Publié le 21 décembre 2022
Tout est-il définitivement perdu pour la France en Centrafrique ? Ou alors ce n’est qu’un orage qui pourrait finalement passer ?
(Suite de l’article « Comment et pourquoi la France est en train de payer au prix fort ses turpitudes en Centrafrique »)
La France, c’est un fait, a déjà beaucoup laissé de plumes (surtout son image) dans ses errements en RCA. Un certain Jean Yves Le Drian, connu pour son arrogance et mépris prononcés pour les autorités centrafricaines, est en partie à l’origine de cette mauvaise passe dans les relations entre son pays et la Centrafrique: Ce dernier et ses amis au pouvoir à Paris s’étaient alors lourdement trompés d’époque en sous-estimant la capacité et la soif des Centrafricains à expérimenter un autre logiciel étranger, différent de celui de la France: une vieillerie rouillée datant du siècle dernier. Une certitude: la France n’aurait pas encore dit son dernier mot; elle a de nombreux atouts. Sa situation en RCA ressemble à celle d’un boxeur sur un ring qui, largement mené aux points, n’espère qu’un K-O pour gagner le combat.
Beaucoup de facteurs militeraient pour une fin de « combat » honorable qu’elle livre contre elle-même en Centrafrique. Elle possède de nombreux atouts:
1) toutes les données collectées des années durant concernant des secteurs sensibles de ce pays dorment tranquillement dans des coffres à Paris (pour ne pas dire confisquées); 2) détenant aussi toutes les clés des institutions internationales, elle peut fermer hermétiquement toutes les portes au nez et la barbe à la RCA; elle ne s’en prive d’ailleurs pas à l’heure actuelle; 3) la majorité des entreprises et ONGs internationales majeures en activité sur le sol centrafricain et pourvoyeurs de milliers d’emplois (directs et indirects) est française, il suffit qu’une entreprise comme la société TotalEnergies (pour ne prendre que cet exemple) tousse et c’est le dysfonctionnement dans presque tous les secteurs dans le pays; et 4) sa parfaite connaissance de l’environnement de la RCA (réalités psychologique, socio-politique, économique, culturelle…). Sur ces quatre points la France a un avantage inégalable, quasiment incontournable d’autant plus que la profondeur et l’’ampleur de ses tentacules dans tout le pays sont insondables.
Un autre facteur et non le moindre : en dehors de sa toute puissante RFI et ses informations très orientées et/ou accentuées quand il s’agit des nouvelles de Centrafrique (Wagner le matin, Wagner à midi, Wagner le soir), la France a aussi d’autres porte-voix en les personnes de ces Centrafricains à la tête pleine mais mal faite ; autrement dit des « intellectuels » inutiles qui maitrisent plus ou moins le savoir sachant mais pas le savoir-être et installés en hexagone; ou y ont d’importantes attaches. Ces derniers distillent à longueur de journée tout et n’importe quoi sur les dirigeants centrafricains; jouant ainsi un jeu contraire aux intérêts de leur propre pays, la RCA. Chiche.
Vu sous cet angle rien ne serait-il donc pas définitivement perdu pour la France ?
Ses fin stratèges en relations extérieures s’y emploieraient pour inverser la donne afin que la France retrouve sa place dans le cœur des Centrafricains. Personne (en tout cas pas nous) ne serait contre (bien au contraire); si et seulement si les choses se fondent sur une nouvelle base: le respect mutuel dans la transparence totale et la dignité des deux peuples (centrafricain et français), loin des réseaux douteux. La langue française que nous utilisons en commun est déjà suffisante pour construire des liens forts: « la RCA n’est rien sans la France et la France sans la RCA serait comme un véhicule sans carburant… » pour reprendre l’expression d’un célèbre président africain. Seulement voilà il faudrait compter avec l’après-conflit opposant la Russie et le reste du monde occidental, consécutif à la crise Ukrainienne: dans le nouvel ordre mondial qui se dessine progressivement par le « BRICS » (Chine, Russie, Inde, Brésil, Afrique du sud…), nous voyons mal la détermination de l’implantation russe en RCA faiblir. Le voyage de Macron à Washington, suivi aussitôt du sommet Afrique/ USA ne saurait être anodin. C’est désormais sûr et clair qu’il y a une Centrafrique d’avant, celle des bénis oui-oui (Dacko et consorts) et une Centrafrique d’après, celle des éveillés et libres (le pasteur Balezou de la Mission Rhéma…) Ce n’est pas pareil, loin de là. Qui vivra verra.
Par Gilbert G. Mbakop