Attention danger. Le procès de l’affaire dite Ndélé 1 « révèle une manipulation politique »

Publié le 04 mars 2024
le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) est l’un des membres fondateurs de la séléka de sinistre mémoire ; ce mouvement hétéroclite étant à la base du renversement du régime de François Bozizé en mars 2013, suivi de nombreuses destruction massive dans le pays. Dirigé par Nourredine Adam, en fuite et recherché par la CPI, le FPRC a la particularité d’être constitué en majorité de deux groupes ethnies : Rounga et Goula. Il semblerait que la majorité de leaders intellectuels de ce mouvement est de l’ethnie de Goula donc un certain Michel Djotodia, ex-putschiste et éphémère président de la République après la chute de Bozizé.
Comme un groupe rebelle qui se respecte, le FPRC vivait essentiellement des trafics de tout genre : contrôle total d’exploitation de minerais, taxes sur les voies de communication, extorsions… Ce mouvement connait en ce moment de nombreuses dissensions provoquées par une sorte de rivalité entre les deux ethnies principales qui le compose. Il se dit avec insistance que les Goula s’estiment mieux lotis sur le plan académique, autrement dit plus civilisés que leurs frères Rounga (…)
Deux raisons pour comprendre des causes réelles des tueries et saccages de mars 2020 à Ndélé
1) Non-respect de la loi du Talion qui serait imposée par le sultan-maire
Tout commence par la mort préméditée d’un Rounga, tué par un certain « général Balamane », un Goula de par sa mère et de père tchadien sur l’une des nombreuses barrières illégales que gèrent de main ferme les éléments du FPRC depuis de longue date. La tension monte entre ces deux groupes ethnies ; les Rounga « réclament et obtiennent la tête du meurtrier. » En remettant ainsi le meurtrier (leur propre frère), les Goula respectaient ainsi la loi du Talion, instauré par le sultan-maire. Après quoi l’accalmie revient et les deux populations vaguent tranquillement à leurs occupations…jusqu’au jour où un Rounga commet un crime sur un Goula. Croyant à la réciprocité, les Rounga refusent de livrer le responsable de la mort, le sultan-maire (Rouga) aurait refusé qu’on applique ce dont lui-même aurait instauré, selon des témoins à la barre. La suite on connait.
2) Gestion des barrières illégales.
La deuxième cause de ce conflit tribal c’est le contrôle et la comptabilité des caisses des barrières illégales. Les Rounga accusent les Goula d’avoir la main mise sur les caisses et de monopoliser les cahiers d’administration et de commandement, arguant qu’ils maitriseraient mieux la chose du fait de leur niveau d’études, contrairement aux Rounga relégués aux rangs d’exécutants. Bien avant cela la nomination d’un préfet Goula à Ndélé est assimilée à de la provocation et une insulte à l’endroit des Rounga. A la barre lors de leur temps de parole, le colonel et le préfet de la localité à l’époque des faits tragiques privilégient cette thèse pour expliquer leurs nombreuses difficultés sur le terrain dans l’exercice de leur fonction. La Cour pénale spéciale à tôt fait d’y voir des motifs suffisamment graves pour parler de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Ces accusations nous interpellent et étalent en plein jour l’échec de toutes les activités menées par les nombreuses ONG, entre autres, en faveur de la cohésion sociale.
La rédaction
Plus de vingt séances de débats, une trentaine de témoins et à aucun moment les accusés sont mis en difficulté
Commencé le 16 janvier et prévu pour durer 43 jours, le procès d’Azor Kalite et ses co-accusés occupe le public et les parties prenantes pendant une vingtaine de séances de débats houleux, une trentaine de témoins de tout bord dont la plupart viennent de Ndélé (ou ses environs) et sous les bons soins de la Minusca. A l’ouverture de ce procès, le parquet croit à une promenade de santé avec les accusés en compagnie de leurs conseils ; mais c’est mal connaitre la complexité de cette affaire qui au fil des jours d’audience voit souffler petit à petit sur elle une connotation politique et surtout desservi aussi par la quasi-totalité des témoins qui brillent tous par un seul dénominateur commun : la non confirmation ferme et claire de la présence d’Azor Kalite, l’accusé principal et de ses co-accusés sur les champs de bataille, tous inconnus (ou presque) de tous ces témoins.
Azor Kalite, de l’ethnie Gouala, sous-officier de l’armée régulière (FACA), membre de la famille biologique de Michel Djotodia (ancien chef de l’Etat) et lors de son passage à la barre se montre efficacement à son avantage, affaiblissant quelque part l’accusation par son attitude irréprochable, son aisance dans la langue de Molière et ses réponses précises aux questions, même les plus glissantes. Toujours à l’ouverture du procès (là aussi) beaucoup dans le public croit aussi à une affaire aussi simple mais les choses se corsent avec la révélation des considérations nées de la rivalité réelle ou supposée entre les Rouga et les Goula et tirant ses sources diversement : historique, culturelle, traditionnelle et intellectuelle. Cette rivalité ethnique et séculaire entre ces deux groupes ethniques ne manque pas de sauter aux yeux des autorités militaire et administratif de l’époque des faits qui font partie, eux aussi, des témoins contextuels et/ou victimes.
La date du 28 février, prévue pour clôturer les débats, n’est pas respectée du fait de la grève lancée par des greffiers nationaux à la Cour pénale spéciale. Ils exigent entre autres la prise en compte de leurs sécurités physique (aux quartiers) et (caisse prévoyance) sociale.
Témoignages d’Amine El-Mahad, ancien préfet de Bamingui-Bangoran à l’époque des faits
Lors de l’installation du préfet Goula que je suis, d’ailleurs boycottée par le sultan-maire, ce dernier avoue publiquement qu’il y a une animosité entre les Rounga et les Goula »
Je savais que ma nomination n’était pas chose aisée dans la mesure où étant Goula, une partie de la population n’acceptait pour rien au monde ma nomination. D’ailleurs certains avaient promis de me faire partir et même commis des enfants de lapider ma maison à l’aide des pierres. Lors de mon installation en tant que préfet, le 10 décembre 2018, le sultan-maire, censé tenir un discours à cette occasion n’est arrivé qu’à la fin des cérémonies, juste pour saluer les autorités venues de la capitale pour la circonstance. Ce qui signifie pour beaucoup un boycott de cette cérémonie pourtant officielle est longtemps programmée d’avance.
En plus, l’ordre de préséance protocolaire selon leur entendement place le sultan-maire au-dessus de tout, le préfet compris. Ce même sultan-maire a publiquement avoué que l’animosité entre Rounga et Goula est réelle et ne date pas aujourd’hui; et qu’il serait intéressant de faire appel à un historien pour connaitre ses origines profondes. »
L’un des deux groupes ethnie s’estime mieux loti sur le plan académique… » Jean Louis Moussa, colonel des Forces armées (FACA), diplômé de l’école de guerre et 22 ans de fonction en zone de conflit.
Quand les hostilités ont commencé, j’étais à Bria et ma hiérarchie m’avait demandé d’aller rapidement à Ndélé et avec des recommandations bien précises : 1) faire une interposition entre les deux groupes en conflit, 2) sécuriser la ville et 3) installer l’état-major des FACA à Ndélé. Avant de commencer ma mission, j’ai maintes fois reçu des informations attestant que ce conflit est ethnique et plus tard j’ai compris qu’il est basé sur les intérêts particuliers, l’un des deux groupes s’estimant au-dessus de l’autre, du point de vue intellectuel…»
Compte rendu de Gilbert Mbakop