« 20% du carburant consommé en Centrafrique vient du Cameroun »

Bien qu’acquérant l’essentiel de ses produits pétroliers sur le marché international, le Cameroun en fournit également à la Centrafrique. Selon le directeur général de la Société Centrafricaine de Stockage des Produits Pétroliers (SOCASP), Ernest Batta, dans une interview au magazine de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), 20% du carburant distribué en RCA provient du Cameroun, plus précisément de la SCDP, qui se situe en amont de la chaine de ravitaillement. Les approvisionnements se font entre les deux entreprises par voie terrestre à travers les camions citernes. La présence camerounaise sur le marché des hydrocarbures en RCA ne passe pas inaperçue. Trois des cinq marqueteurs responsables de la distribution des produits pétroliers sont camerounais: Tradex S.A, Bocom et Green Oil. Etant la première de ces entreprises à s’implanter Tradex, a payé un lourd tribut de la crise politico-militaire en 2013 avec le pillage systématique de ses installations. Les deux autres sont arrivés dans un climat apaisé et fonctionnent tant bien que mal. Tradex S.A est par ailleurs actionnaire à la hauteur de 15¨% de la Société centrafricaine de stockage des produits pétroliers (SOCASP). L’Etat centrafricain contrôle 51%. Les deux autres marqueteurs sont le français TotalEnergies et du Congolais SAPRD Oil dont les activités semblent battre de l’aile, au regard de ses stations-services quasiment fermés bien avant même la crise du carburant en Centrafrique.
Entre le gouvernement et la société française, le conflit n’est pas encore ouvert mais tout laisse penser que ça peut éclater à tout moment si on se limite à la crise des produits pétroliers observée dans la capitale et sur l’ensemble du pays. TotalEnergies n’aurait pas alimenté (ou pas suffisamment) ses nombreuses stations-services depuis des jours; la rareté du carburant impactent gravement tous les secteurs d’activité. Les discussions entre le gouvernement et les groupes TotalEnergies et Tradex, deux marqueteurs majeurs censés apporter un début de solution à ce problème sensible dans un délai raisonnable ont donné de résultats médiocres et les populations sont aux abois. Il semblerait que les propositions du gouvernement ne sont pas prises en compte par le plus important des marqueteurs officiant en Centrafrique. Dans une logique capitaliste, l’entreprise française voudrait «acheter puis vendre du carburant afin de palier à ce problème tout en augmentant les prix à la pompe.» Ce que le gouvernement n’accepterait pas pour des raisons sociales en ces temps où les ménagères tirent le diable par la queue en matière de finances.
Le prix officiel du carburant à la pompe est de 865 FCFA et le gouvernement tient donc absolument le maintien de ces prix. Selon le Directeur Général de la société Centrafricaine de Stockage des produits pétroliers (SOCASP) Ernest Opportune Batta « 80% carburant distribué en Centrafrique passe par la République démocratique du Congo en empruntant le fleuve.» Malgré l’arrivée de quelques barges, en septembre dernier, le carburant reste une denrée rare et bon nombre de pompistes de presque tous ces marqueteurs et autres personnel sont au chômage technique. La question est savoir jusqu’à quand le bout du tunnel ?