Publié le 12 mars 2024
Les audiences à la Cour pénale spéciale (CPS) sont à l’arrêt et dans d’autres juridictions; on ne parle que de lui (en bien ou en mal) dans toutes les chaumières depuis que la justice est à ses trousses…
Me Crépin Mboli-Goumba, « super star » malgré lui ?

ce n’est pas un novice dans le paysage politico-médiatique centrafricain, et son CV parle pour lui : ministre (sous le régime séléka), avocat, leader du Parti africain pour la transformation radicale et intégrale des Etats (PATRIE), une formation politique régulièrement représentée à l’Assemblée nationale depuis sa création. Il est aussi et surtout l’initiateur et le coordonnateur du Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), un lieu de rencontre de tous les opposants les plus acharnés et farouches du régime en place. Avocat aux grands dossiers, il est aussi promoteur d’un hôtel donc le luxe serait apprécié par de nombreux clients ; ce qui fait bien évidemment la fierté de la capitale. Trouver des centrafricains éclairés et entreprenants comme lui ça se compte au bout des doigts…
Crépin Mboli-Goumba, c’est avant tout un esprit brillant bourré de talent oratoire et habitué au langage policé ; même ses adversaires les plus coriaces et intellectuellement honnêtes ne sauraient nier. Seulement voilà il n’en demeure pas moins vrai que c’est un être humain… Depuis quelques jours, il fait face à la fureur de certains magistrats (et aussi de quelques-uns de ses confrères avocats) qui s’estiment diffamés et outragés en public par lui.
Le nœud du problème
Le 20 février, lors d’une conférence de presse, l’avocat n’y est pas allé du dos de la cuillère pour critiquer des magistrats en activité comme étant à l’origine du non aboutissement des diverses procédures plaidées par son cabinet, sous-entendu pour certains: ils sont de connivence avec le pouvoir politique. Les magistrats Gbaziale Alain, Gallo Jean Louis, Gonda Gérard Valery et Biakité Parfait estiment tous que les propos tenus au cours de cette conférence presse, comportent des termes de nature à porter atteinte à leur honneur et susceptibles d’être qualifiés d’attente à leur dignité ; après quoi une plainte collective sous la plume de leur conseil, Me Rigo-Beyah Parse, est portée contre lui au Parquet de la République près le Tribunal de Grande instance de Bangui.
Par courrier, le Parquet oriente la plainte à l’Office central de répression du banditisme (OCRB) aux fins de diligenter une enquête en arrestation contre lui pour les faits susceptibles d’être qualifiés de diffamation et d’outrage à magistrats, conformément aux dispositions des articles 132,133,134,135,136 et 139 du code pénal centrafricain.
C’est ainsi que l’avocat est arrêté, le 03 mars, sur le point d’emprunter un avion en partance pour Brazzaville, au Congo et en compagnie de son épouse, médecin, en quête d’un titre de professeure à l’université Marien Ngouabi.
La politique atterrit dans l’affaire sans crier gare
Pour le parquet, c’est à bon droit que Crépin Mboli-Goumba, interpellé en sa qualité de citoyen centrafricain et non d’avocat ou bien de président de parti politique. Ce qui n’est pas de l’avis de la classe politique de l’opposition radicale regroupée au sein du BRDC. Par voie de communiqué de presse relayé par de nombreux médias, Martin Ziguélé, ci-devant grand pourfendeur du régime porte le flambeau de la protestation sous l’angle politique : « soutien indéfectible à Me Mboli-Goumba et à l’ensemble des leaders de l’opposition qui luttent pour le respect de la démocratie et des droits humains, demande l’arrêt des intimidations et des persécutions à l’encontre des voix dissidentes… »
Une sortie qui a fait rire Atazy, un militant du MCU, dans le camp d’en face : « En quoi l’arrestation d’un individu qui a tenu des propos incendiaires, outrageux, irresponsables et virulents à l’endroit des magistrats qui n’ont rien à voir avec la politique doit-elle impacter sur la démocratie ? Voilà la petitesse des piteux hommes politiques d’une certaine opposition en mal d’existence. Nul n’est au-dessus de la loi, même le Chef de l’Etat. »
Les avocats enlèvent leur robe
Les conséquences les plus visibles de cette affaire c’est la suspension des activités dans les juridictions du pays avec le barreau qui monte au créneau et suspend toutes ses activités à la demande du bâtonnier, Emile Bizon. En dehors des avocats constitués pour assurer sa défense, tous les avocats sont invités à garder le silence et adopter une attitude de solennité jusqu’à la prochaine audience, prévue le 13 mars. La Cour pénale spéciale (CPS) n’est pas épargnée par ce mouvement de grève des avocats en signe de protestation : l’affaire dite Ndélé 1 est perturbée, renvoyée déjà à deux reprises à cause de l’absence des avocats.
Cette affaire qui, en espace d’une semaine, a fait de l’avocat la super star… malgré lui (alors qu’il est n’en n’a pas besoin, vu son talent) vient ainsi donner du grain à moudre pour certains leaders politiques et de la société civile à court d’idées.
Récit: Gilbert Mbakop