Procès d’Azor kalite à la CPS. Passage des témoins ou du pain béni pour les avocats de la défense

Paru le 05 février 2024
Après les passages respectifs de tous les accusés, vient le temps des témoins de dire ce qu’ils ont vu entendu et senti pendant les trois attaques. Le bal des témoins est ouvert par l’imam de Ndélé, 55 ans, boubou de couleur beige, crâne rasé. Autant le leader religieux se rappelle bien des cadavres déposés à la mosquée lors des attaques et ensuite enterrés tous dans une fosse commune, autant il ne reconnait personne parmi les accusés. Les avocats notent. Au second jour, le public découvre un isoloir mobile de couleur bleu ciel sortant d’une salle pour s’immobiliser devant les juges, c’est en fait un témoin-victime qui a été atteint par une balle et craignant pour sa sécurité. Bénéficiant de la protection, tout est mis en œuvre pour ne pas être reconnu : en plus de son visage non visible, sa voix est tronquée, même le traducteur à ses côtés n’aurait aucune idée de lui. Au troisième jour est le tour de la seule femme devant la barre et disant ressentir encore de douleur suite à une balle reçue et allaitant à l’époque un bébé de 14 mois. Visiblement déstabilisée par l’environnement étrange pour la musulmane voilée loin de son Ndélé natale, elle donne l’impression de se souvenir de rien car ses déclarations sont contradictoires ; ce que notent encore avec empressement les avocats de la défense. Le juge sent qu’elle n’est pas dans sa peau et suspend les débats. A la reprise, elle gagne en sérénité d’autant plus que le premier interprète cède sa place à son collègue femme. Il semble, cette fois-ci qu’elle est en confiance avec l’interprète femme mais persiste en ne reconnaissant aucun des accusés, le banc des avocats apprécie encore et encore.
Au dernier jour, le sultan maire de Ndélé est la star en ce moment. Il arrive dans une grosse voiture blanche, vêtu d’un élégant ensemble boubou. Son intervention se passe en français, sans interprète. Il est très gêné par la question d’un avocat qui lui demande s’il est Runga ou Goula « Le sultan de Ndélé (que je suis) est tout : Goula, Runga, Sara, chrétien, musulman… » Lance-t-il au questionneur dans un ton ferme. Après avoir rappelé toutes les démarches en faveur du calme et de la paix en compagnie du Préfet et autres autorités administratives dans sa région, lui aussi ignore catégoriquement les accusés en dehors d’Azor Kalite, qu’il dit avoir rencontré furtivement au détour d’une descente sur le terrain lors de ses missions. Le collège des avocats de la défense, formel, n’a qu’une certitude : « le fait que tous les témoins disent ignorer tous les accusés parce que jamais vu lors des trois jours des attaques doit mettre nos clients hors de cause. » Comme pour dire d’aller chercher les vrais coupables ailleurs
Isoloir

Nous ne sommes pas dans un processus d’élection mais bel et bien dans une salle d’audience. Un isoloir réservé aux témoins à protéger. Cette pratique nouvelle, inaugurée pour la 1ère fois en Centrafrique par la Cour pénale spéciale, est appelée à s’étendre dans les autres juridictions nationales.
Récit: Gilbert Mbakop