« Ita Faustin, il était bien temps que le ministère de la Culture sorte enfin de sa torpeur pour dire stop à l’abrutissement du peuple »

Publié le 12 mars 2024 

Lettre ouverte (outre-tombe) de Boganda au Chef de l’État (N°6)

« Ita Faustin, il était bien temps que le ministère de la Culture sorte enfin de sa torpeur pour dire stop à l’abrutissement du peuple »

Publié le 12 mars 2024 

Ita Faustin

Nous perdons de plus en plus nos valeurs authentiques ; pas besoin d’aller chercher midi quatorze heures pour constater que la hiérarchie de nos préoccupations fondamentales repose désormais sur les futilités et les vulgarités ; les vraies valeurs deviennent ainsi une exception. Tout est prétexte pour des activités festives où l’alcool doit couler et les séances de débauches banalisées ; la fête, encore la fête  et toujours la fête, exactement comme chez les imbéciles, voilà ce qui rythme désormais nos quotidiens. Pas plus pour que des multinationales s’engouffrent pour nous aider à nous abrutir d’avantage en se faisant plein les poches.

Cette fâcheuse habitude frivole tirerait sa source avec la volonté d’un certain Bokassa; l’ancien officier de l’armée française bénéficia de la bénédiction et de l’aide de la puissance coloniale pour organiser son sacre impérial: une bouffonnerie la plus invraisemblable et très onéreuse pendant que les fonctionnaires accusaient des mois de salaire impayé et les s écoles manquant de table banc. Toute la planète entière était morte de rire moqueur. Depuis lors bon nombre d’entre nous ont signé un contrat avec la vulgarité et la frivolité d’où la fréquence des activités d’abrutissement : mégas concerts, foires, kermesse, défilés de mode, meetings promotionnels. « Si tu veux éloigner le nègre des vrais problèmes qui touchent profondément l’avenir de son pays, il faut noyer son cerveau dans une bouteille de bière en organisant régulièrement les fêtes (anniversaire, sacre impérial, baptême, Journée de ceci et de cela…) chaque jour. » a dit avec raison un concepteur de l’impérialisme. Je ne veux pas que mon pays continue d’être cité comme exemple.

Ita Faustin

Voilà bien des années que les mêmes scènes de perdition culturelle reviennent fréquemment ; et qu’a gagné le public centrafricain dans tout ça ? Certains esprits retords ne vont pas manquer de nous parler d’évènements culturel et artistique; mais de quelle culture parle-t-on à partir du moment où l’alcool y est célébré comme un demi-dieu et que la débauche et la frivolité y sont enseignées comme règle d’or ? Je mets quiconque au défi de me donner un(e) seul jeune présent dans ces milieux qui y appris qu’on cède son siège à un ainé (ou à une femme enceinte), entre autres pratiques culturelles et respectueuses encore en cours dans nos villages, hauts lieux de notre culture authentique, où nos parents transmettent encore ces vertus à des descendants.

Un autre exemple: nous venons de célébrer la Journée internationale de la Femme (08 mars). En chine (pays à prendre en exemple), toutes les femmes sont au travail et ce machin ne les intéresse pas; ailleurs c’est l’occasion pour des femmes de s’assoir autour d’une table pour débattre sur leurs problèmes de participation et de représentativité dans toutes les sphères de décision politique; mais ici en RCA, la Minusca doit les supplier pour qu’elles s’inscrivent sur la liste électorale et/ou s’engagent dans la compétition en tant que candidates à un poste électif au même titre que les hommes. Malgré les gros moyens financiers et la supplication de cette Minusca, le résultat serait médiocre car il faut un miracle pour qu’on ait une parité (50%) de femmes candidates aux prochaines élections locales dans les prochains mois.

En revanche les organisateurs de kermesse (08 mars, en occurrence) dans toute la ville de Bangui ont de bonnes raisons de se frotter les mains : au stade municipal (entre autres lieux), pendant que l’alcool coule à flot et les morceaux poulets se ramassent comme de petit pain, seulement 3/20 (…) femmes interrogées savent exactement ce que représente la Journée du 08 mars pour la gente féminine et pire, jusqu’à 17 femmes sur 20  disent vivre en concubinage (après plusieurs aventures amoureuses) sans être mariées légalement…

Ita Faustin

Il était bien temps que le ministère des Arts et de la Culture…sorte enfin de sa torpeur pour dire stop à l’abrutissement du peuple par une note circulaire signée le 27 février qui stipule que : « les organisateurs des mégas concerts, foires, kermesse, défilés de mode, exposition d’œuvres d’arts, meetings promotionnels et sensibilisations avec les artistes doivent désormais soumettre une demande d’autorisation au ministère des Arts et de la Culture. » Que cette décision vise les artistes ou non, il s’agit bien là d’un rappel à l’ordre qui montre bien à quel degré de déperdition culturelle on se trouve.

A bientôt, ita. Tu remarques bien que je ne suis pas là pour le bavardage pour plaire; mais pour toucher des sujets de fond et non des banalités.

Gilbert G. Mbakop

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