En Centrafrique, pas un coup d’État sans Bozizé…

Publié le 19 mai 2024

François Bozizé, cette fois-ci c’est du lourd avec la Cour pénale spéciale à ses trousses

La Cour pénale spéciale s’attaque à un gros morceau : François Bozizé est sa nouvelle cible ; voilà près d’un mois qu’elle a lancé un mandat d’arrêt international contre l’ancien président putschiste ; il est accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par des militaires dans une prison entre 2009 et 2013. Le communiqué de cette juridiction hybride est claire : « François Bozizé Yangouvonda est considéré comme suspect devant la Cour pénale spéciale pour sa responsabilité individuelle et hiérarchique pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ces crimes ont été commis dans la ville de Bossembélé, dans un camp de détention qu’il a lui-même créé pour y enfermer les personnes qui s’opposaient à son pouvoir et à ses opinions »,

Chassé du pouvoir en 2013 par les Séléka, François Bozizé a occupé le fauteuil présidentiel de 2003 à 2013 ; il vit actuellement en exil en Guinée-Bissau depuis mars de l’année dernière. La CPS espère la coopération des autorités guinéennes. « La Cour pénale spéciale collabore avec la Guinée-Bissau. Les discussions portent sur son extradition vers la République centrafricaine où se trouve le siège de la CPS. Ensuite, la procédure va commencer afin qu’un procès soit tenu » selon le patron de communication de cette Cour. Ce qui fait rougir quelques fanatiques de sa formation politique (Kwa Na Kwa), lesquels ont vite crié à « une manœuvre politique ». Le tribunal de Bangui l’avait déjà jugé et condamné par contumace en septembre 2023 aux travaux forcés à perpétuité pour « complot » et « rébellion »

En 2013, le putschiste déchu gesticule ; et un Collectif entame une procédure judiciaire contre lui pour « disparitions » de Charles Massi…

 

HISTOIRE  (rappel)

Dans sa défaite devant les Séléka qui l’ont chassé du pouvoir, il pense qu’il peut retrouver ce pouvoir perdu en multipliant des déclarations offensives. C’est en ce moment qu’un collectif que conduit Jean Nestor Ndakala entame une procédure judiciaire pour « disparitions » de Charles Massi et de Me Goungaye, « assassinat » du colonel Christophe Grelombé et de son fils Martin du lieutenant Gbodo à Kembé, etc. En cette période sensible (2013) où le peuple centrafricain tente de se réconcilier avec lui-même ; et ce quatre mois après le renversement du régime dictatorial de François Bozizé, les nouvelles autorités peinent à instaurer l’ordre dans le pays, le président déchu ne trouve mieux que de braver la mémoire des multiples victimes de ses dix années de règne autoritaire et népotique en multipliant des déclarations va-t’en guerre, d’incitation à la haine et de génocide depuis le territoire français où il séjourne. Personne n’a oublié qu’en décembre 2012, il avait demandé à ses partisans de manifester devant l’ambassade de France et brûler le drapeau de ce pays ; les français qui n’ont pas la mémoire courte, le laissent plutôt jouer à un sinistre jeu, juste pour préserver les intérêts de la mère patrie…comme toujours.

« Au regard donc des agitations de François Bozizé et au nom du principe de compétence universel, le Collectif des Organisations de Défense des Droits de l’Homme, organisations non gouvernementales et association à but non lucratif porte à la connaissance de l’opinion nationale et internationale qu’une procédure judiciaire vient d’être engagée par le biais d’un cabinet parisien. Aussi le Collectif exhorte le président de la République française François Hollande de tout mettre en œuvre pour que toute la lumière soit faite sur ces différentes ci-dessous. Disparition de Charles Massi, du militant de droit de l’Homme Me Goungaye, du colonel Christophe Grélombé et de son fils Martin, du lieutenant Gbodo à Kembé »

 

Dans un piège à Paris

Au Cameroun où il a d’abord atterrit dès les premières heures de la fuite d’un président renversé, on l’a ensuite aperçu à Kinshasa et Nairobi. Partout où il s’est pointé, il n’a entendu que des reproches au sujet de son manque de clairvoyance politique, laquelle a provoqué la perte de son pouvoir ; le général putschiste a depuis quelques semaines rejoint sa famille en France où il dit haut et fort qu’il n’envisage nullement retourner dans son pays dans l’immédiat. « Il a la mémoire courte, s’étonne un acteur politique car comment comprendre qu’il ne se souvient plus que ses partisans avaient pris d’assaut l’ambassade de France à Bangui et brûlé le drapeau français en mars dernier ? » ; ce même acteur estime « qu’en allant se réfugier chez François Hollande, l’ancien président commet la deuxième erreur de sa vie politique ». La première erreur c’est bien cette porte de sortie que les Accords de Libreville lui avaient servi sur un plateau à savoir : aller tranquillement au bout de son mandat qui courait jusqu’en 2016 ; mais qu’avait-il fait ? Mal conseillé, mal entouré et aveuglé par des considérations messianiques que professe religion, Bozizé n’avait pas mesuré l’ampleur de la politique de l’autruche qu’il menait. La même source qui avait annonçait son arrivée sur le sol français par Bruxelles avance aussi que l’ancien chef d’Etat et l’un de ses nombreux fils ont subi une agression physique dans les rues de la capitale française où les deux y circulaient à bord d’une grosse cylindré, achetée au nom de son fils Franklin.

Les problèmes de cet homme qui dit avoir quitté l’Afrique de « peur de se faire arrêter et envoyer devant les juges de la Cour pénale internationale » ne font que commencer. Désormais réduit à se montrer discret, les autorités françaises lui ont imposé le silence total et de s’abstenir de toute déclaration politique. En lisant entre les lignes cette injonction impose au moins deux constats : 1) il est désormais hors-jeu sur le plan politique ; et que la Transition ira à son terme, se fera avec des gens qui sont en place (Primature, Conseil national de Transition et présidence), et sans lui ; et 2) les coups d’État en Centrafrique c’est terminé une fois pour toute ; et quiconque s’aventure à défier la communauté international va le payer cher…

Récit: Gilbert G. Mbakop

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *