite de Paris adoptée en Avril dernier entre le Président Faustin Archange Touadera et son homologue français, Emmanuel Macron. Détails exclusifs de câbles qui se lubrifient.
C’est une exclusivité de « Confidentiel Afrique ». Alors que l’aide budgétaire française était attendue fin Octobre à Bangui, c’est finalement la première semaine du mois de Novembre que la convention financière sera signée entre les deux parties, renseignent des sources diplomatiques crédibles à Bangui. Après le passage d’une mission d’experts français à Bangui en Septembre dernier (aussi annoncée en exclusivité par Confidentiel Afrique), devant accélérer le processus de décaissement des fonds des guichets de financement français, le gouvernement centrafricain a mandaté selon nos informations le Ministre des Finances et du Budget, Hervé Ndoba afin de le représenter. Côté français, c’est Bruno Foucher (ambassadeur de France à Bangui) et Hatem Chakroun, Directeur Général de l’Agence Française de Développement AFD en Centrafrique qui agiront officiellement pour le compte de Paris pour la signature dudit document.
Paris mobilise 10 millions d’euros (6,550 milliards de FCF) pour oxygéner les caisses du trésor centrafricain
Si le montant de l’enveloppe est connue (10 millions d’euros), cette aide servira à accompagner les réformes financières engagées par le gouvernement centrafricain et aussi à supporter une partie des charges publiques, informent des sources à Confidentiel Afrique. Cet accompagnement qui intervient dans un contexte de tension de trésorerie aura bien le mérite de donner une bouffée d’oxygène au gouvernement centrafricain qui entretient toujours des rapports crispés avec le Fonds Monétaire International (FMI). En sus de cette importante aide budgétaire, la France a annoncé participer, à hauteur de 2 millions d’Euros, au basket fund des élections locales géré par le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), ce, malgré les incertitudes qui planent sur la tenue de ces scrutins en droite ligne du nouveau programme présenté par l’Autorité Nationale des Élections (ANE).
L’annonce de la signature de cette convention financière majeure intervient alors que ce 30 octobre seulement, le Président Centrafricain lançait à grande pompes « Bangui Hub », une initiative soutenue par l’ambassade de France, dans le cadre de la feuille de route d’Avril 2024, visant à « transformer la société centrafricaine » à travers l’entrepreneuriat et l’employabilité des jeunes. Si Paris et Bangui indiquent que la feuille de route signée en Avril 2024 ne vise qu’à « normaliser » les relations entre les deux pays, l’opposition centrafricaine y voit, quant à elle, un moyen pour la France de faire un retour en grâce, au moment où le pouvoir centrafricain continue de sévir contre la démocratie.
Par Ben Wilson NGASSAN avec Hugues DESORMEAUX (Confidentiel Afrique)
Analyse
Abandonner aussi facilement la RCA (l’un des pays phares de son pré-carré) aux rebelles en 2015 était une erreur de calcul politique grave ; et les conséquences sont-là, implacables: le pays a basculé dans d’autres bras. Sans la Russie ce pays serait aujourd’hui dirigé par un putschiste à la solde de qui on connait. Le terrain Centrafrique est désormais bien occupé par la Chine et la Russie : deux puissances non déstabilisatrices des régimes d’autrui. Les 6,550 milliards de CFA promis par la France après la signature d’une convention financière entre elle et la Centrafrique est, de prime abord, une tentative désespérée de revenir à la position initiale que ce pays occupait dans le cœur des centrafricains ; pour ces derniers, le disque est rayé : tous les gestes de « bonté de la France » sont désormais suspectés ou/et regardés comme de la « poudre aux yeux ».
Tous les initiés des relations internationales savent que la France serait derrière ces différentes pressions politiques sur la Centrafrique au Conseil des droits de l’homme et ses mécanismes et au sein des institutions financières internationales ; malheureusement ces pressions semblent ne pas bien marcher, grâce au véto russe; alors il faut user d’autres stratégies : amadouer, quitte à frustrer certaine opposition, à sa solde.
Sans trop de tapage, la chine travaille avec le gouvernement centrafricain et avec
toutes les couches de la société ; elle « encourage et soutient ses entreprises plus puissantes à investir et à prospérer en RCA » dans divers domaines ; et les résultats sont fructueux pour le bénéfice des deux pays et peuples. Du côté de la Russie, Andrei Bachilov, le représentant de sa délégation lors de la 57e session de l’ONU nous apprend que son pays « attend des autorités centrafricaines des documents nationaux clés relatifs au développement économique pour que les deux pays se servent comme feuille de route pendant les discussions au niveau des gouvernements, des ministères et de la commission bilatérale lorsque celle-ci sera mise en place… » On comprend alors la réaction de la France et ses milliards…
Gilbert Gilles Mbakop, éditorialiste
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