« Le Groupe de Travail de la Société Civile roule pour des « intérêts mafieux » et non pour l’émancipation du peuple »
Un rapport accusateur, produit par le Groupe de Travail de la Société Civile (GTSC), fait des vagues. C’est un document de 24 pages qui prétend « restituer les résultats de 24 semaines d’enquêtes portant sur les pratiques singulières qui marquent désormais le secteur pétrolier en Centrafrique. À partir de données issues d’une analyse documentaire extensive, de la conduite d’entretiens semi-directifs in situ et à distance et d’observations de terrain, le rapport met en exergue deux grandes problématiques. » rappelle bruyamment son Porte-parole Paul Crescent Beninga aux hommes de média.
Des accusations tendancieuses et suspectes
La première mise en cause dans ce rapport est la société camerounaise Neptune Oil SA, son crime ? Elle « bénéficierait de monopole en matière d’importation des produits pétroliers, des facilités et des largesses allant parfois à l’encontre du cadre en vigueur en RCA. » Le second « grief » des auteurs, c’est ce qu’ils appellent les « actions qui favorisent le développement de la contrebande (donc mafieuse) des produits pétroliers aux origines douteuses. » Et la troisième curiosité de ce rapport réside dans le ménagement soigné et évident que les auteurs réservent à la société Tamoil ; les auteurs ne portent pas de verre correcteur pour voir le « calvaire de cette société en RCA » (sic) ; et ils vont même jusqu’à demander au gouvernement de « trouver courageusement une solution à son problème. » (Resic). Ils ne se sont pas arrêtés là : ils poussent encore plus loin le pion en demandant à la société civile (c’est-à-dire eux-mêmes) d’ester en justice la société Neptune Oil SA pour « violation des textes en vigueur qui encadrent le secteur pétrolier en République Centrafricaine.» Excusez du peu.
Levé de bouclier
Après la sortie médiatique de ce « rapport », on observe aussitôt un levé de bouclier à la mesure de ce que certains qualifient de « ramassis de mensonges et de manipulations au profit d’un groupe financier bien connu et expert dans la mafia depuis toujours en Centrafrique. » d’autant plus que ça se passe au moment où une mission du FMI se trouve à Bangui dans le cadre de la Facilité Elargie de Crédit.
Le ministre Artur Bertrand Piri remet les accusateurs à leur place
C’est le ministre du Développement de l’Energie et des Ressources Hydrauliques en personne qui prend soin de rafraîchir la mémoire des accusateurs en 3 points :
1) au pire moment de la crise alors que le pays était agressé en 2022, Total/Centrafrique avait refusé de livrer du jet à nos militaires engagés dans des opérations de sécurisation de notre territoire. Un an après l’Etat apprends à ses dépens la cession de façon scrabbleuse de ses actifs à Rochefort International Limited (Tamoil) »
2) Croyant se trouver dans une jungle, Tamoil donc la position n’est même pas encore clarifiée demande la signature d’un protocole d’accord en juillet 2023 qui devait lui concéder l’exclusivité de l’importation de tous les produits pétroliers sur toute la RCA. A ce stade c’est bien Tamoil qui fait venir Neptune Oil SA en Centrafrique, les deux sont jusqu’alors des partenaires. Entre temps l’un n’a même pas 1 franc dans son capital et l’autre est bien nanti ; Tamoil reçoit les produits de Neptune Oil qu’il vend sans payer ce dernier. Et la brouille nait entre eux. »
3) Total Centrafrique étant parti comme un voleur, sans rien solder, Tamoil se trouvant par conséquent dans l’incapacité de financer son propre fonctionnement avec la fermeture de toutes ses statons services. Le gouvernement se voit alors obligé de signer une convention d’exclusivité avec Neptune Oil SA sans passer par Tamoil. Cet engagement s’appuyant sur une bonne santé de Neptune Oil SA, sa maitrise du circuit d’importation et ses meilleures conditions qu’elle offre, à savoir l’approvisionnement sur tout le territoire centrafricain en produits pétroliers sans aucune garantie de la part du gouvernement. »
« Coupables d’indélicatesse, Tamoil et Total doivent être traduits en justice »
Total est partie avec la caisse, en mentant sur tout et en laissant une ardoise bien salée: 8 milliards envers les banques du pays, 2 milliards envers Neptune Oil SA et environ 4 milliards envers l’État centrafricain en termes de taxes récoltées mais jamais reversées au trésor public.
Au regard de ce qui précède, un communicant du régime se lance, lui aussi, dans une réplique : « On voit bien que le GTSC roule pour des intérêts mafieux, où était-il quand Total occupait entre 60 à 70% du marché national et le monopole de la gestion du dépôt aviation de l’aéroport Mpoko ? Où était le GTSC quand ces entreprises détournaient nos impôts ? S’il faut traduire quelqu’un en justice, c’est bien ces deux sociétés…»
Depuis lors les stations services sont ouvertes et aucune observation de pénurie de produits pétroliers en Centrafrique.
dossier réalisé par Gilbert Mbakop
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