« Aides » occidentales : disque rayé

Publié le 05 février 2024

Lettre ouverte (outre-tombe) de Boganda au Chef de l’Etat (n°2)

TOUADÉRA, Le disque est rayé : ne te laisse pas distraire avec des prétendues aides

 

Ita Faustin Archange

Voilà une semaine que tu es rentré d’Italie, tu y étais dans le cadre du sommet Italie/Afrique. Pendant les travaux, j’ai entendu des chiffres flatteurs : près de trois mille et demi de milliards de CFA entre crédits, dons et garanties que ce pays met pour son « new deal » avec le continent; comme d’habitude, le narratif a occupé la réunion: « aide, aide, aide » Les Etas unis, la France , la Chine, la Russie ont tour à tour jonglé avec ce mot magique, on dirait nous sommes d’éternels gamins qu’on peut éternellement flatter avec du bonbon. Ces gens-là doivent changer de vocabulaire car tu conviens avec moi que le disque est rayé, Il est de bon ton d’être moins méprisant et parler dorénavant de partenariat égal à égal; pourquoi ne parlerait-on pas d’un sommet Centrafrique/Europe par exemple où on réfléchirait sur le  comment  de la restitution et/ou indemnisation de nos biens pillés ?

Faustin, ita ti mbi

C’est l’enjeu de cette conférence qui a attiré mon attention: présentation du « plan Mattei ». As-tu une idée sur ce Enrico Mattei ? C’est le fondateur de l’Eni, la plus grosse entreprise énergétique publique italienne, qui, depuis les années durant exploite sauvagement et de manière opaque le pétrole de certains pays africains, exactement comme certaines entreprises étrangères l’ont fait (et le font encore) dans notre pays. Quel est le bilan de ces multinationales présentes en Centrafrique depuis l’indépendance en termes d’investissement humain ? Nul. Je cherche en vain un seul immeuble digne de ce nom bâti par ces dernières; mais vas y voir leurs gigantesques profits vite rapatriés dans leurs pays respectifs; si on me dit que Areva et les autres entreprises qui font dans l’exploitation des ressources minières dans ce pays gagneraient l’équivalent cumulé du budget de la Centrafrique sur une cinquantaine d’années ne m’étonnerait guère. Et dire qu’elles  amassent d’immenses profits mais n’investissent nullement. Normal elles ont traité avec des dirigeants irresponsables et fantoches à la solde des gouvernements respectifs de ces entreprises, lesquels nous endorment avec des histoires d’«aide». Ouvre donc grand les yeux devant un miroir en pensant au peuple… Refuse cette « aide » qui n’en est rien. Même si c’en était quelque chose nous avons assez de cette routine indigne.

Ita ti mbi

C’est paradoxal que nous regorgeons de nombreuses richesses susceptibles de régler tous nos soucis financiers de l’heure et même celle de la génération future et on est encore à croire que c’est les autres qui viendront nous aider Cela nous arrive parce que nous nous laissons dominé par la médiocrité et la paresse légendaire. Nous avons besoin qu’on nous apprenne à pêcher et le pays regorge déjà quelques rares « pécheurs » comme ton ancien Premier ministre. Firmin Ngrebada, c’est le plus sage d’entre nous car il a vite compris que le trésor est dans ce pré d’une superficie de  plus 650 mille km2 qu’est notre pays. La Centrafrique n’était-elle pas riche en ressources naturelles ? Changeons de paradigme et notre façon de penser, quittons nos bureaux de fonctionnaires (à la coloniale) pour nous investir dans les champs et les métiers techniques et pratiques.

Faustin, ita ti mbi

Enseignant que tu es avant tout, il y a des filières totalement inutiles dans notre système éducatif, il est temps de créer des lycées agricoles partout et de créer des compétitions annuelles et à caractère national, consacrées à l’agriculture, l’élevage et autres métiers paysans; et y coller des prix par catégorie à hauteur de l’équivalent du salaire annuel d’un ministre pour chaque gagnant(e). Pour finir aujourd’hui, j’ai apprécié la décision prise par l’Etat-Major des armées qui interdit formellement aux militaires de traumatiser la population civile avec leur arme de guerre qu’ils abhorrent de façon ostentatoire et narquoise dans des gargotes entre autres endroits. C’est dans la discipline qu’on peut faire quelque chose de bon ; et il me semble que cette vertu n’est plus enseignée dans nos écoles et au sein même des familles. Je suis entièrement d’accord avec ce journal qui salue la singularité paysanne de ton ancien Premier ministre, installé désormais à Boali et dans ses champs de plantation. A bientôt

Par Gilbert G. Mbakop

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